SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Marie Laurencin

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Publié le , mis à jour le
Dans le tourbillon artistique du début du XXe siècle, Marie Laurencin fait figure de pionnière. Artiste indépendante, féministe, elle est à l’origine du mouvement du « nymphisme ». Alors que le musée du Petit Palais célèbre au travers d’une foisonnante exposition « le Paris de la modernité (1905–1925) », Beaux Arts dévoile six secrets de cette artiste aussi majeure que mystérieuse.

Influencée par le fauvisme et le cubisme, inspiratrice de Dada et de « l’Esprit nouveau », présente à tous les grands rendez-vous de l’avant-garde, Marie Laurencin (1883–1956) souffre d’avoir été réduite à son statut de muse. L’artiste a pourtant revendiqué son indépendance envers ses pairs masculins, tant sur le terrain de l’influence artistique que sur le plan intime.

Peintre, poétesse et décoratrice, Marie Laurencin incarne la femme libérée du Paris de l’entre-deux-guerres, bisexuelle revendiquée, figure queer avant l’heure ou icône du Paris saphique. Au carrefour des styles et toujours dans l’œil du cyclone, l’artiste est en belle place dans l’exposition que consacre le Petit Palais au « Paris de la modernité (1905–1925) ».

1. Son père est un homme politique

Marie Laurencin, enfant vers 1890
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Marie Laurencin, enfant vers 1890

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© Bridgeman Images

Marie Laurencin est la fille d’une petite brodeuse qui l’élève seule. Pourtant, elle passe son enfance à l’abri du besoin : la mère et la fille sont en effet soutenues en secret par l’ancien député Alfred Toulet, membre de l’Union républicaine (le parti de Léon Gambetta) et géniteur de la future artiste. Alfred Toulet rend souvent visite à Pauline et Marie dans le nord de Paris, mais ne reconnaîtra pas la filiation de la jeune fille, qui reste donc dans l’ignorance jusque sa majorité.

2. Elle a écrit des poèmes pour Apollinaire

Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis (2ème version)
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Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis (2ème version), 1909

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huile sur toile • 130 × 194 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Bridgeman Images / © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2024

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine ». Guillaume Apollinaire a écrit Le Pont Mirabeau, l’un des plus beaux (et célèbres) poèmes du XXe siècle, à la suite de sa rupture avec Marie Laurencin en 1912. Cette dernière n’a pas été seulement la muse et l’amante du poète, mais aussi un prête-plume ! Directeur de la revue Les Marges, Eugène Montfort veut féminiser sa ligne éditoriale. Apollinaire lui envoie alors des poèmes sous le pseudonyme de Louise Lalanne. Mais un soir de 1909, il peine à rédiger les trois textes commandés. Marie Laurencin se confie en 1954 : « Je lui ai donné mes poèmes, ce sont les poèmes de Louise Lalanne. Ils ne sont pas extraordinaires d’ailleurs. » Pas extraordinaires ? Suffisamment en tout cas pour être mis en musique par Francis Poulenc en 1931.

3. Elle est active dans la fondation du mouvement Dada à Barcelone

Francis Picabia, 391
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Francis Picabia, 391, 1917

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publication en série imprimée • Éditeur: Galeries Dalmau (Barcelone) • Coll. BnF, Paris

Alors qu’elle vient d’épouser le baron allemand Otto von Wätjen en 1914, Marie ne peut rentrer de son voyage de noces en Espagne après la déclaration de la guerre. Le couple s’installe à Barcelone en 1916 et Marie y retrouve son vieux camarade Francis Picabia qu’elle avait rencontré à l’Académie Humbert en 1904. Ils vivent une liaison et Laurencin serait à l’origine de la création par Picabia de l’emblématique revue 391 en 1917, organe central du courant Dada barcelonais. Marie Laurencin laisse dans la revue quelques poèmes et un dessin, tandis que Picabia lui dédie un Portrait mécanomorphe dans le n° 3. En 1919, alors qu’elle vit à Berlin en pleine révolution spartakiste, Marie Laurencin fait la rencontre de Max Ernst qui lui offre un autre portrait où elle épouse la forme d’un métronome : c’est dire si l’artiste est devenue la « Dame Dada » par excellence, l’essence même de la femme dadaïste !

4. Elle a créé des décors pour les Ballets russes

Marie Laurencin, Les Biches
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Marie Laurencin, Les Biches, 1923

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huile sur toile • 73 × 92 cm • Coll. musée de l’Orangerie, Paris • © Bridgeman Images / © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2024

De retour définitivement à Paris en 1921, Marie Laurencin s’impose comme une femme libre, indépendante tant sur le plan financier qu’artistique. Par l’intermédiaire de Francis Poulenc, elle est présentée à Serge de Diaghilev, directeur des Ballets russes qui travaillait alors à son œuvre Les Biches, sur un livret en un acte du poète Jean Cocteau. Séduit par l’art de Laurencin en pleine maturité, influencé par le fauvisme et le cubisme auxquels elle apporte une touche plus personnelle et féminine, Diaghilev sollicite Marie Laurencin pour les costumes et les décors. Teinté d’onirisme sans rien rogner à l’esprit moderne, la toile qui servit de rideau de fond de scène pour ce ballet de 1923 fait figure de manifeste pour l’artiste.

5. Elle est restée pendant quarante ans la compagne de Nicole Groult

Marie Laurencin, Femmes à la colombe
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Marie Laurencin, Femmes à la colombe, 1919

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huile sur toile • 61,5 × 50 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Bridgeman Images / © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2024

Tandis qu’elle multiplie les conquêtes masculines, Marie Laurencin est restée fidèle à une seule femme : Nicole Groult. Cette histoire d’amour a inspiré à l’écrivaine Françoise Cloarec le récit J’ai un tel désir (éditions Stock, 2018). La plasticienne rencontre la styliste dans le cénacle d’Apollinaire et leur idylle commence en 1911 pour se prolonger dans une correspondance enflammée lorsque Marie est en exil durant la guerre. En 1919, alors enceinte de Benoîte, la fille aînée qu’elle a avec son époux, le décorateur André Groult, Nicole écrit à son amante : « Je suis enceinte, reviens : c’est toi le père ! » Dans l’élan émancipateur des Années folles, les deux femmes affichent sans complexe leur relation saphique, qui inspire à Rámon Gómez de la Serna le terme de « nymphisme » au sujet du style de Marie Laurencin : pour l’écrivain espagnol, les amours de Marie font partie de son art !

6. Elle a son propre musée… au Japon !

Son œuvre prolifique et son parcours original méritaient bien que Marie Laurencin ait un musée à son nom… C’est le cas au Japon ! Fondateur d’une compagnie de taxis, Masahiro Takano s’est pris de passion pour l’artiste dont il a collectionné les œuvres avant de les rassembler dans le musée Marie-Laurencin, ouvert à l’occasion du centenaire de la naissance de l’artiste en 1983 sur le plateau de Tateshina, dans la préfecture de Nagano. La collection réunit plus de 600 œuvres tous supports confondus mais, faute de moyens, le musée doit fermer en 2011. Cependant, avec le regain d’intérêt pour Laurencin, et une exposition de la collection Takano au musée Marmottan Monet en 2013, il a rouvert ses portes en 2017, cette fois dans le gratte-ciel The Garden Court, à Tokyo.

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Le Paris de la modernité (1905-1925)

Du 14 novembre 2023 au 14 avril 2024

www.petitpalais.paris.fr

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