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Willehad Eilers, Der Wolf Im Wolfspelz, 2023
Huile sur toile • 50 x 40 cm • © Willehad Eilers
Ils dansaient, dansaient, dansaient, sans raison, tournaient à en perdre la tête, à en mourir parfois. Les « pestes » ou « manies » dansantes ont défrayé la chronique au Moyen Âge, sans qu’on comprenne vraiment les raisons de cette folie collective, la plus célèbre s’étant emparé d’un quartier de Strasbourg en 1518.
Elles reviennent nous hanter en ce printemps : dans la cour de l’Hospice Comtesse, le peintre allemand Willehad Eilers suspend d’immenses silhouettes noires et dansantes. Elles ouvrent l’exposition « The Distorted Party » et lui donnent le la : « Nous voulions repenser la fête et la convivialité à l’aune des défis contemporains, le changement climatique, les inégalités sociales, l’instabilité politique, plaident ses deux curatrices, Siegrid Demyttenaere et Sofie Lachaert, formant le collectif lsd2. Ces zones d’ombre soulignent la fragilité de l’existence humaine et détonnent avec les moments de célébration. »
« Nous voulions que l’exposition soit traversée d’ondes positives. »
Siegrid Demyttenaere et Sofie Lachaert
Danser, encore et toujours, malgré tout, qui en a l’énergie, qui le courage ? Pourtant, le thème de la fête traverse le paysage artistique de cette année 2025. Le Palais de Tokyo a donné le ton avec « Joie collective – Apprendre à flamboyer ! » (jusqu’au 11 mai), qui tient à la fois du carnaval et de l’activisme social. « J’aimerais que cette exposition inspire l’espoir et nous donne des outils pour penser la résilience par la joie et retisser des liens entre nous, explique sa curatrice, Amandine Nana. Joyeuse dans les formes, elle se veut aussi lieu de transformation sociale. »
« The Distorted Party » partage ce même paradoxe, signalé dès la façade de l’ancien hospice par des bannières jaunes qui convoquent le souvenir de célébrations comme de maladies. « On ne peut pas oublier toutes ces inquiétudes qui persistent dans un monde post-Covid, ces bouleversements récents, mais même s’il y a peu de raisons de célébrer en ce moment, nous voulions quand même que l’exposition soit traversée d’ondes positives », assurent les curatrices.
À l’entrée de la salle des malades, un énorme globe argenté et miroitant est accroché, « comme cela se faisait dans les maisons au Moyen Âge, dans un format beaucoup plus réduit, pour mettre à bas les mauvais esprits », décrivent-elles. La vaste installation de Nadia Naveau accueille le visiteur dans une valse de sculptures (comestible pour l’une d’elles) qui brassent des références à l’Antiquité grecque comme à l’esthétique pop.
Tout aussi immersive, l’installation du jeune Kenny Dunkan chante la nostalgie de son île natale, la Guadeloupe, sur fond de symphonie d’insectes. Héritier de James Ensor et de ses crissantes mascarades, Willehad Eilers dissémine également ses toiles au sein des collections de l’Hospice Comtesse. Comme un virus qui se propage…
Une onde plus positive traverse l’exposition « La fête intérieure ! », orchestrée à la gare Saint-Sauveur par Fabrice Bousteau [rédacteur en chef de Beaux Arts Magazine]. Ou comment la fête bouleverse et électrise notre chair et notre âme, du Berghain, club de Berlin filmé par Soundwalk Collective, au festin de céramique mis en scène par Lei Saito. Telle une bombe à fragmentation, le parcours éclairé à la façon d’une boîte de nuit détaille l’impact de la fête sur chaque fragment, chaque fonction de nos corps, du pouce au souffle.
:mentalKLINIK, Puff Out, 2020
Pas de fête sans paillettes ! Elles sont ici aspirées puis propulsées par des
robots lancés par le collectif bruxellois dans l’un des espaces de la gare
Saint-Sauveur, à l’occasion de l’exposition « La fête intérieure ! ».
Installation • Courtesy Borusan Contemporary, Istanbul / Photo Özge Balkan
Considéré comme notre deuxième cerveau, le ventre est bien sûr central, ainsi que le rappelle une exposition dans l’exposition, riche d’œuvres pariétales, de manuscrits persans, de dessins anatomiques. Pour que de battre notre cœur ne s’arrête pas, Rafael Lozano-Hemmer l’écoute et transforme les palpitations de la foule en vidéo immersive et constamment changeante, tandis qu’une pluie de paillettes est projetée par des robots aspirateurs propulsés là par les Bruxellois de :mentalKLINIK. Le chorégraphe William Forsythe active, lui, le cardio, avec une installation d’anneaux qui invite à traverser la salle en suspension.
Puis c’est l’apaisement. Célébration de tous les sens, le jardin cultivé par Michel Blazy fait croître avocats en valise et lianes de peu et s’ouvre sur les potagers partagés qui entourent l’ancienne gare. Ainsi, peu à peu, monte la transe, jusqu’au cerveau, comme l’évoque la vidéo d’Angelica Mesiti. Au spectateur d’entrer à son tour dans la danse, grâce aux jupes de derviches tourneurs multicolores mises à disposition par Alex Cecchetti. De la fête comme tourbillon intérieur…
Fiesta. 7ème édition thématique de lille3000
Du 26 avril 2025 au 9 novembre 2025
Lille • Lille
Fêtes et célébrations flamandes, Brueghel, Rubens, Jordaens...
Du 26 avril 2025 au 1 septembre 2025
Palais des Beaux-Arts de Lille • 18 bis, rue de Valmy • 59000 Lille
www.pba-lille.fr
The distorted party
Du 26 avril 2025 au 9 novembre 2025
Musée de l'Hospice-Comtesse • 32 Rue de la Monnaie • 59800 Lille
mhc.lille.fr
La fête intérieure !
Du 26 avril 2025 au 27 juillet 2025
Gare Saint-Sauveur • 17, boulevard Jean-Baptiste Lebas • 59800 Lille
www.lille3000.eu
Felice Varini - Éclats en écho
Du 26 avril 2025 au 9 novembre 2025
Palais des Beaux-Arts de Lille • 18 bis, rue de Valmy • 59000 Lille
www.pba-lille.fr
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Héritier du peintre belge James Ensor et de ses mascarades grinçantes, Eilers met en scène une série de scènes de bal et autres parties distordues,
qu’il dissémine dans les collections de l’Hospice Comtesse à l’occasion de « The Distorted Party ».