SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Jackson Pollock

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Dripping, action painting, all-over : autant de termes indissociables de l’expressionnisme abstrait et de son champion, Jackson Pollock. Alors que le musée Picasso ouvre une exposition dédiée à ses jeunes années, moins connues que sa production d’après-guerre, c’est l’occasion de se plonger dans le parcours du peintre pour mieux le connaître. Beaux Arts vous dévoile six de ses secrets d’artiste.

Avant de devenir cette icône de l’art moderne immortalisée par les photographies et films d’Hans Namuth, qui le mettent en scène en train de projeter des coulées de peinture synthétique sur une toile géante posée à même le sol, Jackson Pollock (1912–1956) a d’abord suivi tout un cheminement qui l’a conduit à s’intéresser de près aux avant-gardes française et mexicaine.

C’est à ce premier Pollock que le musée Picasso consacre sa nouvelle exposition, précisément parce que l’auteur de Guernica fut l’une des premières émotions de Jackson Pollock. Adoubé par la marchande Peggy Guggenheim et le critique Clement Greenberg, suivi de près par le pouvoir politique qui a voulu faire de lui un symbole de l’American way of life, le peintre a en réalité eu une vie torturée, qui en fait aujourd’hui une figure aussi adulée que controversée.

1. Il se rêvait sculpteur

Jackson Pollock, Untitled
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Jackson Pollock, Untitled, 1956

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Plâtre, sable, fil de fer • 23 × 31 × 13 cm • Coll. Dallas Museum of Art • © 2023 The Pollock-Krasner Foundation / Artists Rights Society (ARS), New York, Adagp

Jackson Pollock est l’un des piliers de la peinture moderne, pourtant son premier rêve était de devenir sculpteur : « Tailler la pierre m’intéresse profondément. […] Je préfère cela à la peinture », écrit-il à son père depuis Los Angeles durant ses études au début des années 1930. Intime du sculpteur Tony Smith (1912–1980), Pollock se fascine d’abord pour l’art en trois dimensions qu’il expérimente aussi bien dans le plâtre que dans la pierre et la cire (dont il ne nous reste qu’une douzaine de réalisations). Si Pollock s’est concentré sur la peinture à partir des années 1940, il a tout de même réalisé en 1956, l’année de sa mort, plusieurs sculptures aux volumes organiques – signe que sa première passion n’avait jamais été oubliée.

2. Son frère aîné était peintre lui aussi

Charles Pollock dans son atelier en 1940
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Charles Pollock dans son atelier en 1940

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Coll. Archives of American Art, Smithsonian Institution Washington, D.C

Parmi ses quatre grands frères, c’est de l’aîné Charles (1902–1988) qu’est le plus proche Jackson Pollock. Il faut dire que malgré les dix ans qui les séparent, Charles et Jackson partagent le même don : celui de la peinture. Si le génie de son benjamin devait le faire tomber dans l’oubli, Charles Pollock est loin d’être un artiste du dimanche ! Séduit par le muralisme mexicain contemporain, Pollock aîné importe la leçon de Diego Rivera aux États-Unis. Il a ainsi réalisé quelques-unes des plus mémorables fresques du Michigan au milieu du XXe siècle. Engagé auprès de l’administration Roosevelt pour défendre les paysans fragiles, il participe au Resettlement Administration dans les années 1930 où il initie son jeune frère qu’il emmène dans une grande traversée du pays en 1934.

3. Son art est profondément marqué par le chamanisme

Vue de l’exposition « Indian Art of the United States » au MoMA
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Vue de l’exposition « Indian Art of the United States » au MoMA, 1941

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© The Museum of Modern Art Archives, New York / Photo Eliot Elisofon

L’apparition de totems et de figures hybrides, mi-humaines, mi-animales dans sa peinture du début des années 1940 trahit la forte influence de l’art natif américain sur Pollock. Après les leçons de Pablo Picasso et des surréalistes, l’Américain est subjugué lors de la visite de l’exposition « Indian Art of the United States » au MoMA en 1941. Il assiste alors à la réalisation de tableaux de sable rituels par les Navajos. La dimension performative de ces œuvres éphémères tracées sur le sol est un élément clé pour comprendre l’origine de l’action painting. Au-delà de l’influence artistique, Pollock partage un lien intime aux cultures autochtones puisque, dès l’âge de douze ans, il avait l’occasion d’assister à des rituels chamaniques, avant même de s’intéresser à la peinture.

4. Il a mené toute sa vie un combat acharné contre l’alcool… qu’il a finalement perdu

La voiture de Jackson Pollock lors de l’accident
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La voiture de Jackson Pollock lors de l’accident, 11 août 1956

Cet engouement pour le chamanisme incite à voir l’acte pictural de Pollock comme une forme de rite de purification, de lutte contre ses démons. L’artiste boit en effet compulsivement, héritant comme ses frères de l’alcoolisme du père. Malgré des phases d’abstinence ou, à tout le moins, de tempérance encouragées par son épouse Lee Krasner (1908–1984) et des retraites loin de l’agitation urbaine, la boisson aura raison de l’artiste qui meurt dans un accident de voiture en 1956, alors qu’il conduisait dans un état de grave ébriété, emportant avec lui une amie de sa maîtresse, Ruth Kligman.

5. Il est devenu malgré lui une figure de propagande en pleine guerre froide

Hans Namuth, Jackson Pollock peignant « Painting One ». Au second plan, Lee Krasner
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Hans Namuth, Jackson Pollock peignant « Painting One ». Au second plan, Lee Krasner, 1950

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© Adagp, Paris 2020

La légende de Jackson Pollock est très largement due aux séries de photographies et de films de l’artiste au travail, dans son atelier à Springs (État de New York) en 1950 et 1951, par Hans Namuth. On y voit le peintre héroïque qui magnifie les valeurs individualistes pour exprimer des sentiments venus de son inconscient. Loin d’être anodines, ces images ont fixé la mythologie de l’artiste libre américain, qui s’oppose à l’art d’État réaliste-socialiste des pays communistes. En plein contexte de guerre froide et de procès maccarthystes, Pollock est ainsi utilisé comme arme de propagande par la CIA, ce qui a inspiré à Onofrio Catacchio la BD Pollock Confidential en 2019. L’ironie du sort est que l’artiste, nourri comme son frère au muralisme mexicain, avait une sensibilité de gauche radicale, fidèle aux idées de Marx et d’Engels mais hostile à leur dévoiement par Lénine et Staline.

6. Sa légende éclipse le rôle des femmes dans l’expressionnisme abstrait

Lee Krasner, Untitled
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Lee Krasner, Untitled, 1964

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Feutre, pastel et acrylique sur papier • 56,5 × 77,2 cm • Coll. MoMA, New York • © 2023 The Pollock-Krasner Foundation / Artists Rights Society (ARS), New York, Adagp, Paris 2024

Pollock n’est pas salué de façon unanime, en particulier pour son comportement envers les femmes. Nombre d’artistes féminines, tout aussi engagées dans une peinture gestuelle ont en effet été éclipsées, voire écrasées, par l’aura du maître, à commencer par son épouse Lee Krasner. Même le dripping ne serait pas dû à Pollock ! Dès les années 1930, l’artiste Janet Sobel (1894–1968) en a fait sa marque de fabrique pour couvrir de grandes surfaces, déjà en all-over… Des créations que Jackson Pollock a aperçues chez Peggy Guggenheim en 1944, juste avant de se mettre lui-même au dripping ! L’historienne de l’art Béatrice Joyeux-Prunel souligne cette injustice : « une juive immigrée, mère de quatre enfants, ne correspondait pas à l’image d’une révolution picturale : seul un homme pouvait incarner le mythe de l’avant-garde américaine. »

Jackson Pollock – Premières années

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Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.

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Pollock

Film de Ed Harris

2000, 123 min.

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Pollock Confidential

Par Onofrio Catacchio

Éd. du Chêne • 112 p. • 19,90 €

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