SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Sandro Botticelli

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Sa Naissance de Vénus est l’un des tableaux les plus connus et détournés de l’histoire de l’art, si bien qu’on en oublie parfois l’auteur… Protégé des Médicis, symbole de la Florence du Quattrocento, Sandro Botticelli (1445–1510) garde pourtant en lui encore bien des secrets. La preuve par six.

1. Botticelli n’est pas son vrai nom

Il s’appelait Alessandro Filipepi : Botticelli n’est qu’un surnom, qui lui est venu quand il a commencé à travailler. D’où tient-il d’ailleurs ce style si raffiné, marqué par un sens du détail et de l’ornement qui lui a valu les faveurs de Laurent de Médicis ? Avant d’apprendre la peinture chez Fra Filippo Lippi, le jeune Sandro est placé par son père artisan dans un atelier d’orfèvre. Giorgio Vasari a installé la légende selon laquelle le futur peintre aurait emprunté le nom de son maître, un certain Botticello, mais cette hypothèse est plus que discutée. En revanche, le métier d’orfèvre se dit battiloro ou battigello, soit « batteur d’or » en italien : une déformation du terme serait devenue son nom d’artiste, qui lui vient donc bien de l’orfèvrerie !

Sandro Botticelli, Autoportrait (détail de « L’Adoration des Mages »)
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Sandro Botticelli, Autoportrait (détail de « L’Adoration des Mages »), vers 1475

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Détrempe sur bois • 109 × 75 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Wikimedia Commons

2. Sa muse était un fantôme

Néo-platonicien en philosophie, Sandro est aussi platonique en amour. Il n’a pas connu la vie maritale mais lorsqu’il rencontre la jeune Simonetta Vespucci au tournant des années 1470, il tombe sous son charme. Épouse d’un cousin du navigateur Amerigo Vespucci, elle décède subitement à 23 ans et laisse toute la ville de Florence sous le choc. Ne trouvez-vous pas quelques ressemblances entre la « Belle Simonetta » et les Vénus du peintre ? C’est normal : elles partagent le même visage. Le peintre est hanté par le souvenir de la jeune femme à la chevelure ondulée d’un blond vénitien, et ne pouvait prêter à la déesse de l’amour d’autres traits que ceux de celle-ci, alors considérée comme la plus belle des Florentines. Le peintre lui reste suffisamment attaché pour obtenir d’être enterré à ses côtés dans l’église Ognissanti !

Sandro Botticelli, La Naissance de Vénus
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Sandro Botticelli, La Naissance de Vénus, 1485

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Tempera sur bois • 172,5 × 278,5 cm • Coll. galerie des Offices, Florence • © Bridgeman Images

3. Il n’a pas eu le succès qu’il espérait à Rome

Peintre de cour des Médicis, Botticelli ne veut pas se contenter de briller à Florence et, comme son grand ami Léonard de Vinci, prend la route pour élargir ses horizons. Il est appelé avec Domenico Ghirlandaio, Cosimo Rosselli et Le Pérugin par le pape Sixte IV pour orner de fresques la chapelle Sixtine. Ce n’est pas sa technique de prédilection mais Botticelli convainc le Vatican avec les trois épisodes qu’il illustre : Les Épreuves de Moïse, La Punition des rebelles et La Tentation du Christ. Il quitte pourtant Rome en 1482, riche d’une belle somme qu’il va malheureusement s’empresser de dilapider… Au XVIe siècle, les peintures titanesques de Michel-Ange pour la même Sixtine relèguent à l’arrière-plan les productions du siècle précédent, parmi lesquelles celles de Botticelli.

Sandro Botticelli, La Tentation du Christ
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Sandro Botticelli, La Tentation du Christ, 1481-1482

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Fresque • 3,45 x 5,55 m • Chapelle Sixtine, Vatican • © Wikimedia Commons

4. Il a illustré un monument de la littérature

Venu d’un milieu modeste, Sandro Botticelli n’était pas prédestiné aux études mais, au contact de Laurent de Médicis, il se passionne pour la mythologie classique et pour la Divine Comédie, composée au début du XIVe siècle par Dante Alighieri. Dès 1481, le peintre dessine les modèles des gravures de Baccio Baldini pour l’éditeur Laurentii. Au milieu des années 1480, un cousin de Laurent lui commande les enluminures pour un manuscrit du poème. L’entreprise, inachevée, l’occupe au moins une dizaine d’années. L’artiste y laisse des trésors d’invention telle une Carte de l’Enfer aux frontières de l’abstraction, laissant éclater une liberté inédite. Le manuscrit est aujourd’hui divisé, une partie des feuillets étant conservés à Berlin et l’autre au Vatican.

Sandro Botticelli, La Carte de L’Enfer
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Sandro Botticelli, La Carte de L’Enfer, entre 1480 et 1490

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Pointe d’argent, encre, coloré à la détrempe • 33 × 47,5 cm • Bibliothèque apostolique vaticane • © Wikimedia Commons

5. Par fanatisme religieux, il aurait brûlé plusieurs de ses tableaux

En 1494, les Médicis sont chassés de Florence et Sandro Botticelli se rapproche de la secte du moine Savonarole, condamnant le nu et les motifs issus de l’Antiquité païenne. Le 7 février 1497, Savonarole organise un « bûcher des vanités », lors duquel ses disciples livrent aux flammes des objets prêtant au péché : miroirs, parures et œuvres d’art. Il est rapporté que le peintre aurait sacrifié plusieurs de ses œuvres mais la véracité de ce point n’est pas établie… Quant à l’évolution de Botticelli vers un style plus austère, elle est aussi liée à un changement d’époque : dans cette atmosphère de fin-de-siècle, l’apogée de la République florentine est bel et bien passé. Misérable, il continue de peindre jusqu’à sa mort des tableaux qui méritent d’être reconsidérés.

Sandro Botticelli, Nativité mystique
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Sandro Botticelli, Nativité mystique, 1500

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Huile sur toile • 108,6 × 74,9 cm • Coll. Galerie nationale, Londres • © Wikimedia Commons

6. Son dernier Christ a livré un étrange secret

Parmi eux, Le Christ en homme de douleur peint vers 1500 saisit par son économie de moyens : une palette resserrée autour des ocres rouges, une composition avec simplement la figure christique coiffée de la couronne d’épines sur un fond noir. En janvier 2022, l’œuvre attendue pour battre tous les records d’enchères déçoit en atteignant « seulement » les 45 millions de dollars. La vente donne cependant l’occasion d’étudier le panneau en profondeur. La photographie infrarouge a ainsi révèlé sous les plis de la sainte tunique l’ébauche d’une vierge à l’enfant tournée à 90° : le peintre a donc hésité, puis retourné son panneau pour livrer une composition moins conventionnelle… Une vision crue du calvaire de Jésus dévoilant toute l’humanité de la vision du peintre arrivé à l’âge mûr.

Sandro Botticelli, « Le Christ en homme de douleur » et le tracé du dessin inférieur démontrant l’ébauche d’une vierge à l’enfant tournée à 90°
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Sandro Botticelli, « Le Christ en homme de douleur » et le tracé du dessin inférieur démontrant l’ébauche d’une vierge à l’enfant tournée à 90°, vers 1500

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Huile et détrempe sur panneau • 69 × 51,4 cm • © Wikimedia Commons © Sotheby’s

Retrouvez dans l’Encyclo : Renaissance italienne Sandro Botticelli

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