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LILLE

Walter Vanhaerents : le collectionneur XXL investit le Tripostal

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Publié le , mis à jour le
À l’invitation de Lille 3000, le Tripostal expose sur ses trois niveaux les fleurons de la spectaculaire collection d’art contemporain de Walter Vanhaerents. Des œuvres et des installations au format monumental, réunies depuis cinquante ans par ce Flamand passionné et visionnaire.
Yinka  Shonibare, Leisure Lady  (with Ocelots)
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Yinka Shonibare, Leisure Lady (with Ocelots), 2001

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L’artiste anglo nigérian est connu pour revisiter le thème du colonialisme. Ici, c’est la robe en wax, un coton traditionnel fabriqué en Hollande, qui est le point phare de l’œuvre.

fibre de verre, tissu wax, cuir et verre. • Coll. Courtesy Vanhaerents Art Collection, Bruxelles • © Yinka Shonibare

Le monde de l’art connaît bien son nom, mais le grand public moins. Et pourtant, Walter Vanhaerents présente en ce moment sa collection au Tripostal, rejoignant ainsi le club des happy few, puisque l’institution a déjà exposé celle de François Pinault en 2007 et de la Saatchi Gallery en 2011.

L’exposition investit les trois plateaux, soit 6 000 m2. Les Cloud Cities (2010–2023) de Tomás Saraceno s’étendent quasiment sur tout le rez-de-chaussée, précédés par l’immense étoile de Mark Handforth (Stardust, 2005), dont les néons apportent d’emblée une touche de pop art à un accrochage survitaminé.

Tomás Saraceno, Cloud Series : mise-en-Aérocène [détail]
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Tomás Saraceno, Cloud Series : mise-en-Aérocène [détail], 2010–2023

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Les Vanhaerents, et en particulier leur fils Joost, possèdent six œuvres de la série Cloud Cities de l’artiste argentin, ce qui permet de proposer au Tripostal une vaste installation immersive.

techniques mixtes. • Coll. Courtesy Vanhaerents Art Collection, Bruxelles • © Tomás Saraceno

À l’étage, une ronde d’extraterrestres de Mariko Mori (Oneness, 2003) dialogue avec un carrousel de loups et de cerfs de Bruce Nauman (Four Part Large Animals, 1989). Un ensemble de six géants miroitants de David Altmejd transforme toute une salle en un palais des glaces.

« Pour moi, c’est une façon de montrer à la fois les œuvres et la logistique de l’art, comment elles sont emballées, comment elles voyagent, comment fonctionne une collection… »

Walter Vanhaerents

Le collectionneur flamand ne dévoile à Lille qu’une petite partie de ses trésors et il s’est particulièrement investi dans l’accrochage. « J’ai l’habitude de beaucoup m’impliquer, explique-t-il. Quand j’ai exposé une quinzaine d’œuvres de ma collection au Zuecca Project Space à Venise, en 2015, j’ai passé cinq mois sur place. Je voulais comprendre pourquoi une ville qui bénéficie d’un tel patrimoine historique s’est ouverte ainsi à l’art contemporain, au point d’en devenir la principale vitrine dans le monde. »

Une autre partie de sa collection est visible depuis 2007 à Bruxelles, dans un ancien entrepôt de 3 500 m2 qui associe espace d’exposition et de stockage. Les œuvres de Jeff Koons, Rudolf Stingel ou Danh Vo sont disposées au milieu des caisses de conservation et de transport, les tableaux sont entreposés sur des racks, selon une scénographie élaborée par le collectionneur lui-même et qui a depuis inspiré le musée Boijmans Van Beuningen à Rotterdam quand il a rendu ses réserves accessibles au public. « Pour moi, c’est une façon de montrer à la fois les œuvres et la logistique de l’art, comment elles sont emballées, comment elles voyagent, comment fonctionne une collection… »

Un goût du risque et de l’avant-garde

Walter Vanhaerents a mené cinquante ans durant une vie d’entrepreneur. Il se rêvait médecin, il a fait finalement des études de sophrologie. Il a coupé court à ces chemins buissonniers quand son père et son frère aîné sont morts prématurément et qu’il a dû reprendre, à 20 ans, l’entreprise de construction et d’immobilier familiale, l’une des plus importantes de Belgique. Parallèlement, il a commencé à collectionner des artistes belges, mais a vite changé de voie quand, poussé par une autre passion, celle de l’architecture, il a fait le tour des grands musées et kunsthaus allemands, découvrant les propositions radicales d’Andy Warhol, Joseph Beuys ou Gerhard Richter (il
possède aujourd’hui des œuvres des trois artistes).

« J’ai acheté toute l’exposition. »

Walter Vanhaerents

J’ai eu la chance qu’un collectionneur me reprenne la quarantaine de pièces que j’avais déjà acquises et j’ai dû débourser 25 000 € de plus pour acheter une sculpture cubiste de Jacques Lipchitz. » Combien d’œuvres a-t-il réunies à ce jour ? Il ne le dit pas, mais elles se comptent par centaines, auxquelles s’ajoutent celles de ses deux enfants, Els et Joost. « Nous avons chacun notre collection en propre mais, depuis 2020, je leur ai proposé de rejoindre la Vanhaerents Art Collection. »

Friedrich Kunath, One Minute You’re Here
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Friedrich Kunath, One Minute You’re Here, 2020-2021

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Ce tableau gigantesque, dont le titre fait référence à une chanson de Bruce Springsteen, est l’un des préférés de Walter Vanhaerents.

huile sur toile, trois panneaux • 244 x 594,5 cm • Coll. Courtesy Tim van Laere Gallery, Anvers. • © Friedrich Kunath

Beaucoup de collectionneurs achètent pour spéculer, certains pour infiltrer les hautes sphères de la société, d’autres pour asseoir leur pouvoir. Walter Vanhaerents a toujours été un électron libre. Sous un air discret et débonnaire, il manifeste un goût avéré du risque et de l’avant-garde, même si ses intuitions précoces l’ont amené à collectionner avant les autres des artistes que tout le monde s’arrache aujourd’hui.

Le « visionaire qui voyage dans les etendues sauvages de l’art contemporain »

Ugo Rondinone, dont il possède le plus grand nombre d’œuvres au monde, dit de lui qu’il est un « visionnaire qui voyage dans les étendues sauvages de l’art contemporain – loin des conseillers artistiques, du confort et des normes – et qui embrasse la nouveauté ». Tous les artistes le savent, Walter Vanhaerents n’attend pas que leur cote monte pour les collectionner. Il fait ses achats lui-même, le plus souvent en galerie, et la plupart de ses acquisitions coïncident avec l’année de production des œuvres.

« Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre quelle forme l’artiste adopte pour délivrer un contenu. La forme m’importe plus que le contenu. »

Walter Vanhaerents

« C’est la raison pour laquelle je lis et je me renseigne beaucoup sur chaque artiste car je dois être sûr de mes choix », explique-t-il en déambulant dans les salles. Les colosses de David Altmejd (The Astronomer, The Thinker, The Hunter…), il les a découverts lors d’une exposition au Museum of Contemporary Art de Denver (Colorado) en 2007, l’année où l’artiste canadien a représenté son pays à la biennale de Venise. « J’ai acheté toute l’exposition. À l’époque, les six géants n’avaient pas de noms. J’ai dit à David que ce serait bien de leur en donner. J’en ai proposé six, il en a gardé quatre et trouvé deux. »

Bill Viola, Martyrs (Air, Earth, Fire, Water)
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Bill Viola, Martyrs (Air, Earth, Fire, Water), 2014

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En présentant cette œuvre à Venise en 2015, Walter Vanhaerents a rencontré la maire de Lille, Martine Aubry. C’est ainsi qu’est né le projet au Tripostal.

quatre vidéos en couleurs HD, 7 min. 10 s • Coll. Courtesy Vanhaerents Art Collection, Bruxelles • © Bill Viola

Certaines salles témoignent de la sûreté de ses choix, qui peuvent dérouter tant ils sont contraires, un Bill Viola apocalyptique côtoyant un clown de Rondinone ou un miroir mouvant de Jeppe Hein. « Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre quelle forme l’artiste adopte pour délivrer un contenu. La forme m’importe plus que le contenu. »

Dans les années 1990–2000, Walter Vanhaerents a acheté, la scène nippone, collectionné les sculptures kawaï de Takashi Murakami, Yoshitomo Nara et Chiho Aoshima. Un ensemble spectaculaire de ces artistes occupe le premier étage. Depuis une dizaine d’années, c’est la scène africaine-américaine qui l’aimante.

Yoshitomo Nara, Quiet, Quiet
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Yoshitomo Nara, Quiet, Quiet, 1999

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Cette sculpture est composée de têtes d’enfant empilées, sans que l’on sache si les visages sont plongés dans le sommeil, la contemplation ou la prière.

fibre de verre, résine, laque. • Coll. Courtesy Vanhaerents Art Collection, Bruxelles • . © Yoshitomo Nara

Une salle réunit des œuvres de Dominic Chambers, Yinka Shonibare et Kehinde Wiley dont il expose une toile majeure, St. Sebastian II (2006). « En 2006, je faisais le tour des ateliers d’artistes à New York. En arrivant dans celui de Kehinde Wiley, qui était peu connu à l’époque, je suis tombé en arrêt devant cet extra ordinaire tableau. Sa galeriste a refusé que je l’achète. Cinq ans plus tard, la toile est réapparue dans une vente aux enchères à New York et j’ai pu l’acquérir. »

« Je regarde toujours vers l’avenir et je ne reviens jamais en arrière. »

Le soir du vernissage à Lille, Walter Vanhaerents arborait un costume noir, une chemise blanche et un nœud papillon rouge, à l’image du pantin Walter (2007) de Markus Schinwald, qui porte son nom. À l’origine, la marionnette était habillée d’une veste à carreaux, mais pour l’exposition au Tripostal, le collectionneur a demandé à l’artiste de lui enfiler une veste noire plus élégante.

AES+F, The Feast of  Trimalchio:  Arrival of  Golden Boat
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AES+F, The Feast of Trimalchio: Arrival of Golden Boat, 2010

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Projeté sur un écran panoramique de 10 m de long, ce qui apparaît comme un film est en fait un montage de milliers de photographies numériques.

collage numérique. • Coll. Courtesy Vanhaerents Art Collection, Bruxelles. • © AES+F /

La marionnette tape du pied, ce qui en dit long sur les impatiences de « Walter ». On peut avoir le sens de l’autodérision et être catégorique dans ses choix et ses visions. « J’ai un principe, je regarde toujours vers l’avenir – c’est pourquoi j’ai acquis récemment des œuvres de Dominic Chambers, Alexandre Diop, Kennedy Yanko ou Joy Labinjo – et je ne reviens jamais en arrière. Je n’achèterais jamais aujourd’hui une pièce historique de Bruce Nauman, même si c’est mon artiste préféré. Cela ne m’intéresse pas de revenir sur mes pas pou acheter des œuvres que j’aurais manquées. »

Vue d l’espace bruxellois de la collection Vanhaerents, un ancien entrepôt de 3 500 m<sup>2</sup> dans le quartier Dansaert.
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Vue d l’espace bruxellois de la collection Vanhaerents, un ancien entrepôt de 3 500 m2 dans le quartier Dansaert.

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6 © Vanhaerents Art Collection, Bruxelles.

Un autre principe le guide, il achète principalement des pièces de grands formats, contournant ainsi la tentation d’exhiber chez lui ses tableaux et ses sculptures comme des trophées. « De toute façon, j’habite au dessus de mon espace d’exposition. Parfois, je descends la nuit dans la grande nef, je m’assois dans un fauteuil et je regarde mes œuvres. » La majorité d’entre elles ne sont pas représentées dans les musées belges, ni dans la plupart des musées européens, et il faut de la persévérance pour les découvrir puisque la Vanhaerents Art Collection n’est accessible qu’une fois par mois, sur rendez vous, en visite de groupe. L’exposition au Tripostal n’en est que plus événementielle.

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Au bout de mes rêves. Vanhaerents Art Collection

Du 6 octobre 2023 au 14 janvier 2024

lille3000.com

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Pour en savoir plus

L’exposition réunit 75 œuvres, signées de 40 artistes originaires du monde entier. L’accrochage est pensé, aéré, laissant à chacune son espace de respiration. «Nous avons élaboré neuf projets, c’est-à-dire neuf sélections d’oeuvres et neuf scénographies, avant de nous entendre sur ce parcours», explique Caroline David, la commissaire de l’exposition, qui a travaillé en étroite collaboration avec le collectionneur flamand et ses enfants.

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