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Aubrey Beardsley en 2 minutes

En bref

Aubrey Beardsley (1872–1898), ami de Jacques-Émile Blanche et contemporain d’Oscar Wilde, a défrayé la chronique de la prude Angleterre victorienne. Illustrateur symboliste talentueux et raffiné, influencé par le préraphaélite Edward Burne-Jones, Beardsley a cumulé les scandales suite à la parution de dessins jugés érotiques. Ce dandy décadent ne vivait que pour l’art, fuyant la réalité pour des paradis plus esthétiques… Atteint de tuberculose, il est mort à l’âge de 25 ans seulement après avoir marqué durablement le monde de l’illustration.

Frederick Henry Evans, Aubrey Beardsley
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Frederick Henry Evans, Aubrey Beardsley, 1894

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tirage au platine • 13,6 × 9,8 cm • Collection privée • © Photo Christie’s Images / Bridgeman Images

On a dit de lui

« Beardsley est un dilettante, un vrai produit de fin de siècle. » Jacques-Émile Blanche

Sa vie

Né à Brighton, Aubrey Beardsley contracte très jeune la tuberculose. Cette maladie aura raison de lui à l’âge de 25 ans. Durant sa courte vie, il s’employa à savourer tous les plaisirs et à travailler sans relâche. Il entra dans le cercle des artistes à l’âge de 15 ans, après avoir brièvement suivi des cours à la Westminster School of Art.

On le dit élève d’Edward Burnes-Jones (qui lui présenta Oscar Wilde), et l’un des premiers à se rapprocher de James Abott McNeil Whistler, célèbre pour ses nocturnes. Avec ces deux maîtres, Beardsley devient un fin connaisseur de la Renaissance italienne. Mais les tableaux ennuient le jeune artiste, qui préfère l’illustration, un art qui lui semble capable de toucher le plus grand nombre. Il n’a jamais peint mais a produit une œuvre graphique abondante. Beardsley travaille de façon minutieuse et appliquée, tel un moine devant une enluminure.

Influencé par les préraphaélites et par le japonisme alors en vogue en Europe, Aubrey Beardsley n’en cultive pas moins un érotisme effronté rappelant l’art français du temps de Louis XV, de Watteau à Fragonard. Ses dessins respirent la polissonnerie, voire un certain degré de perversité. L’artiste était d’ailleurs un grand lecteur de Voltaire et des auteurs des Lumières. Beardsley lui-même se piquait d’être écrivain à ses heures.

Grand admirateur de la France, Beardsley fréquente le peintre dandy Jacques-Émile Blanche (parfaitement anglophone). Ce dernier lui permet de rencontrer Alexandre Dumas fils, auteur du fameux roman La Dame aux camélias (1852). L’illustrateur séduit facilement grâce à son charme juvénile et son esprit vif et ironique, vivant toujours auprès de sa mère dans la peur perpétuelle de la solitude. Il s’habille en véritable dandy : costume impeccable, fleur à la boutonnière, canne à pommeau et gants beurre frais.

À l’âge de 20 ans, Beardsley reçoit une commande d’illustration pour La Mort d’Arthur de Thomas Malory. L’inspiration et les légendes médiévales sont dans l’air du temps. Immédiatement, le travail de Beardsley est mal interprété et on lui prête des allusions perverses jusque dans le dessin des fruits et des fleurs. Bien que le jeune artiste cultive un catholicisme ardent, presque mystique, sa légende de blasphémateur est née.

Véritable phénomène du Londres fin de siècle, connu pour son style mordant, il reçoit ensuite une commande d’illustration pour la pièce d’Oscar Wilde, Salomé. L’édition connaît un succès de scandale, et la collaboration entre l’écrivain et l’illustrateur est émaillée de mille incidents.

Ayant révolutionné le monde de l’illustration, Beardsley devient le directeur artistique de la revue innovante The Yellow Book. Il décède à Menton un an plus tard.

Ses œuvres clés

Aubrey Beardsley, Autoportrait
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Aubrey Beardsley, Autoportrait, 1892

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© Bridgeman Images

Autoportrait, 1892

Cet autoportrait représente l’artiste les yeux cernés et marqués, l’air désabusé. Il est l’image de la décadence fin de siècle. Jacques-Émile Blanche a offert une savoureuse description de son ami : « Son visage émacié présentait un nez fort busqué et très osseux, entre deux petits yeux perçants, couleur de noisette, sous des cheveux de ce brun acajou dit auburn. » Il ressemblait, selon lui, à un jeune lord fatigué par les plaisirs dans l’Angleterre du XVIIIe siècle.

Aubrey Beardsley, Illustrations pour « Salomé » d’Oscar Wilde
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Aubrey Beardsley, Illustrations pour « Salomé » d’Oscar Wilde, 1894

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gravures • Collection Stephen Calloway / Collection British Library • © Collection Stephen Calloway / © British Library Board. All Rights Reserved / Bridgeman Images

Salomé, 1894

Wilde n’était pas convaincu par les gravures de Beardsley pour la traduction anglaise de sa pièce Salomé (écrite en français en 1891). Les dessins lui semblaient cruels et inspirés par le diable. Beardsley conjugue élégance et perversité, en faisant cohabiter des formes très stylisées et des visages anguleux. Sa source d’inspiration était autant les estampes japonaises que la céramique antique. Son but ? L’ironie et le grotesque. Le délicat travail en noir et blanc accentue cette crudité.

Aubrey Beardsley, Toilette
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Aubrey Beardsley, Toilette, 1894

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Illustration pour « The Later Work of Aubrey Beardsley », John Lane, 1901 • Collection privée • © Look and Learn / Elgar Collection / Bridgeman Images

La Toilette, 1894

Cette gravure témoigne du goût de Beardsley pour le XVIIIe siècle français, en particulier le temps de Louis XV et de ses femmes précieuses. Dans un intérieur rococo surchargé, une élégante se fait coiffer par sa servante ; les deux femmes semblent unies par une intime complicité. L’artiste était réputé pour ses scènes érotiques au parfum capiteux.

Par • le 5 octobre 2020

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