Ça y est ! La rentrée littéraire bat son plein, les étagères des libraires débordent… Mais comment s’y retrouver dans ce flot de nouveautés ? Romans, essais, biographies : on fait le point avec toujours, bien sûr, l’art comme boussole.
Parmi nos coups de cœur cette année : un flamboyant récit sur une figure oubliée du surréalisme, un portrait habité de Nicolas de Staël, une plongée lumineuse dans l’œuvre de Rothko. Promis, il y en aura pour tous les goûts !
Couverture du livre « La peinture comme un feu », paru en 2023, et écrit par Stéphane Lambert, aux Editions Gallimard
« En plongeant dans le vide le soir du 16 mars 1955, il perpétua le saut qu’avaient été chacun de ses jours, chacun de ses gestes, vers l’inconnu obstinément traqué. Il avait éclairé quelques fragments de la nuit avant de s’y fondre à son tour, comme on jette un caillou dans un puits pour en sonder la profondeur. » Passionnant (et bouleversant) destin que celui de Nicolas de Staël, célébré cet automne au musée d’Art moderne de Paris. L’écrivain Stéphane Lambert, auteur de nombreuses biographies d’artistes, retrace dans ce très bel ouvrage la brève trajectoire – mais ô combien intense – de celui qui a donné sa vie à la peinture. Au mythe de l’artiste maudit, Lambert préfère toutefois la figure du peintre habité d’un feu intérieur, guidé autant par son instinct que par ses aspirations spirituelles. Un flamboyant portrait en clair-obscur. IB
Nicolas de Staël. La peinture comme un feu
Par Stéphane Lambert
Éd. Gallimard • 240 p. • 42 €
À gauche la couverture de l’ouvrage “My Own Space” de Kate Barry, aux Editions de La Martinière / À droite Charlotte Gainsbourg en 2001
Elle a toujours préféré l’ombre à la lumière et c’est ce qui a sans doute maintenu son œuvre dans une relative confidentialité. Disparue tragiquement à seulement 46 ans, la photographe Kate Barry a développé, de 1996 à 2013, une œuvre sensible et exigeante, traversée par une certaine poésie mélancolique. Photographe de mode pour de grandes marques et de prestigieux magazines, elle a aussi signé une œuvre personnelle riche, où sa mère, Jane Birkin, et ses sœurs, Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon, tiennent le premier rôle. Publié à l’occasion de l’exposition éponyme qui vient de fermer ses portes au musée Nicéphore-Niépce de Châlons-sur-Saône, « Kate Barry. My Own Space », préfacé par l’écrivaine Lola Lafon, rend hommage à cette artiste discrète qui selon les mots de sa sœur Lou « ne s’est jamais contentée d’autre chose que simplement l’absolu. » IB
Kate Barry. My Own Space
Sous la direction de Sylvain Besson
Couverture de l’ouvrage « Les dernières lettres, de Vincent Van Gogh », de Emmanuel Coquery, paru en 2023 aux Editions Hazan
C’est l’un des événements les plus attendus de l’automne : le musée d’Orsay revient, en collaboration avec le musée Van Gogh d’Amsterdam, sur les dernières semaines de la vie de Van Gogh à Auvers-sur-Oise – une période de créativité intense pour l’artiste qui réalisa 73 tableaux et 33 dessins en seulement deux mois. À cette importante production s’ajoutent de nombreuses lettres envoyées à ses proches, et en particulier à son frère bien-aimé à qui il fait part de l’avancée de ses travaux, de sa relation avec le docteur Gachet, de ses états d’âme… Publié dans le cadre de l’exposition, cet ouvrage offre une émouvante immersion dans la psyché de cet artiste tourmenté qui ne cesse de fasciner. IB
Vincent Van Gogh, Les dernières lettres
Par Emmanuel Coquery
Coéd. Hazan / musée d’Orsay • 128 p. • 14,95 €
Couverture du livre intitulé « Lise Deharme, cygne noir », écrit par Nicolas Perge, et tout récemment paru en 2023, aux Editions JC Lattès
Alors que vient de s’achever au musée de Montmartre la passionnante exposition « Surréalisme au féminin ? », qui mettait à l’honneur les femmes surréalistes, la rentrée littéraire sort des oubliettes Lise Deharme. Femme de lettres, muse d’André Breton, célèbre salonnière, elle a traversé le XXe siècle aux côtés des esprits les plus brillants de la scène artistique parisienne et a écrit plus d’une vingtaine de romans, dont certains, jugés trop sulfureux, furent interdits. Nicolas Perge livre avec « Lise Deharme, cygne noir » un récit biographique sensible, savamment documenté, dans lequel se croisent aussi Breton, Man Ray et les autres. Sa plume ressuscite avec brio cette femme pleine de paradoxes et de mystères, tout à la fois grande bourgeoise et viscéralement anticonformiste, qui s’est éteinte dans la plus grande des solitudes… Et avait coutume de dire : « Lorsque vous m’aurez rencontré, vous pourrez dire que vous ne m’avez jamais connue. » IB
Couverture de l’ouvrage « Rothko, une absence d’image : lumière de la couleur », paru et écrit par Youssef Ishagpour en 2003, ici aux Editions du Canoë
Nouveau succès assuré pour la fondation Louis Vuitton qui, après le choc Basquiat / Warhol, accueille un autre titan de l’art du XXe siècle : Mark Rothko, dont l’œuvre n’avait pas été montrée à Paris depuis plus de vingt ans. Un événement de taille donc, accompagné d’un dense programme de publications. Parmi les nombreux livres sur l’artiste à paraître cet automne, signalons la réédition de « Rothko. Une absence d’images, lumière de la couleur » de Youssef Ishaghpour, initialement paru en 2003. Dans cet essai fulgurant, l’essayiste d’origine iranienne, disparu en 2021, dissèque avec passion la peinture du maître de l’abstraction, ses couleurs qui semblent flotter sur la toile, sa musicalité, sa mystique… Une analyse lumineuse. IB
Rothko. Une absence d’images, lumière de la couleur
Par Youssef Ishaghpour. Préface de Michaël de Saint-Cheron
Éd. du Canoë • 104 p. • 14 €
Couverture de l’ouvrage « L’art et son miroir », écrit par Hubert Haddad, aux éditions Zulma
Une galerie de plus de 120 portraits. Hubert Haddad, peintre et écrivain publié par les éditions Zulma depuis plus de trente ans, déploie avec l’essai de 600 pages L’Art et son miroir une histoire de l’art bien à lui. Ni chronologique, ni même logique, mais constituée de portraits courts d’artistes (entre deux et dix pages), où l’on picore, par-ci, par-là, un miroir de Victor Brauner, « le magicien énucléé », de Pierre Bonnard, « le visionnaire myope », de Goya, « le visionnaire sourd », ou encore de Michel-Ange, « ou la veine noire dans le visage de marbre ». La langue est riche, trop parfois, la phrase chantante, le verbe poétique… Pile de quoi contredire le côté « manuel d’histoire de l’art » de cette suite de portraits pour en faire une étonnante galerie des glaces, où les artistes d’hier revivent dans un éloge hanté de leur éternelle modernité. MCL
À gauche le portrait de l’autrice Marie-Hélène Lafon, à droite la couverture de son ouvrage aux éditions Flammarion
© Isabella De Maddalena / © opale.photo
Elle est une écrivaine reconnue de romans, récompensée par le prix Goncourt de la nouvelle (Histoires, 2016) et le prix Renaudot (Histoire du fils, 2020). Pour la toute première fois, Marie-Hélène Lafon consacre à sa passion pour la peinture un (court) livre, dédié au grand Cézanne. « En juillet 2022, écrit-elle en préambule, j’ouvre le chantier Cézanne, ce que j’appelle le chantier Cézanne puisque ça n’a pas encore tout à fait un titre ; je le rumine depuis plus d’une année (…). J’apprivoise la chose, à tâtons ; j’ai lu, je lis, je suis retournée à Aix, à l’Orangerie et à Orsay. » Ponctué de lettres et écrits de Cézanne, l’essai éclaire les moments de recherche de l’écrivaine et imagine les pensées de l’entourage du peintre, sa mère, sa femme Hortense, son jardinier, le docteur Gachet. Elle tourne autour de lui pour en faire un portrait par touches ; des « ruminations cézaniennes », comme elle l’écrit elle-même, qui prouvent l’aura persistante de l’artiste. MCL
Cézanne, des toits rouges sur la mer bleue
Par Marie-Hélène Lafon
Éd. Flammarion • 176 p. • 21 €
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique