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Exposition “Paul Poiret. La mode est une fête” au MAD à Paris
© Christophe Dellière
« Poiret vint et bouleversa tout ». C’est Christian Dior qui le dit ! Surnommé à son époque « le roi de la mode » et considéré comme l’un des plus grands innovateurs du début du XXe siècle, Paul Poiret est aujourd’hui méconnu du grand public.
Une injustice que vient réparer cette grande exposition, dont la scénographie moderne, joyeuse et festive, où s’entrechoquent violet, rose fuchsia et jaune vif (conçue par Paf atelier, le tout sous la direction artistique de la designer allemande Anette Lenz), souligne toute l’évidence et la flamboyance de son avant-gardisme.
Thérèse Bonney, Paul Poiret et la mannequin Renée dans les salons de sa maison de couture en 1927
Tirage gélatino-bromure d’argent • © MAD Paris / © Bibliothèque historique de la Ville de Paris
Poiret a fait ses débuts à l’aube des années 1900 auprès de Jacques Doucet et de Gaston Worth, actuellement exposé au Petit Palais, mais s’éloigne vite des robes corsetées du XIXe siècle de ce dernier. En 1903, il fonde sa maison de couture, qu’il installe en 1909 dans un hôtel particulier parisien redécoré par Louis Süe, maître de l’Art déco.
Dès 1906, ce fils d’un marchand drapier révolutionne la silhouette féminine en étant le premier (avec Madeleine Vionnet) à la libérer des contraintes du corset. Inspiré des tenues napoléoniennes et orientales, il crée des robes droites et fluides, ajustées sous la poitrine ou tubulaires, mais aussi des tenues très larges en haut et resserrées au niveau des chevilles (une inversion totale des formes habituelles), ainsi que des tuniques en forme d’abat-jour, portées par-dessus des robes longilignes ou des pantalons bouffants.
« Je suis un artiste, pas un couturier. »
Passionné d’art et de théâtre depuis son plus jeune âge, toutes ses créations sont imprégnées par la magie du voyage et du spectacle. Ses gilets brodés de fils d’or et de pièces métalliques, ainsi que ses turbans rutilants surmontés de bijoux et de plumes semblent sortir tout droit d’un conte des Mille et Une Nuits. La fantaisie exotique des costumes de scène imprègne ses robes, manteaux, capes et accessoires ornés de broderies et de pompons de soie, pour lesquels le couturier – qui conçoit d’ailleurs des tenues pour des actrices et des danseuses, telles Sarah Bernhardt et Nyota Inyoka – n’hésite pas à employer du taffetas changeant, du fil de fer, des strass et des perles de fantaisie.
Exposition « Paul Poiret. La mode est une fête » au MAD à Paris
© Christophe Dellière
De Saint-Pétersbourg aux États-Unis en passant par le Maroc, Poiret sillonne le globe afin de faire connaître ses créations, acheter des tissus et trouver des inspirations. Ses robes portefeuilles à manches larges d’esprit kimono nous transportent au Japon ; ses broderies florales et ses manteaux bordés de fourrure, en Russie… Mais rien n’est jamais copié : tout est remixé, réinventé.
« Je suis un artiste, pas un couturier », clame-t-il. Poiret manie en effet le pinceau, collectionne des artistes modernes comme Raoul Dufy, André Derain, Constantin Brancusi et Kees van Dongen, et s’inspire des tons stridents du fauvisme pour ses robes et ses manteaux aux couleurs vives qui tranchent avec celles de leurs doublures. L’esthète engage même Dufy pour dessiner des motifs décoratifs pour ses tissus, commande des boutons en céramique à Maurice de Vlaminck, engage la photographe d’avant-garde Germaine Krull, et habille l’actrice du film L’Inhumaine de Marcel L’Herbier, dont les décors ont été conçus par Fernand Léger et Robert Mallet-Stevens.
Exposition « Paul Poiret. La mode est une fête » au MAD à Paris
© Christophe Dellière
Ses tenues aux contrastes de formes et de couleurs très marqués, comme un manteau noir et blanc à gros boutons ronds ou un hilarant costume en forme de buisson conique vert vif, évoquent l’art moderne et le cubisme. Ses robes sont parfois de véritables sculptures, telle la magnifique et totémique robe « Marrakech » (1924) en pièces métalliques et fourrure, dont l’encolure s’inspire des tuniques brodées d’Afrique du Nord.
Pour faire connaître ses créations dans les pages de Vogue et de la Gazette du bon ton, mais aussi via des albums destinés à ses riches clientes, Poiret fait appel à des illustrateurs de grand talent comme Paul Iribe, Georges Lepape, George Barbier et André Édouard Marty, dont les dessins (influencés notamment par les estampes japonaises) font concurrence aux vêtements.
À la fois narratives et très graphiques, ces images exquises mettent en scène des élégantes de la bonne société, parfois avec humour et audace : on y voit par exemple une femme seins nus sous une robe transparente en compagnie d’une amie dans un bosquet, ou encore un couple en plein flirt surpris par un mari vert de rage.
George Barbier, Couverture du magazine « Les Modes » en Avril 1912 à Paris
Héliogravure • © Les Arts Décoratifs
Également visionnaire en matière de communication, Poiret est aussi le premier couturier à produire des parfums (on peut en humer trois dans l’exposition) dont il fait la promotion avec des éventails et autres produits dérivés, et le premier de France à se rendre aux États-Unis, où il devient célèbre. En 1911–1912, il se lance dans une tournée européenne de défilés en compagnie de son épouse Denise – sa muse – et de neuf mannequins en uniforme : une vitrine formidable pour ses créations !
Touche-à-tout, Poiret publie même un livre de recettes, et fonde une école de décoration pour jeunes filles, qui y sont formées à l’impression textile par Raoul Dufy, sous la direction de l’artiste Marguerite Sérusier, et dont il produit certaines des créations (tissus d’ameublement, ombrelles, papiers peints…) ornées de vibrants motifs décoratifs.
Exposition « Paul Poiret. La mode est une fête » au MAD à Paris
© Christophe Dellière
Son ambition atteint des sommets en 1925, lorsqu’il finance avec ses deniers personnels, pour l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, organisée à Paris, la présentation de ses créations dans trois péniches meublées et décorées, avec restaurant et décors peints par Dufy. Visionnaire mais trop coûteux, ce projet, couplé à la crise de 1929, achève de le conduire à la ruine. Lui qui avait déjà dû abandonner en 1923 le chantier de sa luxueuse villa moderniste dessinée par Mallet-Stevens, se voit contraint de fermer sa maison de couture en 1929.
Après son retrait de la scène, le public l’a un peu oublié. Mais les créateurs, eux, l’ont bien gardé en mémoire, et n’ont cessé de s’inspirer de lui, comme le montrent dans l’exposition des tenues signées Christian Dior, Yves Saint Laurent ou Elsa Schiaparelli. À la fin du parcours, le visiteur pourrait presque se tromper en prenant certaines créations tardives de Poiret pour celles de ses émules, et vice versa. Une démonstration réjouissante de son talent !
Paul Poiret. La mode est une fête
Du 25 juin 2025 au 11 janvier 2026
Musée des Arts décoratifs • 107, rue de Rivoli • 75001 Paris
madparis.fr
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