Secrets d'artistes

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Gustave Caillebotte

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Des Raboteurs de parquet au Pont de l’Europe, Gustave Caillebotte est « le peintre de la vie moderne » par excellence, le héraut du Paris haussmannien, mais aussi un ovni dans le paysage chatoyant de l’impressionnisme. Alors que sont fêtés en 2024 les 150 ans du mouvement et que le musée d’Orsay s’apprête à célébrer le peintre dans une grande rétrospective, Beaux Arts vous dévoile six de ses secrets d’artiste.

On lui doit le cœur de la collection impressionniste au musée d’Orsay : Gustave Caillebotte (1848–1894) est longtemps resté assigné au nom du legs de l’incroyable ensemble de chefs-d’œuvre qu’il avait rassemblés, rentré dans les collections publiques après un long lobbying de ses amis.

Le collectionneur éclipse longtemps le peintre, jusqu’à la première grande rétrospective de l’artiste aux États-Unis en 1976, cent ans après son entrée fracassante dans le giron des impressionnistes avec les Raboteurs de parquet (1875), qui défrayèrent la chronique lors de la deuxième exposition du groupe. En France, il faut même attendre 1994 pour qu’une exposition monographique lui rende sa juste place au panthéon de l’art français. Entretemps, nombre de ses toiles ont filé dans des collections privées hors de l’Hexagone…

1. Il fut l’un des grands fédérateurs du groupe impressionniste

Gustave Caillebotte, Raboteurs de parquet
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Gustave Caillebotte, Raboteurs de parquet, 1875

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Une scène de la vie moderne

Dans un élégant appartement haussmannien, trois hommes s’affairent au rabotage d’un parquet. Impossible ou presque de distinguer leur visage. À genoux au milieu des copeaux de bois, l’échine courbée, ils semblent pleinement absorbés par cette tâche éreintante, qui met leur corps à rude épreuve : l’un rabote, les deux autres raclent. Peinte en 1875, cette grande toile d’1 mètre sur 1,47 mètre s’est imposée comme une icône des mouvements réaliste et impressionniste. Gustave Caillebotte (1848–1894), qui fut aussi un grand collectionneur et mécène, s’attaque à un sujet résolument moderne et audacieux pour son époque : l’univers du prolétariat urbain. Un choix qui n’a pas manqué de susciter de vives réactions chez les critiques…

huile sur toile • 102 × 147 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris

Quand les Raboteurs sont refusés au Salon de 1875 malgré une facture respectant les attentes de l’exposition officielle, Caillebotte est accueilli par le groupe impressionniste et devient l’un des principaux artisans de l’histoire. Fortuné par l’héritage de son père, il collectionne immédiatement les œuvres de ses nouveaux amis, jusqu’à rendre possible l’organisation d’une troisième exposition impressionniste en 1877, dont il finance la publicité et même la location d’un appartement-écrin au 6 rue Le Peletier. Méfiant vis-à-vis de « la bande à Degas » qui immisce un tournant graphique chez les indépendants, Caillebotte continue de soutenir à bout de bras la cohésion du groupe originel au côté de Camille Pissarro. Il est actionnaire du mouvement au point de sacrifier sa postérité en négligeant sa propre œuvre dans le fameux legs qu’il fait à l’État.

2. Il était très lié à son frère Martial, lui-même artiste

Gustave Caillebotte est très lié à son frère benjamin Martial, surtout après le décès brutal du cadet René en 1876 et de leur mère Geneviève deux ans plus tard. Martial est lui aussi artiste, pianiste et compositeur, pionnier d’une musique impressionniste. Ce qui est moins connu, c’est qu’il pratiquait également la photographie, avec un souci voisin de son frère de rendre le dynamisme des perspectives du nouveau Paris haussmannien.

Martial et Gustave Caillebotte
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Martial et Gustave Caillebotte

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© Historic Images / Alamy / Hemis

Les deux frères partagent encore comme passion la philatélie, et mettent en commun une impressionnante collection de timbres vendue à prix d’or à un collectionneur anglais en 1887. Lorsque Martial se marie à la très religieuse Marie Minoret la même année, cette dernière refuse qu’il fréquente son frère aux mœurs qu’elle juge légères. Ils continuent toutefois de se voir seul à seul.

3. Il était un canoteur et un voileux confirmé

Gustave Caillebotte, Partie de bateau (Canotier au chapeau haut de forme)
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Gustave Caillebotte, Partie de bateau (Canotier au chapeau haut de forme), vers 1877–1878

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Huile sur toile • 90 × 117 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris

Acquisition majeure du musée d’Orsay en 2022, Partie de bateau (1877–1878) n’est que l’une des nombreuses occurrences du monde du nautisme dans la peinture de Caillebotte. Il s’agit là d’une activité que l’artiste ne se contentait pas de pratiquer en peinture. Le peintre canote régulièrement sur l’Yerres à proximité du domaine familial (l’actuelle Maison Caillebotte) dès sa jeunesse, mais c’est surtout dans sa nouvelle propriété de Gennevilliers, au nord de Paris, qu’il développe sa passion de la voile sur la Seine. Il dessine ainsi 25 plans de bateaux qui seront construits par les ateliers Luce. En outre, il devient vice-président du Cercle de la voile de Paris en 1880.

4. Il est un virtuose de la perspective

De ses sujets urbains traités dans une forme de réalisme photographique taxé de « propret » et « bourgeois » par Émile Zola, jusqu’à ses peintures plus rurales qui empruntent à la touche « rétinienne » de Claude Monet et plus encore de Pissarro, un thème classique de la peinture est omniprésent dans l’art de Caillebotte : la perspective.

Gustave Caillebotte, Rue de Paris, temps de pluie
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Gustave Caillebotte, Rue de Paris, temps de pluie, 1877

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Huile sur toile • 212 × 276 cm • Coll. The Art Institute of Chicago

On lui reproche de la malmener par ses accentuations, à l’image des lignes de parquet des Raboteurs ou des distorsions de la profondeur des Canots, presque cubistes avant l’heure. L’artiste joue justement de la subjectivité de son regard qui distingue la peinture de la photographie, pour représenter le réel toujours sous des points de vue nouveaux, comme dans ses vues plongeantes depuis son balcon, dont Boulevard vu d’en haut (1880) est l’une des plus saisissantes.

5. Sa peinture ouvre une lecture homoérotique

L’exposition « Caillebotte. Peindre les hommes », qui s’apprête à ouvrir au musée d’Orsay le 8 octobre, revient précisément sur les nouvelles lectures et définitions du masculin qui s’attachent à la figure du peintre. La rareté de ses nus féminins au regard de l’abondance de leurs homologues masculins, la lascivité de ces derniers (perçue comme immorale du temps de l’artiste) et des indices glanés (par exemple dans Le Pont de l’Europe (1877), la femme en retrait et le regard du bourgeois pointant vers les fesses du jeune ouvrier aux joues rosies – sans parler de la queue dressée du chien comme totem phallique) ont encouragé à une lecture queer de l’œuvre de Caillebotte.

Gustave Caillebotte, Homme au bain
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Gustave Caillebotte, Homme au bain, 1884

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Huile sur toile • 144,8 × 114,3 cm • Coll. Museum of Fine Arts, Boston

Cette dernière n’est toutefois pas universellement admise dans la mesure où il s’agit d’un regard contemporain, que Caillebotte a vécu en concubinage avec Charlotte Berthier et qu’aucune source ne permet d’affirmer que derrière l’homosociabilité du peintre se cachait une homosexualité effective.

6. Comme Monet, il avait la main verte

Quiconque visite la Propriété Caillebotte – vendue par les frères en 1879 puis rachetée par la ville d’Yerres en 1973 avant de devenir un centre artistique – est frappé par la magnificence des compositions florales, dues au paysagiste Louis Benech mais qui se veulent fidèle à l’esprit du peintre et jardinier. Caillebotte partage en effet cette passion avec son ami Claude Monet.

Martial Caillebotte, Gustave Caillebotte dans la serre du Petit Gennevilliers
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Martial Caillebotte, Gustave Caillebotte dans la serre du Petit Gennevilliers, 1892

Leurs goûts cependant diffèrent, comme en témoigne le jardin d’esprit japonais de Giverny, à l’opposé des parterres géométriques dessinés au cordeau d’Yerres qui renoue avec un goût pour les jardins réguliers à la française. Cela n’empêche pas les deux amis de discuter longuement d’horticulture et de s’échanger régulièrement graines et boutures !

Retrouvez dans l’Encyclo : Impressionnisme Gustave Caillebotte

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