En partenariat avec Perrotin

Anna-Eva Bergman, Panorama, 1963
© Claire Dorn. Anna-Eva Bergman / ADAGP Paris & ARS, New York, 2023. Courtesy Fondation Hartung - Bergman & Perrotin
Des Frenchies chez les New-Yorkais : l’invitation n’est pas si anodine, d’autant que ces Frenchies-là sont particulièrement mal connus des Américains. Certes amoureux fous des peintres impressionnistes et des surréalistes, ceux-ci savent peu l’importance de la période post Seconde Guerre mondiale pour l’art français, de naissance ou d’adoption.
Il faut dire, nous souffle Thomas Schlesser, commissaire invité de l’exposition, que « les États-Unis ont tout fait dans les années 1950–1960 pour la faire disparaître au profit de leurs artistes nationaux ». Rien d’étonnant, la guerre froide ayant également été une guerre culturelle, poussant même la CIA à soutenir et promouvoir activement des artistes expressionnistes abstraits – tels que l’emblématique Jackson Pollock –, avant que le pop art pousse son premier cri et marque de son empreinte l’art des années 1960.
Maria Helena Vieira da Silva, Paris, la nuit, 1951
© Sandra Pointet. Fondation Gandur pour l’Art, Genève
Toujours est-il que des artistes aussi importants que les Français Georges Mathieu et Pierre Soulages, la Portugaise Maria Helena Vieira da Silva, l’Allemand Wols ou encore la Franco-Norvégienne Anna-Eva Bergman, tous dotés de talents immenses, ont pu passer sous les radars des amateurs américains d’art, d’hier comme d’aujourd’hui. Tous appartiennent à cette Nouvelle École de Paris, qui tient son nom du critique Charles Estienne et de son constat du fort dynamisme qui régnait à Paris en 1952, la ville attirant encore et toujours des artistes du monde entier, qu’ils soient peintres ou sculpteurs, figuratifs ou abstraits.
Zao Wou-Ki, 30.10.61, 30 octobre 1961
© Sandra Pointet. Fondation Gandur pour l’Art, Genève
L’exposition s’est donc construite grâce à différents prêts, de collectionneurs privés comme de la fondation Gandur, qui ont permis au commissaire de construire un panorama complet de cette période, illustrant différents styles, « gestuels, tachistes, calligraphiques, matiéristes… » : « Je voulais qu’on puisse faire venir à New York des artistes iconiques de la Nouvelle École de Paris, comme Soulages et Zao Wou-Ki, et des noms méconnus voire totalement inconnus, comme Terry Haass ou Geneviève Asse. » Le tout, afin d’en donner un portrait complet ; mais pas tout à fait neutre…
L’exposition s’est en effet construite autour d’une mission : remettre en valeur les femmes qui ont agi au cœur de l’aventure de la Nouvelle École de Paris. « Je voulais montrer les actrices femmes de cette Nouvelle École de Paris, poursuit le commissaire. Mais quand je parle de ces actrices, ce ne sont pas tant les artistes femmes (même s’il y en a quatre) que les galeristes et critiques femmes qui ont construit, soutenu, promu ce moment d’histoire de l’art. »
Hans Hartung, T1962-R11, 1962
© Hans Hartung / ADAGP Paris & ARS, New York, 2023. Courtesy Fondation Hartung – Bergman & Perrotin
Le parcours est ainsi séquencé en cinq chapitres, tous ayant pour titre la citation d’une critique : « Un rêve qui semble ambitieux, inhumain peut-être » (Marie Raymond), « L’esprit d’un ordre nouveau » (Madeleine Rousseau), « Une peinture redevenue chanson » (Suzanne Tenand)… Et se termine sur le portrait de trois galeristes, Lydia Conti, Colette Allendy et Myriam Prévot, dont les adresses rue d’Argenson, rue d’Auteuil et rue Saint-Honoré ont marqué cette période de l’art d’après-guerre. Chacune avait à cœur de mettre en avant des artistes tels que Hans Hartung, le groupe CoBrA ou Serge Poliakoff, et de s’investir totalement dans leur défense – Myriam Prévot, très peinée de l’échec de deux exposition de Hartung aux États-Unis, étant allée jusqu’à se donner la mort de tristesse en 1977.
« Grâce à une collaboration exceptionnelle avec les Archives de la critique d’art et au travail dans la documentation de la fondation Hartung-Bergman, s’enthousiasme le commissaire (directeur de la fondation susmentionnée), on expose des lettres, photographies et revues d’époque extraordinaires, uniques, inédites. On redonne une consistance, un visage et surtout leur voix intellectuelle, conceptuelle à des personnes comme l’historienne de l’art et critique Madeleine Rousseau ou la galeriste Myriam Prévot. »
Vue de l’exposition « The New School of Paris through its Pioneering Women (1945 – 1964) » à la Galerie Perrotin, New York, 2024
© PERROTIN
Thomas Schlesser, également auteur du roman Les Yeux de Mona chez Albin Michel, immense succès de librairie, termine en mentionnant le documentaire de 52 minutes coréalisé avec Stanislas Valroff sur le sujet : « C’est donc une exposition où il y a énormément de matière historique et, en même temps, une créativité curatoriale que j’espère audacieuse. En tout cas, les choses sont réunies pour lancer une grande exposition muséale sur ce thème aux États-Unis ! » À bon entendeur…
The New School of Paris through its Pioneering Women (1945 – 1964)
Du 13 avril 2024 au 23 mai 2024
Perrotin - New York • 130 Orchard Street • 10002 New York
www.perrotin.com
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutiqueÀ lire aussi
ART CONTEMPORAIN
Entre mangas et geishas, on craque devant l’univers de la Japonaise Chiho Aoshima qui fascine le monde de l’art
ART CONTEMPORAIN
À la rencontre de Mr., éternel enfant de la société de (sur)consommation
Art contemporain
À la galerie Perrotin, Emi Kuraya rêve de ciels clairs et de liberté