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Frank Stella, infatigable prodige de l’abstraction américaine, est mort

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Frank Stella devant l’une de ses œuvres au musée d’art de Wolfsburg
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Frank Stella devant l’une de ses œuvres au musée d’art de Wolfsburg, 2012

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© dpa picture alliance archive / Alamy / Hemis / Matthias Leitzke

Il était l’une des grandes forces vives de l’abstraction américaine. Samedi 4 mai, à l’aube de ses 88 ans, le peintre Frank Stella (1936–2024) est décédé d’un lymphome à son domicile de Manhattan (New York). Précurseur du minimalisme, figure de l’op art et insatiable inventeur de nouvelles formes, l’artiste n’avait cessé d’expérimenter pour renouveler l’abstraction.

Né en 1936 dans le Massachusetts de parents italiens, Frank Stella étudie l’art à la Phillips Academy d’Andover (Massachusetts), puis l’histoire à l’Université de Princeton. D’abord influencé par l’expressionnisme abstrait de Jackson Pollock et de Franz Kline, il finit par le rejeter totalement en 1950, année de son installation à New York où il se lie d’amitié avec Jasper Johns et Robert Rauschenberg.

Frank Stella, Sans titre
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Frank Stella, Sans titre, 1974

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Acrylique sur toile • 175,3 × 175,3 cm • Coll. particulière • © Christie’s Images / Bridgeman Images / © Adagp, Paris 2024

« Ce que vous voyez est ce que vous voyez. »

Frank Stella en 1961

Stella réussit alors l’exploit d’être considéré comme un grand nom de la scène new-yorkaise avant même son 25e anniversaire ! L’artiste se fait d’abord connaître avec ses « peintures noires », des tableaux sobres scandés de rayures noires formant d’impeccables angles droits et zigzags, appliquées avec une brosse de peintre en bâtiment et séparées par de fins traits blancs créés par la toile laissée à nu. Puis le peintre reprend et développe le concept (inventé en 1922 par l’artiste hongrois Laszlo Peri) des shaped canvas : des toiles aux formes originales, dont les contours géométriques coïncident avec ceux des formes peintes, faites de contrastes nets de couleurs vives.

La quête d’une tridimensionnalité

Frank Stella à la Galerie Terminus de Munich
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Frank Stella à la Galerie Terminus de Munich, 2004

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© Stephan Rumpf / SZ Photo / Bridgeman Images

Ses œuvres sont de pures explorations formelles où ne se cache aucun message. « Ce que vous voyez est ce que vous voyez », déclare sobrement l’artiste en 1961. Stella se met également à travailler sur des supports en aluminium découpé qui continuent de brouiller les frontières entre peinture, sculpture et décor. Ces « peintures-objets » influenceront beaucoup la naissance du minimalisme dans les années 1960. Un mouvement dont plusieurs figures clés, tels Carl Andre et Donald Judd, compteront parmi ses amis.

Dans les années 1970–1980, Stella troque le minimalisme contre son contraire : le maximalisme ! Ces nouvelles peintures, toujours abstraites, poussent plus loin sa quête de tridimensionnalité : à partir de 1975, il crée des tableaux en relief d’une complexité à la fois cubiste et baroque, dans lesquels s’entrelacent de nombreuses formes découpées et serpentines aux couleurs pop. Ces dernières, faites de divers matériaux peints et collés sur la toile, dont du bois, de la fibre de verre et du métal, semblent s’échapper sous nos yeux du support, comme si elles venaient de passer de la 2D à la 3D. Son art va ensuite évoluer vers de véritables sculptures, totalement libérées de toute surface plane, et souvent monumentales.

Une première rétrospective au MoMA à seulement 34 ans

Influencé par le cubisme de Pablo Picasso, l’orphisme des Delaunay, le suprématisme de Kasimir Malevitch et la sobriété géométrique de l’École du Bauhaus, Stella a dépassé cet héritage pour créer un langage inédit qui a repoussé les limites de l’art abstrait, et a su évoluer avec son temps. Dans les années 1990, cet infatigable innovateur devenait l’un des premiers artistes à s’aider d’ordinateurs pour agencer ses formes et ses couleurs. En 2022, il faisait parler de lui pour avoir vendu, sous forme de NFT, des « sculptures virtuelles » imprimables en 3D !

Frank Stella, Hagamatana II
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Frank Stella, Hagamatana II, 1967

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Oeuvre installée au Centre culturel de Belém, Musée Berardo, Lisbonne • © Ludovic Maisant / hémis / © Adagp, Paris 2024

Très tôt dans sa carrière, l’artiste s’est fait une place dans les plus grands musées du monde. Deux rétrospectives de son œuvre ont été organisées de son vivant au Museum of Modern Art (MoMA) de New York, la première en 1970 (alors qu’il n’était âgé que de 34 ans, un record !), la seconde en 1987. Pour lui rendre hommage, la galerie Ceysson & Bénétière présentera en juillet prochain, au domaine de Panéry, dans le Gard (Occitanie), une exposition rassemblant ses dernières œuvres.

Retrouvez dans l’Encyclo : Minimalisme

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