Marcel Duchamp, Fontaine (urinoir), 1917-1964
Céramique • 36 x 48 x 61 cm • Coll. The Israel Museum, Jérusalem • © Bridgeman images / © Adagp, Paris 2018
Joan Miró ? Marcel Duchamp ? David Hockney ? Daniel Buren ? Yoko Ono ? Il est souvent complexe de savoir précisément lequel relève de quoi. Art moderne et art contemporain semblent très souvent se confondre. Difficile – parfois même pour un expert – de s’y retrouver !
Ces deux expressions recouvrent pourtant des réalités artistiques bien distinctes, ancrées dans des contextes historiques et culturels différents. Pour comprendre cette distinction, c’est d’abord une affaire d’époque… Tout autant qu’une question de vision du monde.
L’art moderne naît à la fin du XIXe siècle et s’étend globalement jusqu’aux années 1960. C’est une révolution visuelle et conceptuelle qui met à mal les règles classiques héritées de la Renaissance. Ce que veulent les artistes modernes, c’est rompre totalement avec la reproduction fidèle du réel, privilégiant la subjectivité et l’abstraction.
Claude Monet, La Gare Saint-Lazare, 1877
Huile sur toile • 75 × 105 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris
Cette période artistique s’inscrit dans un monde en pleine métamorphose avec la révolution industrielle, marqué par l’invention et l’essor de la photographique, mais également par des bouleversements sociaux qui questionnent la place de l’humain et la perception du réel.
Les premiers à ouvrir la voie de l’art moderne sont les artistes de l’impressionnisme, du surréalisme, du cubisme, du fauvisme ou de l’expressionnisme. Chacun dans son genre va chercher à réinventer la forme, la couleur, les perspectives, etc., pour porter un message, une émotion. On souhaite alors éveiller une perception subjective.
C’est après la Seconde Guerre mondiale, ayant brisé la foi dans un idéal du progrès, que se dessinent les principes de l’art contemporain. L’essor d’une économie globale et d’une société de consommation dans les années 1960–1970 accélère ce basculement vers un art décomplexé et parfois radical. Dans l’art contemporain, la forme peut disparaître, tout comme la représentation ou même la signification immédiate.
Joseph Kosuth, One and Three Chairs, 1965
Chaise pliante en bois, photographie montée d’une chaise et agrandissement photographique monté de la définition du dictionnaire de « chaise » • chaise 82 × 37,8 × 53 cm, photo 91,5 × 61,1 cm, panneau 61 × 76,2 cm • Coll. MoMA, New York • © Adagp, Paris 2025
On englobe sous cette expression toute une palette de styles, du pop art au street art, en passant par le land art, l’art numérique… Ce qui est important dans l’art contemporain, c’est davantage de questionner le spectateur sur la place de l’art dans la société. L’artiste américain Joseph Kosuth, chef de file de l’art conceptuel, résume à merveille cette posture : « L’art contemporain n’est pas ce que vous voyez, mais ce que vous pensez à propos de ce que vous voyez. »
Une œuvre comme la banane scotchée de Maurizio Cattelan, Comedian (2019), laquelle a tant défrayé la chronique ces dernières années, est le fruit de cette idée radicale où l’œuvre existe par le concept et le discours qui l’accompagne.
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