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Le monde s’interroge, alors le monde construit des musées. Et les prochains mois devraient voir l’aboutissement de plusieurs réalisations d’ampleur sur tous les continents. Plus durables, plus engagés, plus ouverts à la collectivité, ils célèbrent l’échelle humaine et sa constante capacité de réinvention des espaces et de leurs fonctions. Le coup de frein intimé par les années Covid semble peu à peu dépassé, permettant çà et là aux projets du « monde d’avant » de voir enfin le jour. Mais les nouveaux paradigmes, portés par une jeune génération d’architectes, réécrivent le lexique avec fraîcheur, attendant moins du musée d’être un temple inaccessible qu’un lieu d’expériences partagées où la connaissance s’offrira au plus grand nombre, tout en laissant à chacun une place pour sa propre introspection.
On construit donc moins haut mais plus juste, on fusionne avec le paysage, on se love dans des enveloppes telluriques souples et apaisées, on inscrit l’extérieur au cœur de l’intérieur, on ouvre les réserves des collections au regard, on préserve le patrimoine avec un sentiment d’urgence exacerbé. La forme cherche à rejoindre le fond. Car soudain, l’humanité s’est remémoré sa fragilité.
Suzhou Museum Of Contemporary Art, Suzhou, Chine
© Atchain.
Posée au bord du lac Jinji, apaisée par le rythme magnétique de ses canaux parcourus de gondoles, la cité de Suzhou a longtemps été considérée comme une échappée touristique vers un temps révolu. Celui du royaume de Wu, de la Route de la soie, des froissements d’étoffes furtifs le long des ruelles de pierre et d’un art paysager au firmament, ciselé en 50 jardins désormais inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Aussi, la conception de son futur musée d’Art contemporain, menée par le Danois Bjarke Ingels, a-t-elle naturellement tendu un miroir sensible à cet urbanisme imprégné de poésie. Au pied de la grande roue de la ville, 12 pavillons de verre et d’acier, échos aux pavillons chinois traditionnels, imbriquent leurs toits et s’ouvrent les uns aux autres, par des jeux de galeries, de portiques, de cours, de jardins, de ponts et de tunnels, invitant à des déambulations inattendues. L’extérieur et l’intérieur s’interpellent. À travers les transparences ondulées des parois, la nature dessine ses paysages, devenus partie intégrante de la muséographie.
Shenzhen natural history museum, Shenzen, Chine
© 3XN
Contre toute attente, lorsqu’une mégalopole de la tech chinoise s’interroge sur l’avenir, c’est un lieu dédié aux sciences naturelles qu’elle décide de construire. En l’espèce, à Shenzhen, le nouveau musée d’Histoire naturelle, animé par la volonté de faire découvrir la géographie et la biosphère qui l’entourent, en sus des avancées de la connaissance scientifique universelle. Mi-île mi-volcan, sa construction, baptisée « Delta », a tracé sur son toit les courbes de la rivière Pingshan qui ondule en contre-bas. Ce ruban piéton végétalisé invite les visiteurs à venir flâner et prendre de la hauteur, pour contempler la réserve naturelle du lac Yanzi et les zones humides protégées qui se développeront au fil des ans à l’horizon. Au sein du groupement créatif qui pilote ce projet (les Danois 3XN, les Canadiens B+H et les Chinois Zhubo Design), on saluera la présence de l’Atelier Brückner, constitué d’experts allemands en architecture scénique, qui a déjà orchestré les salles du musée d’Histoire naturelle d’Oslo ou la collection archéologique du musée national suisse à Zurich. C’est sous sa houlette que les visiteurs s’immergeront, dès 2026, dans l’exploration de l’univers ou la grande aventure des dinosaures.
Shenzhen Science & Technology Museum, Shenzen, Chine
Zaha Hadid Architects / Photo Virgile Simon Bertrand
La ville de Shenzhen poursuit un rêve : se doter de dix établissements culturels majeurs, dont les deux premiers, le musée d’Histoire naturelle et le musée des Sciences et de la Technologie, donnent déjà envie de feuilleter les prochains chapitres. Le domaine des sciences a été confié à l’agence Zaha Hadid Architects, qui prolonge la ligne déconstructiviste chère à sa fondatrice irako-britannique (décédée en 2016). De mouvement, il est ici question, à Shenzhen, où le musée veut célébrer la conquête spatiale chinoise, les grandes épopées de la recherche, l’euphorie de l’intelligence artificielle et les possibles infinis du futur. La construction suggère ainsi une sphère semi-ouverte et compacte dont les extrémités auraient été érodées par les vents pour se transformer en terrasses étagées. L’édifice embarque ainsi les visiteurs tel un paquebot lancé vers l’avenir, unissant intérieur et extérieur, espaces pédagogiques, laboratoires de recherche, centre d’innovation technologique, théâtre et cinéma immersif. La mise au point du musée se veut également un modèle d’architecture durable, nourrie de matériaux recyclés et de stratégies de conception passive affinées au millimètre près grâce à la création d’un double virtuel sur lequel tous les scénarios ont pu être simulés et vérifiés au fil des avancées du chantier.
DIB Bangkok, Bangkok, Thaïlande
© DIB Bangkok
C’est dans un ancien entrepôt des années 1980 que Bangkok s’apprête à fêter son premier grand musée d’art contemporain, confirmation s’il en fallait de la montée en puissance de la ville sur la scène artistique asiatique. Initié par Purat Osathanugrah conformément aux vœux de son père, l’homme d’affaires et chanteur-compositeur Petch Osathanugrah (décédé subitement en 2023), le DIB Bangkok sera constitué de la collection de ce dernier, soit plus de mille œuvres où se côtoient Pablo Picasso, Alicja Kwade, la Coréenne Lee Bul ou les artistes thaïlandais Montien Boonma et Rirkrit Tiravanija. La rénovation, menée par Kulapat Yantrasast, explore le concept bouddhiste de l’illumination, passant d’un rez-de-chaussée brut rythmé de piliers de béton nu à un second étage plus introspectif, pour terminer par l’apaisement, nimbé de lumière naturelle grâce à des ouvertures en dents de scie inspirées des toitures industrielles en shed. En surplomb d’un bassin, une tour conique, baptisée « The Chapel », déploiera des espaces d’exposition ouverts vers le ciel. L’architecte d’origine thaïlandaise, basé à Los Angeles où il a fondé l’agence WHY, a étudié au Japon, travaillé aux côtés de Tadao Andō et siège au conseil d’administration du musée Noguchi de New York. C’est sans doute de ce parcours singulier que lui vient sa propension à sculpter la lumière. On le retrouvera en 2027 au Louvre, où il redéfinira la scénographie des parcours byzantin et romain.
Naoshima New Museum of Art
© Tadao Ando / Photo GION
Il y a plus de trente ans, le milliardaire japonais Soichiro Fukutake s’engageait dans une odyssée esthétique totale, transformant une ancienne région industrielle en épitomé d’art et d’architecture. Son Benesse Art Site Naoshima rayonne désormais sur les îles de la mer intérieure de Seto, semées d’installations de Yayoi Kusama, Christian Boltanski, Hiroshi Sugimoto ou Walter De Maria. Au printemps, l’architecte Tadao Andō a signé sa dixième création sur l’archipel avec le Naoshima New Museum of Art, un navire de béton posé au sommet d’une colline. En grande partie enterré dans le sol, percé d’un puits de lumière naturelle, ce nouveau bâtiment veille à se fondre dans le paysage par une clôture de galets empilés ou par l’usage de plâtre noir, hommage aux bardages traditionnels en yakisugi (cèdre brûlé). Contrairement aux collections permanentes qui caractérisent la plupart des autres sites, ce nouvel espace s’inscrit dans une dynamique de renouvellement, marquée par un premier accrochage dédié au continent asiatique, avec des artistes venus de Corée, d’Indonésie ou des Philippines.
Asaan Misk Heritage Museum, Diriyah, Arabie saoudite
© Zaha Hadid Architects / Specto-Digital
L’ère des dogmes architecturaux tend aussi à s’essouffler (un peu) du côté du Moyen-Orient, où le paysage urbain a longtemps glorifié le verre, le béton et l’acier sous le crayon de leurs prédicateurs internationaux. Pour preuve, ce premier pas symbolique franchi par Zaha Hadid Architects lors de l’élaboration du musée Asaan Misk de Diriyah. Déterminée à inscrire la durabilité au cœur de ses réalisations, l’agence a choisi d’écouter le souffle du désert et de revenir littéralement à la terre en construisant le musée en adobe – un matériau jusqu’alors absent de son vocabulaire – dont les briques seront produites par des artisans locaux. Le recours à cette technique vernaculaire permet de maintenir naturellement des températures douces à l’intérieur des murs, et la présence de cours ombragées dans l’enceinte soutient cette recherche de frugalité énergétique. L’exploration des savoir-faire de la région résonne profondément avec le propos du musée, dont la raison d’être repose sur la préservation de son héritage culturel, à travers la découverte d’une riche collection d’objets d’art et d’artéfacts d’Arabie saoudite.
Zayed National Museum, île de Saadiyat, Abu Dhabi
© Foster+Partners
Une folie architecturale déploie ses ailes de faucon dans le Cultural District de l’île de Saadiyat, non loin du Louvre Abu Dhabi. Voilà le musée qui recueillera le récit national, construit autour de la figure totémique de Sheikh Zayed ben Sultan al-Nahyan. Pour cet écrin, rien n’est trop beau. Aux commandes, un lauréat du prix Pritzker en la personne de Norman Foster ; à la technique, des prouesses de recherches pour ces tours aériennes en acier qui servent en réalité de cheminées thermiques ; à l’image, une myriade de détails, de la couleur blanche du bâtiment calquée sur celle du sable à la plantation de jardins inspirés de la vie du souverain unificateur. Le Zayed National Museum ouvrira en décembre. Il y a fort à parier que les festivités auront lieu le 2, jour de la naissance des Émirats arabes unis.
Guggenheim d’Abu Dhabi, île de Saadiyat, Abu Dhabi
© Frank Gehry
Aucune information ne filtre sur l’ouverture tant attendue du Guggenheim d’Abu Dhabi. Dessiné par Frank Gehry, dévoilé en 2006 avec une ouverture prévue en 2012 (finalement promise pour 2017 puis 2022), le projet n’a cessé de reporter son rendez-vous avec le public. Ces délais n’ont pourtant pas freiné la construction de la collection, l’équipe du futur Guggenheim menant une politique d’acquisition particulièrement soutenue lors des éditions d’Abu Dhabi Art Fair, et ce depuis la création de la foire, en 2009.
Guggenheim - Abu Dhabi
Ouverture date indéterminée
Jacques Chirac Street • Abu Dhabi
www.guggenheim.org
Powerhouse Parramatta, Sydney, Australie
© Ben Guthrie, The Guthrie Project
Curieux de tout, des arts appliqués aux sciences, de la machine à vapeur au spectacle vivant, le groupement des musées Powerhouse de Sydney est un acteur culturel inclassable dont le quatrième site, implanté dans le quartier de Parramatta, est en train de voir le jour sous la houlette du studio parisien Moreau Kusunoki. Ces croisements d’univers, ces jonctions inattendues, le tandem franco-japonais les a traduits dans un volume-plateforme dont le cœur se veut sans cesse malléable et mouvant, rythmé d’espaces interstitiels « entre-deux » dont les fonctionnalités seront tout aussi flexibles. Les multiples possibilités du lieu semblent d’ailleurs signalées par la répétition en zigzag de modules identiques sur la façade, rappelant à la fois l’imaginaire infini des jeux Meccano, l’architecture industrielle et la sensibilité d’une maille en construction. Il faut dire que Nicolas Moreau et Hiroko Kusunoki ont été à bonne école. Pour avoir officié au Japon chez Shigeru Ban, Sanaa et Kengo Kuma, ils ont emporté dans leurs bagages des références et des savoir-faire indiscutables en termes d’ingénierie structurelle, de matériaux et de réflexions spatiales et programmatiques. Compétences que l’on retrouvera en 2030 dans leur travail sur le réaménagement du Centre Pompidou. Pour l’heure, le Powerhouse Parramatta est considéré comme l’un des projets architecturaux les plus ambitieux de Sydney depuis la construction de son Opéra.
Cité internationale d’Aubusson, Aubusson, France
© Frenak Jullien
Dans le jardin de la Cité internationale d’Aubusson, un monolithe de pierre à peine percé d’ouvertures est sorti de terre. C’est la très cérébrale agence Projectiles qui en a défini les contours et les motifs, gravés en façade tels des fragments de tapisseries fossilisés dans la roche. Ce cube mystérieux, relié à la grande nef de la Cité par une galerie souterraine, abrite une extension de 1 600 m2 devenue indispensable à la dynamique muséale. Au-delà des nouveaux espaces de réserves qu’il prodigue, le bâtiment déploie quatre nouvelles salles d’exposition entièrement pensées pour leur sujet : des volumes généreux capables d’accueillir des surfaces de tapisseries imposantes et des entrées de lumière minimales pour en préserver les couleurs. C’est ici que se tiendront les accrochages temporaires, inaugurés dès la fin du mois de novembre avec l’exposition « Aubusson 2025 – Tissages du premier quart de siècle ».
Cité internationale de la tapisserie
À Aubusson, à 85 kilomètres de Limoges et 85 kilomètres de Clermont-Ferrand.
Rue des Arts • 23200 Aubusson
www.cite-tapisserie.fr
Musée Bonnat-Helleu, Bayonne, France
© Brochet-Lajus-Pueyo
Le musée Bonnat-Helleu, inauguré en 1902, a fermé ses portes en 2011 pour se lancer dans une aventure vertigineuse. Outre la réhabilitation de son bâtiment historique, l’institution s’est dotée d’une extension et d’un système de régulation de température par géothermie, tout en procédant, pendant cette fermeture, à un travail de fond sur ses collections, du récolement à la mise en place d’importantes campagnes de restauration. Préférant l’évolution subtile à la table rase, les Bordelais de BLP ont soigné leur propos architectural, dévoilant ici des verrières oubliées, traçant là un passage couvert pour unir la rue et l’institution, unifiant les matières et les teintes, redécouvrant une mosaïque… Leur maxime ? « Il faut que tout change pour que rien ne change. »
Centre Pompidou Massy, Massy, France
© PCA-Stream
Paris s’endort, Massy s’éveille. Le Centre Pompidou, qui ferme ses portes ce 22 septembre pour cinq années de travaux, inaugurera fin 2026 son satellite du Grand Paris. Pôle culturel pluridisciplinaire, la structure de 30 000 m2 est un écho architectural à la création originelle de Renzo Piano, faisant malicieusement courir sa « chenille » le long de la façade, mais en version escalier de bois. Espace de réserves et de restauration des œuvres côté pile, espace ouvert au public côté face, ce « Centre Pompidou francilien – Fabrique de l’art » incarne l’avenir des musées : des lieux de connaissance hybrides, innovants, inclusifs, ancrés dans leur communauté et leur territoire, mais aussi dans la réalité de leur mission de conservation.
Musée des Augustins, Toulouse, France
© Agence Aires Mateus
Lorsqu’en 2019 le musée des Augustins ferme ses portes, personne n’imagine la longue mue qui l’attend. Il est alors simplement question d’en améliorer l’accessibilité, de le mettre aux normes de sécurité et de moderniser le récit muséographique. Mais, au fil des chantiers, l’ancien couvent du XIVe siècle, entièrement classé au titre des monuments historiques, entraîne les équipes dans une épreuve de fond. Outre la découverte de vestiges d’une chapelle Renaissance, son corollaire de fouilles archéologiques ainsi que la demande de la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) de finalement restaurer le grand cloître, la municipalité a décidé de repenser le hall d’accueil, qui est devenu un geste architectural aux lignes tendues, conçu en pierre blanche de Dordogne par le Portugais Francisco Aires Mateus. Impatient de retrouver son public, le musée des beaux-arts cher aux Toulousains rouvrira le 17 décembre, tout en poursuivant ses travaux dans le cloître jusqu’en novembre 2026.
Musée Renault, Flins, France
© Jacob Celnikier CGA et kaupunki
L’été dernier, Renault créait la surprise en annonçant l’implantation d’un musée sur son célèbre site industriel de Flins, à 40 kilomètres de Paris. De musée, il n’avait pourtant pas du tout été question lorsque le constructeur avait approché le Français Jacob Celnikier pour bâtir un espace événementiel sur un parking de l’usine. Il s’agissait alors d’inventer une transition, une façon de glisser en douceur du bâtiment industriel de 1952 (imaginé par Bernard Zehrfuss) aux tissus pavillonnaires voisins, autrefois destinés aux employés de l’entreprise, comme la petite cité-jardin d’Elisabethville. Mais l’architecte s’est émerveillé devant le patrimoine insoupçonné de la marque, ses « étagères » d’automobiles, ses morceaux d’histoire de France (dont les taxis de la Marne !). Celnikier propose alors d’emboîter de grandes halles de hauteur croissante, telles des poupées russes, et de mettre derrière une vitrine les réserves et leur spectaculaire stockage sur palettier. Ce catalogue visuel s’ouvre ainsi au visiteur, soudain libre de dérouler son propre film. Et puis, de fil en aiguille, la mise en scène du centre d’accueil événementiel s’est muée en une idée de musée. On y trouvera donc des véhicules historiques, les archives d’ingénierie du design, des œuvres d’art de la collection Renault et l’atelier de restauration dédié aux véhicules anciens. D’ici là, l’entreprise travaille à la rationalisation de son patrimoine. Début décembre, une vente aux enchères organisée par Artcurial permettra au constructeur de se séparer des « doublons » de sa collection automobile afin d’acquérir de nouvelles pièces.
Musée Renault
Ouverture en 2027.
Boulevard Pierre Lefaucheux • 78410 Aubergenville
V&A East Storehouse, Londres, Royaume-Uni
© Hufton + Crow
L’installation d’une partie des réserves du Victoria and Albert Museum dans le parc Queen Elizabeth pourrait résumer la notion d’héritage chère au Comité international olympique. C’est dans le bâtiment qui accueillait les médias durant les Jeux de Londres 2012 que l’agence Diller Scofidio + Renfro (déjà remarquée pour sa réhabilitation de la High Line à New York) s’est amusée à scénariser les coulisses de l’institution de South Kensington, partant d’un atrium central ouvert au public, suivi d’une partie semi-privée et d’une troisième réservée à la conservation et à la recherche. Pas de cartel, pas d’interprétation, pas de curation : entre les échelles, les chariots élévateurs, les boîtes d’archivage et les palettes de bois, les visiteurs déambulent dans un joyeux bric-à-brac de 250 000 objets et 350 000 livres en quête de leur propre musée imaginaire. Le V&A pousse même le curseur plus loin avec « Order an Object », un service gratuit permettant de choisir cinq objets que l’on aimerait découvrir de plus près en prenant rendez-vous en amont.
Museum of brutalist architecture (ceiling), Londres, Royaume-Uni
© Reed Watts
Déjà détentrice de quelques-unes des plus magistrales expressions brutalistes du globe (dont l’immense plateforme rétrofuturiste du Barbican Centre), la ville de Londres devrait inaugurer courant 2028 un petit musée consacré à cette esthétique, principalement financé par le National Lottery Heritage Fund (fonds patrimoine de la loterie nationale). Ce Museum of Brutalist Architecture (MoBA), porté par l’association pédagogique Urban Learners, s’installera dans le pavillon hexagonal d’une école de Camden qui servait autrefois de salle polyvalente. Bâtie en 1968 par les architectes Howell, Killick, Partridge & Amis (HKPA), cette école est l’une des rares du mouvement brutaliste encore sur pied en Angleterre. Son pavillon, une fois restauré, deviendra le « Hall for All » : un espace ouvert où les accrochages du MoBA côtoieront la vie de la collectivité, du théâtre aux concerts en passant par la danse.
Muzej Lah, Bled, Slovénie
© David Chipperfield Architects
Pour accueillir l’imposante collection d’art d’après guerre et d’art contemporain qu’ils ont réunie durant trois décennies, Igor et Mojca Lah ont demandé à David Chipperfield d’imaginer un musée qui s’intégrerait parfaitement aux paysages des Alpes juliennes embrassant la ville de Bled, en Slovénie. Pour cela, le lauréat du prix Pritzker 2023 a conçu une articulation de bâtisses en dents de scie qui permet de multiplier les entrées de lumière, alors qu’une partie de la structure se trouve enterrée dans la pente du site. Autre contrainte : le gigantisme de certaines œuvres, notamment celles d’Anselm Kiefer, qui a parfois conduit l’architecte britannique à tracer le contenant autour du contenu. Le couple de collectionneurs a également veillé à ce que le projet mobilise autant que possible les artisans et matériaux de la région, afin de s’ancrer au plus près de son environnement.
Musée d’Art ARoS, Danemark, Suède
© Schmidt Hammer Lassen Architects
En 2017, le monde découvrait Aarhus, cité portuaire du Danemark alors élue capitale européenne de la culture. Les festivités sont passées, mais pas le dynamisme de cette ville tranquille où le moindre projet se veut une promesse esthétique. Ainsi de l’extension du musée d’art ARoS, déjà connu pour sa coursive arc-en-ciel suspendue dans les airs par Ólafur Elíasson. Pensée comme un projet global, elle se compose d’un nouvel espace d’exposition en sous-sol, d’une place de vie à vocation culturelle à la surface et de The Dome, a Skyspace, une installation monumentale de James Turrell faisant le lien entre les deux. Le visiteur pourra y accéder depuis le musée afin de plonger dans les métamorphoses du ciel scandinave. La construction du dôme a été pilotée par la municipalité, mais l’œuvre intégrera les collections permanentes d’ARoS dès qu’elle sera parachevée.
Bilbao Fine Arts Museum, Bilbao, Espagne
© Foster + Partners
Depuis sa fondation en 1914, le musée des Beaux-Arts de Bilbao se construit par strates, dont la plus emblématique est celle de 1945, avec son style néoclassique un brin théâtral. Pour son agrandissement, le musée a confié à Norman Foster le soin d’étendre ses espaces vers le ciel, avec la création d’un pavillon semblant en lévitation. La nouvelle structure, dénommée « Agravitas », fait mine de reposer sur le toit des bâtiments construits en 1945 et 1970. L’entreprise est audacieuse, qui plus est animée d’engagements environnementaux ambitieux, mais elle semble jouer de malchance. Après la hausse exponentielle des budgets post-Covid et des normes incendie alourdies, la faillite de l’entreprise chargée de la structure métallique de la nouvelle toiture a gravement pénalisé l’aboutissement du projet, initialement annoncé pour 2022. Bilbao espère de nouveau célébrer son musée en juin 2026.
Musée international du Vodun, Porto-Novo, Bénin
© Koffi & Diabate Architectes
Dans le sillage des nouvelles dynamiques muséales qui essaiment sur tout le continent africain, Porto-Novo, la capitale du Bénin, veut mettre ses racines en lumière et consacrera son prochain bâtiment culturel aux expressions trop méconnues du vaudou (ou vodun). Dessiné par les Ivoiriens Koffi & Diabaté et inspiré des forteresses « tata somba » en terre crue, ce musée international du Vodun (MIV) veillera à déconstruire les stéréotypes négatifs qui hantent cette tradition pour en donner une vision globale, voyageant de part et d’autre de l’Atlantique, du Brésil au Bénin en passant par Haïti.
Mowaa, Bénin City, Nigéria
© David Adjaye
C’est un archipel culturel qui éclot peu à peu à Bénin City, au Nigeria, où le campus du Museum of West African Art (Mowaa) commencera à impulser son énergie dès le mois de novembre. L’inauguration de son premier bâtiment, l’Institut Mowaa, sera accompagnée d’un accrochage consacré aux œuvres du pavillon nigérian de la 60e biennale de Venise, enrichi de nouvelles propositions artistiques. Si l’Institut se veut avant tout un espace de conservation et de recherches archéologiques consacré au patrimoine et aux artéfacts africains, d’autres édifices viendront offrir une expérience plus globale au visiteur d’ici 2028, avec un lieu d’exposition dédié aux pratiques contemporaines, un hôtel, une salle de spectacle ou des ateliers d’artistes. Il faudra toutefois faire appel à sa mémoire ou à sa perspicacité pour identifier l’architecte ayant signé cet édifice central. Il s’agit du célèbre David Adjaye, encore au firmament à l’époque de sa conception en 2020, mais dont tous les grands projets publics murmurent désormais le nom, après qu’une enquête du Financial Times l’a accusé d’agressions sexuelles sur des employées. Plusieurs institutions d’envergure avaient alors stoppé net leur collaboration avec l’architecte. Le Mowaa a maintenu sa commande. Il n’en reste pas moins très discret sur l’auteur des plans de ce nouveau musée.
Bët-bi Museum, région de Kaolack, Sénégal
© Mariam Issoufo Architects
C’est un projet culturel majeur que le Sénégal tarde à voir naître dans la région de Kaolack : celui du Bët-bi, voulu par la fondation Josef & Anni Albers et l’association sénégalo-américaine Le Korsa, dont les murs devraient accueillir de l’art traditionnel et contemporain africain, mais aussi servir de sanctuaire temporaire aux objets restitués. Mariam Issoufou, l’architecte d’origine nigérienne en charge de ce nouveau musée, a soigneusement étudié la cosmogonie du site, traversé de plusieurs peuples dont les Mandingues, grands bâtisseurs, et les Sérères, connus pour leur spiritualité construite autour du soleil, du vent, de l’eau et des ancêtres, intermédiaires avec le divin. Mariam Issoufou s’est appuyée sur les méthodes de construction traditionnelle des premiers et sur la structure sacrée des seconds pour tracer ses plans. Des formes triangulaires rappellent leur vision en trois mondes, alors que les galeries, creusées dans le sol, déposent symboliquement l’art et la création dans la terre, écho aux cercles mégalithiques et aux rites funéraires de Sénégambie. Prévu pour 2025, le projet a repoussé son inauguration à une date indéterminée. D’ici là, les levées de fonds se poursuivent.
Nuevo Museo, Santiago du Chili, Chili
. © Valentina Miranda V-Mrender
La collection Engel, l’une des plus importantes d’Amérique latine, disposera d’ici à 2027 de son propre musée, dressé à Vitacura, dans le parc du Bicentenaire de Santiago du Chili. L’écrin fluide, dessiné par Cristián Fernández, se répartira sur 7 500 m2 et trois étages pour accueillir près de 1 000 œuvres glanées par Claudio Engel. L’entrepreneur, soucieux de préserver la mémoire de son pays, a axé sa collection sur l’art chilien d’après 1970 et envisage son Nuevo Museo comme le creuset des dialogues, avec les artistes mais aussi la population. La suspension du bâti sur pilotis rappelle d’ailleurs les préceptes de l’architecture moderne, prompte à dégager le sol pour permettre des circulations ombragées et l’invention de nouvelles agoras. Il s’agit également d’une solution structurelle particulièrement adaptée à la réalité sismique du pays.
Lacma, Los Angeles, États-Unis
© Iwan Baan
Il fallait une intervention divine pour consoler les Angelenos de la disparition d’une partie du Los Angeles County Museum of Art (LACMA) dessinée par William Pereira dans les années 1960. Toute la ville adorait détester ces bâtiments austères, mais la simple idée que le musée fasse table rase pour tout recommencer a eu l’effet d’un séisme. En voyant le nouvel édifice du Suisse Peter Zumthor prendre forme, les habitants ont toutefois compris qu’il y avait beaucoup à apprendre de cet architecte rare, capable d’ériger des temples d’une simplicité bouleversante et de s’effacer aussitôt pour retourner travailler dans son studio d’Haldenstein. Zumthor a cette fois encore opté pour la réserve des formes et des matériaux. Il hisse la nouvelle aile en étage et la pose pour cela sur sept pavillons. À l’intérieur, le béton tend un paysage monochrome qui contraste avec le bouillonnement de la ville. Pour finir de convaincre ses fidèles, le musée a ouvert ses portes et ses murs encore nus avant son inauguration, donnant tout son sens au projet, car l’architecture elle-même est œuvre d’art.
Studio Museum Harlem, New York, États-Unis
© Dror Baldinger FAIA
L’annonce de la date de réouverture du Studio Museum de Harlem, prévue le 16 novembre, fait frémir New York de joie. Après sept années d’attente, un nouveau bâtiment se dresse désormais au 144 West 125th Street, dessiné par un David Adjaye encore en pleine gloire. Le bâtiment de sept étages impose sa stature tout en paraissant découper des fenêtres et des portes dans le ciel grâce à une façade de béton préfabriqué jouant de cadres autour de ses ouvertures en verre. Citant tout à la fois l’héritage des brownstone houses, avec leurs fameuses volées d’escalier, l’énergie de la rue et l’architecture des églises de quartier, l’institution s’envisage comme un phare culturel pour Harlem. Elle s’appuiera pour ce faire sur l’accrochage désormais permanent de sa collection, riche de 800 artistes (dont un fonds exceptionnel de photographies de James Van Der Zee), ou sur la poursuite active de son programme de résidences artistiques. Cette réouverture célébrera Tom Lloyd, artiste noir militant dont les recherches électroniques avaient inauguré la toute première exposition du musée, en 1968.
New Museum, New York, États-Unis
© Dean Kaufman 2007 All Rights Reserved
Comment faire cohabiter deux des plus grandes agences d’architecture au monde sans qu’aucune ne perde son identité ? À Manhattan, le New Museum of Contemporary Art explore la question avec l’agilité d’un funambule. En 2007, les fondateurs de Sanaa – Kazuyo Sejima et Ryūe Nishizawa – avaient défrayé la chronique en logeant les volumes du musée dans un espace étroit, grâce à un astucieux empilement de cubes légèrement désaxé. L’édifice devenait paysage, inscrivant sa verticalité déstructurée dans le tissu urbain. Lorsque l’institution acquiert l’immeuble voisin, elle décide de confier au bureau néerlandais OMA le soin d’y nicher son extension. Imaginée par Rem Koolhaas et Shohei Shigematsu, une météorite de verre semble avoir atterri contre le flanc du musée principal. Taillée de diagonales, percée d’ouvertures en triangle, cette pierre anguleuse et futuriste enfermera une librairie, un restaurant et New Inc, l’incubateur culturel cher au New Museum. La petite place où se joignent les deux bâtiments deviendra un espace d’expression, avec la présence de Venus Victoria, une sculpture commandée à l’artiste britannique Sarah Lucas, ode à la présence des femmes dans l’espace public, qui s’annonce exubérante et joyeusement irrévérencieuse.
Lucas Museum of Narrative Art, Los Angeles, États-Unis
Courtesy of the Lucas Museum of Narrative Art
C’est un monde dans le monde qui est en train de surgir d’un ancien parking à Los Angeles. Celui des rêves de George Lucas, dont on méconnaissait jusque-là l’immense collection personnelle. Tout commence dans les années 1960 à l’université, lorsque le futur père de la Guerre des étoiles découvre que les planches originales de bande dessinée sont des œuvres abordables. Il achète au gré des trouvailles : le premier dessin de Flash Gordon, les Peanuts avec notes manuscrites de Charles M. Schulz, les débuts d’Iron Man ou de Black Panther… Le succès aidant, ses acquisitions se sont étoffées. George Lucas est ainsi, avec Steven Spielberg, l’un des plus grands collectionneurs de Norman Rockwell et se passionne aussi pour Maxfield Parrish. Fasciné par la façon dont les hommes traversent la vie grâce aux histoires dont ils se bercent, il a donc réuni, aux côtés de ses objets et archives de tournage, des tableaux de Frida Kahlo ou Auguste Renoir, des dessins de Robert Crumb ou des photographies de Dorothea Lange. « Et soudain je me suis demandé : qu’est-ce que je vais faire de tout ça ? », a-t-il avoué cet été, lors du Comic-Con de San Diego. En 2026, les histoires en images de George Lucas rejoindront l’écrin qu’il leur a façonné : un vaisseau dessiné par l’agence MAD et cerné d’un jardin fantastique. Mellody Hobson, l’épouse du cinéaste, y versera également sa collection, axée sur l’art contemporain africain-américain. Guillermo Del Toro, qui siège au conseil d’administration du musée, ne cache pas que sa propre collection d’objets de pop culture pourrait elle aussi monter à bord de cette nouvelle nef.
Lucas Museum of Narrative Art
États-Unis
700 Exposition Park Drive • 90037 Los Angeles
lucasmuseum.org
The Obama Presidential Center, Chicago, États-Unis
© The Obama Foundation
Voilà près de dix ans que Chicago attend cette déclaration d’amour que lui a adressée le couple Obama en décidant d’y construire son monumental Presidential Center. Confié aux architectes new-yorkais Tod Williams et Billie Tsien, ce centre à vocation culturelle et civique se projette en agora humaniste, campus modèle où l’on pourra librement déambuler, d’une bibliothèque à un musée, d’un terrain de basket à des auditoriums ou à un jardin potager. Depuis le début des travaux en 2021, ce projet est régulièrement aux prises avec cette époque qu’il aimerait porter vers plus d’optimisme. Outre les classiques dépassements budgétaires grevant les aménagements d’envergure, le Presidential Center a rencontré des résistances de la part de son voisinage et fait face à des actes de racisme. Ces déconvenues ont généré des retards mais n’ont pas entamé la foi des commanditaires en leur mission, qu’ils espèrent voir accomplie au printemps 2026.
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