SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Keith Haring

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Publié le , mis à jour le
C’est l’une des stars de l’underground new-yorkais des années 1980, avec Jean-Michel Basquiat. Disparu il y a 35 ans, à l’âge de 31 ans, Keith Haring (1958–1990) continue de rayonner de par le monde, des murs urbains aux magasins de souvenirs, avec des figures aux tons flashy qu’on reconnaît du premier coup d’œil. Beaux Arts vous dévoile six de ses secrets d’artiste.

Alors que l’exposition « Tous Léger ! » au musée du Luxembourg lui offre une place de choix, l’artiste peintre, sculpteur, graffeur, designer et performeur Keith Haring, emporté par le sida en 1990, a encore bien des secrets à nous révéler. Avec d’autres artistes comme Jean-Michel Basquiat et Kenny Scharf, et sous la houlette d’Andy Warhol, il incarne une nouvelle voie du New York des eighties, où la frontière s’amenuise entre l’art de rue et l’art des galeries.

Dessinateur compulsif, frénétique, toute sa carrière tient en une décennie mais pourtant, Haring aura exploité tous les supports, du mur de Berlin aux corps de Madonna et de Grace Jones… C’est surtout un personnage généreux, qui a voué sa création à des causes telles que la lutte contre le racisme, le sexisme et l’homophobie, pour l’écologie et le pacifisme et, bien entendu en tant que personne concernée, au combat contre l’épidémie du VIH.

1. Il se fait connaître – et arrêter – avec de premiers graffitis à la craie

Keith Haring dessinant dans le métro à New York
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Keith Haring dessinant dans le métro à New York, vers 1982

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© Laura Levine / Corbis via Getty Images

Au début des années 1980, New York et son métro sont déjà le centre névralgique du street art mondial, avec l’emblématique Line 6. Keith Haring descend dans les gares et exécute ses premiers graffitis, non pas à la bombe ou au pochoir mais à la craie blanche. Sur les affiches noires qui occupent les emplacements publicitaires laissés vides entre deux campagnes, le jeune artiste trace à une vitesse folle des messages d’amour avec déjà les figures cartoonesques dénuées de visage, qui vont demeurer emblématiques de son style. Un art éphémère, immortalisé grâce aux reportages photos de Tseng Kwong Chi le faisant connaître du milieu artistique, qui lui vaut aussi des déconvenues racontées par l’artiste, amusé : « Plus d’une fois, j’ai été emmené dans une station menottée par un flic qui a réalisé, à sa grande consternation, que les autres flics du commissariat sont mes fans et étaient impatients de me rencontrer et me serrer la main ».

2. Il est un intime de Madonna

La chanteuse Madonna porte une veste conçue par l’artiste Keith Haring lors de l’événement St.Vincent’s AIDS Supportive Care chez Barney’s New York le 10 novembre 1986
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La chanteuse Madonna porte une veste conçue par l’artiste Keith Haring lors de l’événement St.Vincent’s AIDS Supportive Care chez Barney’s New York le 10 novembre 1986

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© Fairchild Archive/Penske Media via Getty Images

On connaît bien l’histoire d’amour de Madonna avec Jean-Michel Basquiat, mais la « Queen of Pop » fut aussi très proche de Keith Haring. Lorsqu’elle arrive à New York en 1978, elle s’intègre très vite au cercle d’amis d’Andy Warhol et, dans les mois de précarité, il lui arrive de dormir sur le canapé de Keith Haring. Pour le peintre, l’amie est plus qu’une muse, elle est une collaboratrice, dont il couvre le corps de dessins pour sa fête d’anniversaire où elle chante en 1984. L’année suivante, il crée avec Warhol l’affiche « Madonna, I’m Not Ashamed » (« Je n’ai pas honte »), qui élève la pop-star au rang de symbole de liberté. Madonna est attachée à Haring auquel elle offre une dernière apparition publique, à ses côtés sur scène en 1989, quelques mois avant sa mort. En 2021, Madonna posait en hommage à Keith Haring et son combat contre le sida, avec la robe de chambre qu’il lui avait dessinée.

3. Il milite activement contre le sida

Keith Haring, Ignorance = Fear / Silence = Death
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Keith Haring, Ignorance = Fear / Silence = Death, 1989

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Lithographie • 61,1 × 109,4 cm • Coll. Whitney Museum of American Art, New York • © Keith Haring Foundation

À l’instar d’Andy Warhol et de Robert Mapplethorpe, Keith Haring a fait son coming out à une époque où, même à New York, cela l’exposait à de violentes attaques. Militant de l’amour et de l’inclusion, il utilise sa notoriété et son talent pour lutter contre l’homophobie. En 1988, il apprend qu’il est atteint du VIH. Plutôt que de le taire, il s’engage immédiatement dans la lutte contre l’épidémie mais aussi pour le respect et l’inclusion des malades, en lançant la Keith Haring Foundation en 1989, afin de rassembler des fonds pour la recherche et l’hospitalisation des malades, ainsi qu’en créant des images qu’il laisse à disposition d’Act Up. Dès 1985, Keith Haring avait signé une toile manifeste pour éveiller les consciences face à la croissance de l’épidémie avec Untitled (AIDS), où trois figures blessées accompagnent le message « Ignorance = Fear ; Silence = Death » (« Ignorance = peur ; silence = mort »).

4. Il a ouvert des « Pop Shop » pour rendre son art accessible à tous

Keith Haring, Pop Shop, Lafayette Street, New York
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Keith Haring, Pop Shop, Lafayette Street, New York, 1986

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Polaroid • © Keith Haring Foundation / Photo Tseng Kwong Chi | © Muna Tseng Dance Projects, Inc., New York

« Je ne vois aucune différence entre un dessin que je réalise dans le métro et une œuvre destinée à être vendue pour des milliers de dollars ». C’est dans cette optique de rendre son art accessible à tous, et sur le conseil de Warhol, que Haring ouvre son premier « Pop Shop » à New York, au 292 Lafayette Street à Soho, en avril 1986. Dans un local couvert du sol au plafond de figures en all-over, rappelant les archi-sculptures de Jean Dubuffet qu’il admirait, Haring vend en plus des posters, des T-shirts, des jouets, des badges et des magnets, reprenant ses motifs graphiques ou ceux d’amis comme Basquiat ou Kenny Scharf. Véritable extension de sa pratique, le « Pop Shop » est aussi une manière de laisser ses œuvres accessibles alors que sa cote flambe sur le marché et que les collectionneurs s’arrachent littéralement ses dessins, en les dérobant sur les murs du métro pour les revendre. En 1987, Keith Haring ouvre un deuxième « Pop Shop » à Tokyo qui fermera dès l’année suivante. Celui de New York persistera jusque 2005 mais les produits dérivés sont toujours disponibles à la vente sur le site de sa fondation.

5. Il aurait dû collaborer avec Disney

Keith Haring, sans titre
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Keith Haring, sans titre, 1982

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Coll. Albertina Museum, Vienne • © Keith Haring Foundation

Les références artistiques de Keith Haring sont multiples : on y retrouve Pablo Picasso, Henri Matisse, Fernand Léger, Pierre Alechinsky, mais aussi Walt Disney. Parmi les mascottes récurrentes de ses peintures, on retrouve la célèbre souris à la culotte rouge, prenant tantôt les traits d’Andy Warhol ou revêtant son sourire imperturbable, qui se masturbe sans pudeur. En 1984, l’artiste confiait à Interview avoir toujours rêvé de travailler pour Disney. Cet intérêt était réciproque : en 2024, l’écrivain Brad Gooch publie une biographie de Keith Haring (Radiant: The Life and Line of Keith Haring) et révèle une archive inédite. Dans les premières semaines de l’année 1990, les studios Disney écrivent à l’artiste pour lancer l’idée d’un film, occasion de montrer au monde Mickey Mouse vu à travers les yeux de Keith Haring. La mort du peintre en février de la même année coupera court au projet.

6. Travailleur acharné, il était aussi généreux

Keith Haring, Triptyque « La Vie du Christ »
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Keith Haring, Triptyque « La Vie du Christ », 1990

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bronze et patine d’or blanc • © Keith Haring Foundation / Photo Ferrante Ferranti

« Les enfants savent quelque chose que la plupart des gens ont oublié ». Si Keith Haring plaît tant aux enfants, c’est peut-être parce que son premier engagement était de créer pour eux, et avec eux. L’artiste intervient régulièrement dans les écoles de New York où il dispense des cours de dessins, mais réalise surtout de grandes fresques participatives. C’est ainsi qu’en 1986, à l’occasion du centenaire de la statue de la Liberté, il exécute avec 900 enfants une grande murale représentant la statue pour la façade de la Liberty Tower. Il veut aussi que sa notoriété puisse être utile aux enfants malades, notamment ceux frappés par le cancer, avec la réalisation d’une autre fresque monumentale pour l’hôpital Necker à Paris en 1987, qui a été restaurée récemment. Si l’on ajoute le triptyque de la Vie du Christ légué à l’église Saint-Eustache après sa mort, on mesure que l’artiste entretenait une relation privilégiée avec la France.

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Tous Léger ! Avec Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Martial Raysse, Keith Haring...

Du 19 mars 2025 au 20 juillet 2025

museeduluxembourg.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Keith Haring

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