Baron François Gérard, Charles Maurice de Talleyrand Périgord, prince de Bénévent, 1808
huile sur toile • 213 × 147 cm • Coll. & © The Metropolitan Museum, New York
À l’état civil, Eugène est le fils de Charles-François Delacroix, député montagnard sous la Révolution puis préfet sous Napoléon Ier. De quoi fréquenter les hautes sphères du pouvoir : parmi les proches de la famille, on compte Talleyrand, ministre des Relations extérieures durant le Directoire, le Consulat et l’Empire. L’homme d’État pourrait d’ailleurs être plus pour le peintre romantique. En effet, Charles-François souffrait d’une tumeur testiculaire au moment de la conception de son fils, rendant plus qu’improbable sa paternité. Une légende aujourd’hui discutée…
Que serait la peinture française sans Delacroix ? Une question qui n’est pas sans fondement… Dans l’enfance d’Eugène, le « vieil organiste de la cathédrale de Bordeaux » qui donne des leçons à sa sœur Henriette remarque les aptitudes du garçon et insiste auprès de sa famille pour qu’on le destine à une carrière musicale. Se réclamant ami de Mozart, le maître pourrait être Jean-Baptiste Feyzeau. Après la mort du père de Delacroix en 1805, cet interlude se clôt et les marges abondamment décorées de ses cahiers d’école laissaient percevoir la future carrière artistique d’Eugène, même si la musique reste pour lui une passion.
Eugène Delacroix, Musiciens juifs de Mogador, 1847
huile sur toile • 46 × 55,5 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • 1 • © Bridgeman Images
Eugène, Troupes Anglaises-Le Bagage de campagne, 1815
eau-forte pure, épreuve coloriée, aquarellée • 23,4 × 16,3 cm • Coll. & © BnF, Paris
En 1815, Delacroix perd sa mère et doit d’abord trouver les moyens de subsister. La presse illustrée est alors en pleine expansion. Dès l’âge de 17 ans, il livre une première caricature à l’eau-forte aquarellée : Troupes anglaises, le bagage de campagne. Par la suite il s’essaie au nouveau médium de la lithographie et sept années durant, Delacroix nourrit les pages du Miroir et d’autres titres libéraux pour moquer les ultras (partisans d’un retour strict à la monarchie absolue sous la Restauration), l’académisme mais aussi défendre les valeurs modernes de la musique, Rossini en particulier. C’est un fait méconnu et étonnant au regard de la frilosité du peintre à s’engager dans les combats politiques. Précédent Claude Monet, Marcel Duchamp et Anna-Eva Bergman, Delacroix fait partie de ces grands peintres ayant d’abord été illustrateurs de presse.
Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse, 1818-1819
huile sur toile • 491 x 716 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
C’est aussi en 1815 que Delacroix entreprend de se former aux Beaux-Arts, en rejoignant l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin. Eugène doit à ce dernier les fondements d’un enseignement académique mais son véritable maître est autre… Chez Guérin, Delacroix rencontre un peintre de sept ans son aîné, plein d’idées neuves et attiré par l’Italie. Son nom ? Théodore Géricault (1791–1824). Delacroix suit le sillon creusé par ce dernier et c’est tout naturellement qu’il accepte de poser comme naufragé pour le Radeau de la Méduse : le romantique apparaît comme un cadavre aux épaules dévoilées, gisant face contre terre.
Eugène Delacroix, George Sand, 1838
huile sur toile • 79 × 57 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
« Je serais folle de vous si je ne l’étais d’un autre. » Cet « autre », c’est Frédéric Chopin, dont Eugène Delacroix est l’un des premiers témoins discrets de la liaison qui s’installe avec George Sand (1804–1876) en 1838, intimité qui se traduira dans un portrait du couple, coupé plus tard en deux parties. Quatre ans auparavant, l’écrivaine rencontre Delacroix pour une raison formelle : l’éditeur Buloz commande à l’artiste un portrait de George Sand pour le frontispice du roman Lélia. Le peintre est touché par la souffrance de l’écrivaine, encore marquée par la récente rupture avec Alfred de Musset. George Sand est sensible à l’empathie du peintre et leur admiration réciproque se transforme en une amitié évidente et indéfectible.
Eugène Delacroix et Eugène Durieu, Modèles posés par [sic] Delacroix, 1854
Photographie tirée d’un album de 32 • Coll. & © BnF, Paris
« La société immonde se rua, comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image sur le métal. » Charles Baudelaire a beau être le plus grand défenseur d’Eugène Delacroix, il ne partage pas l’intérêt de ce dernier pour la photographie. Le peintre était en effet très curieux d’un médium permettant d’économiser d’onéreuses séances de pose. C’est le sens de la collaboration de Delacroix avec le photographe Eugène Durieu, qui a rassemblé dans les « Albums Durieu » (vers 1854) des clichés de nus féminins utiles aux compositions de figures. L’engagement de Delacroix ne s’arrête pas là puisqu’à l’invitation de Durieu, il intègre la Société d’héliographie, première société savante dédiée au médium photographique, à sa fondation en 1851.
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