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Paris

Le fou dans l’art, une histoire racontée dans une expo démentielle au musée du Louvre

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Publié le , mis à jour le
Miroir des troubles et des ambiguïtés du monde, catalyseur de nos propres passions, le fou a fasciné les artistes depuis le Moyen Âge. En écho à la démente exposition du Louvre sur les « Figures du fou » qui a ouvert le 16 octobre, plongée dans l’histoire de ce personnage dont les manières outrancières et le visage grimaçant ont inspiré quantité de chefs-d’œuvre.
Frans Verbeeck, Bouffon regardant à travers ses doigts (détail)
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Frans Verbeeck, Bouffon regardant à travers ses doigts (détail), vers 1550

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Huile sur panneau • 33,9 × 24,6 cm • Coll. particulière

« Le monde demeure dans une nuit profonde, et persiste aveuglé dans le péché. Les rues sont remplies de fous. Ils mènent leur folie partout mais ne veulent pas qu’on le dise. C’est pourquoi j’ai étudié le projet d’équiper pour eux les nefs des fous ! […] C’est le Miroir des fous dans lequel chacun peut se reconnaître. Celui qui s’y mire convenablement comprendra qu’il aurait tort de se prendre pour un sage, car il verra son vrai visage. »

En 1494, Sébastien Brant, docteur en droit et professeur à la faculté, publie en plein carnaval de Bâle un long poème satirique intitulé la Nef des fols du monde (connu aujourd’hui sous le nom la Nef des fous), critique grinçante de ses contemporains toutes classes sociales confondues, embarqués dans le même bateau direction la « Narragonie », l’île de la folie. Écrit en allemand pour une large diffusion, le livre est immédiatement traduit en latin, en français puis en néerlandais et devient un best-seller.

Konrad Seusenhofer, Armet à visage de fou d’Henri VIII d’Angleterre
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Konrad Seusenhofer, Armet à visage de fou d’Henri VIII d’Angleterre, Vers 1511–1514

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Le fou n’avance pas à visage découvert, mais protégé par ce casque avec visière-masque au sourire grimaçant. Ce chef-d’oeuvre de l’armurerie fut réalisé à la demande de l’empereur Maximilien Ier de Habsbourg pour l’offrir à Henri VIII d’Angleterre. Pas de malice à chercher dans les deux cornes de bélier, elles furent ajoutées plus tard.

Fer forgé, repoussé et gravé à l’acide, laiton, dorure • 35 × 49,5 × 37 cm • Coll. et Royal Armouries Museum, Leeds • © Royal Armouries Museum, Leeds

Son succès est tel qu’il arrive en tête des ventes durant le XVe siècle, en 2e position derrière la Bible ! L’engouement tient bien sûr au sujet, à son style et son rythme – les chapitres, assez courts, s’appuient sur un sens de la caricature jubilatoire où chacun reconnaît son voisin, voire lui-même – mais aussi aux nombreuses images qui accompagnent la prose de Brant. Dès la sortie du livre, des graveurs virtuoses, dont le jeune Albrecht Dürer, multiplient les trouvailles pour incarner les mots acides de l’auteur.

La naissance d’une figure fantasque

« Le fou est devenu, grâce au développement phénoménal de la gravure puis de l’imprimerie qui permettent la diffusion des idées et d’une culture commune, la figure clé du passage aux temps modernes. »

Dans ce monde chaotique que tous décrivent, reflétant les angoisses de la fin du Moyen Âge, une figure bruyante et insolente s’impose avec fracas : le fou. Grimaçant à souhait, il est là pour singer les vices des clercs, paysans, nobles, médecins, cuisiniers, voyageurs, courtisanes. Les illustrateurs de la Nef des fous, dont Jérôme Bosch allait s’inspirer en 1500 pour sa célèbre peinture du même nom, ont gravé dans le marbre les principales caractéristiques de ce personnage délirant, identifiable au premier coup d’œil : costume extravagant, bariolé, rayé (motif propre aux hérétiques et aux marginaux à l’ère médiévale), lunettes à la main et et bâton surmonté d’une tête grotesque à son effigie, la marotte. Et puis surtout ce bonnet à oreilles d’âne et crête de coq, bientôt agrémenté de grelots. Le fou amuse et fascine dès lors qu’il entre en scène.

Jérôme Bosch, Satire des noceurs débauchés, dit la Nef des fous
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Jérôme Bosch, Satire des noceurs débauchés, dit la Nef des fous, Vers 1505–1515

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Pour cette allégorie de la Gourmandise, Bosch réunit aux côtés de joyeux drilles un moine franciscain et une nonne, attablés sur une planche de fortune garnie de fruits rouges et d’un gobelet, tandis qu’une galette est suspendue à portée de leurs bouches. Derrière eux, un individu ayant probablement abusé des bonnes choses vomit par-dessus bord alors qu’un autre chante à tue-tête en tenant à la main un aviron en forme de cuillère.

huile sur bois • 58 × 33 cm. • Coll. GrandPalaisRmn (musée du Louvre) • © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Franck Raux.

Le musée du Louvre est parti sur les traces de ce personnage venu illuminer de ses frasques la période charnière où le Moyen Âge bascule dans la Renaissance. « Emblématique de cette époque de rupture, si semblable à la nôtre, le fou est devenu, grâce au développement phénoménal de la gravure puis de l’imprimerie qui permettent la diffusion des idées et d’une culture commune, la figure clé de ce passage aux temps modernes », soulignent Élisabeth Antoine-König et Pierre-Yves Le Pogam, commissaires de cette proposition pléthorique qui fait souffler un vent de folie sur la vénérable institution où ils sont respectivement conservatrice au département des objets d’art et conservateur au département sculpture.

Sot, idiot du village, individu hors norme, atteint d’une maladie mentale, « tête pleine de vent » (conformément à l’origine latine de son nom, follis, le souffle), exclu de la société, lépreux, vagabond miséreux en haillon poursuivi par les enfants qui lui jettent des pierres et dont il se défend avec un bâton de fortune (qui deviendra par la suite sa fameuse marotte), hérétique ou insensé diabolique qui ne croit pas en Dieu, le « fol » fut à ses débuts tout cela à la fois.

Omniprésent pour semer le désordre

Insaisissable, improbable, il fait son apparition dans les marges des manuscrits et livres enluminés, d’où il part conquérir le monde au cours des XIVe et XVe siècles. Il envahit les stalles des chœurs des cathédrales, les vitraux de leurs fenêtres, les carreaux de terre vernissée ou les dalles gravées foulées par les fidèles, jusqu’aux plafonds des bâtiments civils et religieux où, aux côtés de créatures hybrides effrayantes, il règne sur un monde qui fonctionne à l’envers.

Hendrick Hondius, d’après Pieter Bruegel l’Ancien (?), Trois Fous jouant avec leur marotte
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Hendrick Hondius, d’après Pieter Bruegel l’Ancien (?), Trois Fous jouant avec leur marotte, 1642

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Le premier parle à sa marotte comme s’il s’agissait d’un être de chair, le deuxième lui pète au visage, montrant son postérieur au troisième qui s’apprête à lui botter les fesses. Obscènes, grossiers, scatologiques, les fous ne respectent rien ni personne.

Gravure au burin sur papier • 13 × 15,9 cm • Coll.MET, New York • © MET, New York

Non content de semer le trouble à l’intérieur des édifices, il joue aussi à cache-cache dans le jardin médiéval, ses allées, fontaines, puits et pergolas. Le vilain petit malin vient perturber ce lieu de loisir et de plaisir, cadre paradisiaque où s’épanouit l’amour courtois. Il y a planté une mauvaise graine pour dénoncer en ricanant la folie de l’amour, la dépossession de soi dont fut victime Lancelot et d’autres héros de cycles chevaleresques en prose. Il raille le désir et le péché de chair, en indigne représentant de la Luxure, comme dans les Sept Péchés capitaux et les Quatre Dernières Étapes humaines peint en 1500 par Bosch, où il apparaît à quatre pattes, tout de blanc vêtu, le cul à l’air prêt à se faire battre.

On le retrouve à l’arrière-plan de diverses scènes de genre pour souligner les dissonances de couples mal assortis tels que les vieillards et les jeunes filles cupides. Et il n’a pas fini d’abattre ses cartes. Incarnation de l’errance, l’insouciance et la liberté dans le jeu divinatoire du tarot de Marseille, il parvient aussi à se faire une place dans le très sérieux jeu d’échecs que l’Islam a transmis à l’Occident vers l’an mil.

Pour cela, il joue sur les transformations successives de ce jeu né en Inde, revu par la culture perse puis arabe, et se substitue à la pièce représentant une créature qui était à l’origine un éléphant. Rendu moins figuratif mais toujours doté de deux pointes sur la tête après son passage par le monde musulman, le pachyderme sacré finit en clerc dans la version britannique ou scandinave et en fou dans le reste de l’Europe… En diagonale, et hop le tour est joué !

Les vertus du renversement des valeurs

La folie est indissociable de son pendant, la sagesse ; elle lui est vitale.

Le fou s’impose également au théâtre, où il amuse le public lors des « sotties », ces pièces populaires tournant en dérision l’actualité, jouées par des troupes dans les rues des villes. Mais ce qu’il préfère, c’est se mêler à la foule lors de ces carnavals où, le temps d’une grande orgie cathartique, l’ordre social du monde est inversé pour en assurer la survie. Il est le roi de la fête, où il peut rester lui-même quand chacun est un autre, portant masque et costume. Le laïc devient le clerc, l’homme se déguise en animal, la femme porte le pantalon ; même les hommes de loi et d’Église se prêtent à ces mascarades parfois violentes…

Avant que chacun ne reprenne sa place. « Comme toutes les religions, le christianisme a compris que le renversement des valeurs était à la base de la quête du salut et que la ‘folie’ était donc une voie non pas accessoire, mais nécessaire pour atteindre à la sainteté, explique Pierre-Yves Le Pogam. Comme le Christ, celui qui cherche la perfection doit donc vivre – et pas seulement penser – ces inversions : l’exaltation par l’humiliation, la sagesse par l’imbécillité, la vie par la mort. Toute la mystique chrétienne est sous-tendue par ce paradigme. »

De Mardi gras à Érasme

Une des copies de Joseph Baumgartner, 1957-1958, d’après les originaux d’Erasmus Grasser, vers 1480, Danseur de mauresque : le magicien
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Une des copies de Joseph Baumgartner, 1957–1958, d’après les originaux d’Erasmus Grasser, vers 1480, Danseur de mauresque : le magicien

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Apparue au XVe siècle dans les cours occidentales, la danse acrobatique mauresque ne manque pas de piquant. Son rythme syncopé au son du tambourin et des grelots des costumes s’accompagne d’une gestuelle grandiloquente faite de sauts et pas frappés du talon.

Bois de tilleul, polychromie de 1928 • 61,5 à 81,5 cm (selon les modèles) • © Münchner Stadtmuseum, Sammlung Angewandte Kunst / photo G. Adler, E. Jank.

La folie est indissociable de son pendant, la sagesse ; elle lui est vitale. Fête des fous organisée par le clergé fin décembre dans les églises des villes du Nord, rituel intégré à la très respectable liturgie des offices, Mardi gras festif où chacun est invité à se défouler avant les privations du carême précédant Pâques, charivari organisé une fois la nuit tombée pour ridiculiser quelqu’un la veille de son mariage, danse thérapeutique proche de la transe pour soigner les délires après une piqûre de tarentule (ainsi naquit la tarentelle), parade de la Mère-Folle organisée par une société dijonnaise pour se moquer du pouvoir royal, queue leu leu géante incitant les participants d’un carnaval à avaler une nourriture à base de fèves pour s’adonner à la joie libératrice de la flatulence : les fous de ces rituels exutoires s’en donnent à cœur joie.

Si bien que lorsque Brant publie sa Nef des fous pendant le carnaval de Bâle, le public est prêt à l’accueillir et s’en délecte, en savoure l’audacieuse et onctueuse texture, dont il reconnaît les codes salaces et licencieux. Quinze ans plus tard, dans un pamphlet qui s’adresse cette fois aux lettrés et aux érudits, Érasme (1467/1470– 1536), « le prince de l’humanisme », clerc devenu éditeur, traducteur, commentateur, philologue et poète, décrit sur un même mode satirique les vices et dérives de ses contemporains, déchaînant chez eux autant de joie que de stupeur.

Dans son Éloge de la folie, cet esprit libre et grand défenseur de la tolérance à un moment de tensions religieuses extrêmes fait de Dame Folie sa porte-parole pour éveiller les consciences. Enchevêtrement de paraboles, références antiques, jeux de mots, calembours, doubles négations, il dépasse la pensée binaire et s’appuie sur l’ambiguïté du monde pour passer au crible les bassesses de chacun. Avec dans le viseur le clergé corrompu et les théologiens incultes, ce qui vaudra à son auteur d’être menacé par l’Inquisition catholique puis plus tard par les luthériens pour être resté fidèle à sa devise, « Nulli concedo » (« Je ne fais de concessions à personne »).

Attribué à Jan Metsys, Un fou
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Attribué à Jan Metsys, Un fou, Non daté

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Le fou est souvent représenté en train de regarder à travers ses doigts d’où, hilare, il fixe le spectateur d’un air moqueur. Un geste pour nous rappeler qu’il est le miroir grossissant de nos vices et évoquer la morale chrétienne opposant aveuglement moral et discernement spirituel.

Huile sur panneau • 40,5 × 31 cm. • © Art Collection 2 / Alamy / Hemis

Éloge de la folie devient une source inépuisable d’inspiration littéraire et artistique. Hans Holbein le Jeune réalise dans les marges de l’édition de 1516 des dessins à couper le souffle, tandis que Bosch et Brueghel suivent à la lettre de façon implacable les leçons de ce « morosophe », le fou-sage inventé au IIe siècle par Lucien de Samosate et repris par Érasme pour donner à voir la folie du monde. Quentin Metsys aussi se nourrit de sources érasmiennes pour caricaturer son époque, suivi par son fils Jan Metsys et son confrère Marinus van Reymerswaele.

Une véritable « explosion de fous »

Marqué par un handicap physique ou mental, recueilli très jeune, il est le seul personnage autorisé à sortir des âneries et à ridiculiser les courtisans.

Né en marge du monde, le fou passionne désormais les plus grands artistes, qui l’introduisent à la cour des princes. Il y trouve sa place en tant que bouffon. Marqué par un handicap physique ou mental, recueilli très jeune, il est le seul personnage autorisé à sortir des âneries et à ridiculiser les courtisans. Certains s’illustrent par leur esprit, à l’image de Triboulet, auteur de sotties et comédien brillant, qui offre ses talents à la cour du roi René – son nom fut adopté plus tard par le fou de François Ier et inspira à Victor Hugo Le Roi s’amuse, pièce contre la monarchie.

François Le Barbier fils, Psalterium latino-gallicum dit Psautier de Charles VIII
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François Le Barbier fils, Psalterium latino-gallicum dit Psautier de Charles VIII, Vers 1492

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Enluminé à Paris par l’un des principaux artistes de la capitale, le psautier exécuté pour le roi. Charles VIII montre un fou en tenue bariolée brandissant sa marotte, incarnation de la corruption et du péché qui règnent sur terre, face au roi David, auteur présumé du livre des Psaumes.

Manuscrit sur parchemin • 35 × 23,5 cm. • Coll.The Metropolitan Museum of Art, New York. • © The Metropolitan Museum of Art, New York.

Parmi les célébrités, il y eut aussi Coquinet, fou favori du duc de Bourgogne Philippe le Bon, Kunz von der Rosen, proche conseiller de l’empereur Maximilien qui s’était aussi entiché d’un autre fou prénommé Pock, sans oublier Will Somers, qui passa sa vie aux côtés du terrible Henri VIII d’Angleterre, divertissant le souverain de ses saillies blessantes qui auraient envoyé n’importe qui d’autre à la tour de Londres ou directement sur l’échafaud.

Anonyme, Pays-Bas du Sud, Aquamanile : Aristote et Phyllis
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Anonyme, Pays-Bas du Sud, Aquamanile : Aristote et Phyllis, Vers 1380

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Le thème du philosophe grec chevauché par Phyllis apparaît dans les manuscrits du Lai d’Aristote (vers 1220), où ce dernier convainc Alexandre le Conquérant d’abandonner sa maîtresse. Pour se venger, cette dernière promet ses faveurs au vieux philosophe s’il accepte de lui servir de monture dans les jardins du palais. La scène déplorable se déroule sous les yeux d’Alexandre.

Alliage cuivreux • 32,4 × 39,3 × 17,8 cm • Coll.Bibliothèque nationale de France, Paris • © Bibliothèque nationale de France, Paris.

Au XVIe siècle, avec la professionnalisation du bouffon de cour, on assiste à une véritable « explosion de fous », conclut Élisabeth Antoine-König. « Ce personnage clé de la culture et de la pensée occidentale a accompagné les crises et les difficultés de la société dans son passage aux temps modernes. Une fois que ce monde advient, le fou disparaît. Parce qu’il a joué son rôle mais aussi parce que, au moment où il est dans tous les imaginaires, où le monde entier semble devenu fou, il retourne à sa marginalité. La folie a pris sa place. »

Le retour du fou

Marx Reichlich, Portrait d’un fou
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Marx Reichlich, Portrait d’un fou, Vers 1519–1520

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Le bouffon louche et adresse au spectateur un sourire caricatural repoussant. Devant lui, un oeuf à moitié couvé dont il aurait mangé l’embryon – d’où le sang qui coule de sa bouche et les plumes duveteuses qui dépassent. L’image des fous naissant d’un oeuf était un classique : le fou fait sienne sa folie originelle. Ce goût de la déraison est accentué par le chien qui vient renifler les doigts du personnage.

Tempera sur bois • 44,5 × 33,7 cm.

Mais notre homme n’a pas dit son dernier mot. Et, après une période de veille, tel un esprit malin incontrôlable, il revient hanter la création à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe, de façon légère dans la peinture de style troubadour, et plus profonde dans les images sombres d’un Goya ou d’un Géricault, alors que se développe la psychiatrie comme discipline médicale destinée à soigner ces aliénés désormais enfermés dans des asiles.

Dans ces lieux d’isolement, le salut viendra parfois de pratiques artistiques aux vertus thérapeutiques, permettant aux aliénés d’exprimer les tourments de leur âme et d’incarner leurs visions surréalistes. Au même moment, les artistes eux-mêmes associent leur refus des normes, leur déraison et leur mélancolie à ce personnage né dans les marges d’un livre. La figure de l’artiste fou est officiellement née, inaugurant un nouveau chapitre de la création.

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Figures du fou. Du Moyen Âge aux Romantiques

Jusqu’au 3 février 2025

presse.louvre.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Albrecht Dürer Jérôme Bosch

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