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Best of 2018

De Paris à New York, nos œuvres et artistes préférés

le 29 novembre 2018 à 17h11

Puisqu’il faut bien choisir, la rédaction de Beaux Arts s’est jetée à l’eau la tête la première et a sélectionné ce qui l’a le plus marquée cette année. Un florilège ultracontemporain, donc, où résonnent les inquiétudes et les espoirs de notre époque, toutes générations confondues.

Elmgreen & Dragset, dans le grand bain de l’ironie

Michael Elmgreen est né en 1961 à Copenhague, Ingar Dragset en 1969 à Trondheim (Norvège). En duo depuis 1995, ils vivent et travaillent à Berlin.

Après avoir conquis le monde avec leurs installations immersives, Elmgreen & Dragset ouvrent les portes d’une piscine évidée, cœur de l’exposition « This Is How We Bite Our Tongue », à la Whitechapel Gallery de Londres. La piscine, cet endroit chargé d’érotisme estival, est également le symbole de notre besoin d’accès à l’eau en ces temps de réchauffement, et plus largement de notre envie latente de confort et de luxe. En sous-texte ici, la gentrification fatidique de l’est londonien, auparavant niche de la culture underground, aujourd’hui ruche pour bourgeois alternatifs : le duo scandinave innove sans cesse pour nous faire réfléchir sur l’absurde hiérarchisation de nos sociétés. A. S.

Elmgreen & Dragset, </em>Vue de l’installation <em>The Whitechapel Pool</em>
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Elmgreen & Dragset, Vue de l’installation The Whitechapel Pool, 2018

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Courtesy Whitechapel Gallery, Londres / Photo Doug Peters

Jana Euler, attention, peinture bondissante !

Née en 1982 à Friedberg (Allemagne), vit et travaille à Francfort et Bruxelles.

Remarquée lors de ses monographies à la Kunsthalle de Zurich en 2014 et au Stedelijk Museum d’Amsterdam en 2017, la jeune artiste réalise des sculptures, peintures et textes, s’inscrivant dans les préoccupations de sa génération (le régime de diffusion, de manipulation et détournement des images analogiques et digitales) tout en restant à la marge des effets de mode et de lissage actuels. Ses peintures, généralement de grand format, produisent toujours un effet de stupéfaction, où l’on perçoit la complexité des choix (cadrage, macroscopie, colorimétrie), une vision sensible, drôle, percutante du cadre historique et critique de l’époque, sans jamais en faire un commentaire didactique. S. M.

Jana Euler, Angsthase ( Speed )
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Jana Euler, Angsthase ( Speed ), 2017

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Courtesy Jana Euler et dépendance, Bruxelles / Photo Kristien Daem

Bruce Nauman, éblouissant

Né en 1941 à Fort Wayne (Indiana, États-Unis), vit et travaille à Pasadena (Californie).

Puissante, violente, expérimentale, vivante : « Disappearing Acts » est l’une des plus belles expositions consacrées à Bruce Nauman depuis des années, peut-être parce qu’elle n’a pas été administrée par des historiens, mais pensée avec l’artiste. Elle révèle ainsi sa conception unique de l’espace, avec une circulation et des enchaînements extrêmement subtils. Une bonne dizaine de tentatives de rétrospectives avaient bien eu lieu par le passé, qui neutralisaient souvent, par le simple inventaire, l’hypothèse d’une immersion totale dans un monde sexualisé, déviant, entièrement conçu pour déclencher un choc, une prise de conscience brutale du spectateur sur son environnement immédiat… Ici, en revanche, il s’agit d’un véritable aboutissement, qui montre combien le travail de Bruce Nauman continue d’agir sur le présent. S. M.

Bruce Nauman, Human Nature / Life Death / Know Doesn’t Know 
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Bruce Nauman, Human Nature / Life Death / Know Doesn’t Know , 1983

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© Photo Museum Associates / Lacma / © Bruce Nauman. Photo Jason Schmidt

Sergio Caballero, vous avez dit monstrueux ?

Né en 1966 à Barcelone, où il vit et travaille.

Peut-être connaissez-vous le légendaire Sónar Festival de Barcelone. Mais avez-vous déjà prêté attention à ses affiches créées par Sergio Caballero, co-organisateur de cette grande fête electro ? Présentée pour fêter les 25 ans de la manifestation, l’exposition « Ni flyers ni pósters » proposait de vous rattraper ! Vingt-cinq ans d’imagerie dingue étaient réunis : gigantesque installation, mêlant sculptures, vidéos et photos, où se retrouvaient côte à côte fantômes, monstres chimériques et familles modèles. A. S.

Sergio Caballero, Affiche Sonar 2018
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Sergio Caballero, Affiche Sonar 2018

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© Sergio Caballero / Sónar Festival

Philippe Parreno, parenthèse enchantée

Né en 1964 à Oran, vit et travaille à Paris.

Ballons, hélium, lumière de soleil couchant : cela aurait pu n’être qu’une vulgaire foire. Or, c’est une vraie parenthèse de poésie que Philippe Parreno ouvrait dans le réel. Plongeant dans un océan de poissons volants, le visiteur du Martin-Gropius-Bau devenait le jeu des différents souffles mis en scène par l’artiste. Il en devenait aussi l’acteur : en jouant avec ces baudruches, il provoquait à son tour différents sons et mouvements dans le bâtiment. Un étang frémissait, un store tombait, un divan tournait sur lui-même, une encre invisible se révélait dans la nuit… Comme toujours chez Parreno, l’œuvre d’art vit, meurt et ressuscite. Plus qu’une exposition, une respiration. E. L.

Philippe Parreno, Vue de l’exposition au Martin-Gropius-Bau
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Philippe Parreno, Vue de l’exposition au Martin-Gropius-Bau, 2018

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© Philippe Parreno. Courtesy Philippe Parreno / Pilar Corrias, Londres / Barbara Gladstone, New York-Bruxelles / Esther Schipper, Berlin / Photo Andrea Rossetti. Photo Matthias Willi

Pierre Joseph, le dire avec des fleurs

Né en 1965 à Caen, vit et travaille à Paris.

Sous un prétexte a priori futile – une homonymie avec un fort populaire peintre floral du XVIIIe siècle, Pierre Joseph Redouté –, Pierre Joseph (notre contemporain) livrait l’hiver dernier, à la galerie Air de Paris, une exposition vertigineuse présentant… des photos de fleurs. Colorées, pimpantes, primesautières, les œuvres étaient vouées à s’afficher autant sur les murs qu’à essaimer sur Internet : le hashtag, dans le titre de l’exposition, le signalait clairement. Pierre Joseph rivalisait ainsi avec l’autre Pierre Joseph en venant mettre son propre nom et ses propres fleurs au milieu de celles de son aîné. Ce qui dit, premièrement, que les bons motifs artistiques ne fanent jamais et que, deuxièmement, la concurrence entre les artistes dure toujours – Pierre Joseph étant voué à rivaliser sur la toile, au moins, avec un double à la notoriété persistante. J. L.

Pierre Joseph, #pierrejosephredouté – Tulipe perroquet #1
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Pierre Joseph, #pierrejosephredouté – Tulipe perroquet #1, 2017

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Pierre Joseph / Courtesy Air de Paris, Paris. Photo Maurine Tric

Renaud Jerez, choses humaines

Né en 1982 à Narbonne, vit et travaille entre la Suisse et la France.

Très belle exposition désarticulée autour des mondes que Renaud Jerez fabrique depuis une dizaine d’années, où se joue et se rejoue une dramaturgie dépressive, drôle, étrange et discordante. Paysages composés de peintures et sculptures bricolées et dégradées, fictions en ruine et théories en crise, où s’entrechoquent le corporel, l’artefactuel, le visuel et le virtuel : les mondes de l’artiste sont comme un « miroir noir », qui pose moins la question de l’humain que celle de l’humanité de la chose. S. M.

Renaud Jerez, Vue de l’exposition aux Abattoirs
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Renaud Jerez, Vue de l’exposition aux Abattoirs, 2018

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© R. Jerez / Photo Sylvie Leonard. Photo Maurine Tric

Jordan Wolfson, le théâtre de la cruauté

Né en 1980 à New York, vit et travaille à New York et à Los Angeles.

Peu d’artistes savent aussi bien créer fascination et gêne comme le fait Jordan Wolfson. Qui n’a pas été dérouté par la violence de sa pièce, en réalité virtuelle, Real Violence, présentée au Schinkel Pavillon, à Berlin, cette année ? Un homme qu’on jurerait de chair et de sang se faisant smasher à la batte de base-ball dans une rue de New York… Ou encore, par cette marionnette grandeur nature, enchaînée et violemment propulsée contre le sol du Turbine Hall de la Tate Modern, à Londres ? Hypnotiques et hideuses, déjantées mais tellement précises : ces œuvres nous plongent dans l’horreur, comme dans ces films d’épouvante qui révèlent nos craintes malgré leur facticité. A. S.

Jordan Wolfson, Vue de l’exposition à la Tate Modern
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Jordan Wolfson, Vue de l’exposition à la Tate Modern, 2018

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© Photo Benjamin Lozovsky/BFA/REX/Shutterstock/SIPA. © Photo Guy Bell /REX/Shutterstock/SIPA

Tarek Atoui, dépasser en musique le mur du son

Né en 1980 au Liban, vit et travaille à Paris.

Comment faire ressentir à un malentendant les subtilités d’un rythme, comment partager avec lui la ligne d’une mélodie ? Le Franco-Libanais Tarek Atoui travaille depuis sept ans sur ce projet. Partant à la rencontre de différentes communautés sourdes à travers le monde, le plasticien-DJ invente avec elles de nouveaux instruments de musique tentant d’abolir cette frontière. Des partitions vibratiles à caresser, des percussions belles à tomber, des claviers faisant sonner tout le corps de leurs infrabasses et, pour les spectateurs, des ballons à tenir entre les mains, qui amplifient la perception des ondes sonores… Ces objets ont été acquis par le Cnap (Centre national des arts plastiques), qui les a fait jouer lors de performances pour le week-end de préfiguration de son nouveau site de Pantin, et les a prêtés au festival Printemps de septembre, à Toulouse, en septembre dernier. E. L.

Tarek Atoui, </em>Vue de la performance <em>Iteration on Drums #2, #3, #4 </em> réalisée dans le cadre de « Cnap –  La Nouvelle Adresse » , Pantin, le 15 septembre 2018
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Tarek Atoui, Vue de la performance Iteration on Drums #2, #3, #4 réalisée dans le cadre de « Cnap – La Nouvelle Adresse », Pantin, le 15 septembre 2018

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© Tarek Atoui. © DR / Cnap / Photo Carole Fékété

Hugh Hayden, les friches du rêve américain

Né en 1983 à Dallas, vit et travaille à New York.

Ici, une porte colonisée par des excroissances piquantes ; là, une poussette d’enfant abandonnée… Plus loin, des clôtures de maisons semblent avoir subi le même sort. Une table de cuisine entourée de chaises inquiète par ses formes en ailerons de requin qui la rendent impraticable. Autant d’éléments sculptés dans du bois récolté par Hugh Hayden au Texas et à la frontière mexicaine. L’univers de ce sculpteur virtuose paraît sorti d’un film surréaliste et politique. En témoigne encore la structure d’un lit d’enfant recouvert à l’intérieur de petites piques sournoises qui évoquent les questions d’enfermement, de colonialisme, de domination. Alors, l’artiste s’empare de ces objets du quotidien, de la sphère intime et familiale, reliés au rêve américain, pour les transformer de manière autrement symbolique en objets menaçants ou refermés sur eux-mêmes. H. V.

Hugh Hayden, Untitled ( Wagon )
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Hugh Hayden, Untitled ( Wagon ), 2018

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Courtesy Hugh Hayden. © Hugh Hayden / Courtesy Lisson Gallery, New York-Londres

Retrouvez dans l’Encyclo : Bruce Nauman

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