Vue aérienne du quartier de Sultanahmet et du centre historique d’Istanbul
© Yann Arthus-Bertrand / Hemis
Au loin, dans le ciel clair et doré, la silhouette de Sainte-Sophie perce l’horizon de ses minarets bleutés… Lorsque Félix Ziem se rend à Constantinople en 1856, il regarde les rives du Bosphore avec, certes, un regard d’orientaliste, lui qui a traversé les paysages de la Turquie, du Liban, de la Grèce et de l’Égypte. Mais le peintre pose déjà quelques-uns des préceptes de l’impressionnisme, attentif à la brume et aux mouvements légers des barques amarrées face à lui.
Avant Ziem, d’autres artistes européens peignirent le Bosphore : au XVIIIe siècle, Jean-Baptiste van Mour s’installa à Constantinople en tant que peintre de l’ambassadeur de France, et fut l’un des premiers témoins français du fonctionnement de l’Empire ottoman.
Félix Ziem, Constantinople, Sainte-Sophie au soleil levant, 1880
Peinture à l’huile • 41.5 cm × 31.9 cm • Coll. Petit Palais, Paris • © akg-images
Le même empire qui allait exercer une puissante fascination sur les artistes occidentaux tels que Jean-Léon Gérôme ou Jean-Auguste-Dominique Ingres. Van Mour s’est ainsi employé à représenter quelques moments de vie sur les rives du Bosphore, comme la procession d’un prestigieux mariage… Bien plus tard, c’est au tour de Paul Signac de représenter Constantinople, où il passe près de deux mois en compagnie du peintre Henri Person. Ensemble, ils naviguent sur le Bosphore et peignent. Signac signe alors quelques vues étourdissantes de beauté, sublimées par une lumière rose et dorée de fin du jour, ou bien baignées d’un bleu mélancolique.
Long de 32 kilomètres, il relie la mer Noire à la mer de Marmara, et forme une frontière naturelle entre l’Europe et l’Asie. À Istanbul, le détroit du Bosphore est à la fois un carrefour de cultures et un paysage somptueux, ses rives étant couvertes de mosquées (Sainte-Sophie, la mosquée bleue, celle de Soliman le Magnifique…), de palais, de jardins, de bazars et de marchés.
Paul Signac, Les Minarets à la Corne d’or, 1907
Huile sur toile • 73 × 92.5 cm • Collection privée • © Christie’s Images / Bridgeman Images
Si l’on peut admirer le paysage depuis la rive d’en face, dans le quartier de Galata, de très nombreux ferrys traversent le Bosphore jusqu’à son passage le plus étroit, où se situe la forteresse de Rumeli Hisarı construite par le sultan Mehmed II en 1452, un témoignage de plus de la richesse de l’Empire ottoman.
Aujourd’hui, le Bosphore reste un lieu stratégique pour la ville d’Istanbul : outre les musées qui le bordent, comme le musée Sakıp Sabancı (où l’on peut voir une belle collection d’art ottoman, notamment de manuscrits), le musée d’Art moderne (installé dans un bâtiment récent signé Renzo Piano) et le musée naval, il est actuellement au cœur d’une controverse, le projet « Kanal Istanbul ».
D’une ampleur pharaonique, celui-ci consiste à percer un canal artificiel pour doubler la voie maritime du Bosphore, et assurer le passage de 160 navires chaque jour ; estimé à 10,5 milliards d’euros par le gouvernement mais à plus de 65 milliards par les opposants aux projet, il cristallise actuellement le clivage entre le président turc Recep Tayyip Erdoğan et le maire d’Istanbul Ekrem Imamoğlu.
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