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Modèle appréciée des artistes sous le nom de « Maria », Suzanne Valadon a marqué la bohème montmartroise dont elle est devenue une actrice majeure en peintre autodidacte et passionnée.
Si son prénom est en réalité Marie-Clémentine, Suzanne Valadon recèle également d’autres étonnants secrets. Beaux Arts vous en révèle six d’entre eux alors que le Centre Pompidou lui consacre une grande rétrospective en ce début d’année.
Drôle de vie que celle de Marie-Clémentine, dite Suzanne Valadon. Fille d’une blanchisseuse et d’un père inconnu, elle multiplie les petits boulots dès onze ans pour soutenir sa mère. C’est au même âge qu’elle se découvre une passion : le cirque, qui se développe alors dans le Paris d’Haussmann. En 1880, elle entre au cirque Fernando comme balayeuse mais parvient ensuite à rejoindre la troupe d’Ernest Molier comme trapéziste. Athlétique, souple, l’acrobate de quinze ans est admirée. Mais lors d’un numéro en duo, ses mains glissent de la barre de bois et elle fait une mauvaise chute sur le dos, ce qui la contraint à changer de vocation. Sa vie durant, le cirque demeure pourtant l’un de ses sujets de prédilection !
Suzanne Valadon, Le Cirque, 1889
huile sur toile • 48.8 × 60 cm • The Cleveland Museum
« J’ai eu de grands maîtres, j’ai tiré le meilleur d’eux-mêmes, de leur enseignement, et de leur exemple. Je me suis trouvée, je me suis faite et j’ai dit, je crois, ce que j’avais à dire. » En réalité, Suzanne Valadon n’a pas fréquenté d’académie publique ou privée et a construit elle-même son style. Elle a dessiné dès l’enfance, en cachette au couvent Saint-Jean de Montmartre où sa mère l’avait placée en 1872. Par la suite, c’est durant la convalescence après sa chute de trapèze qu’elle reprend les crayons pour tuer l’ennui. Modèle très prisé, elle se nourrit du message des grands artistes qu’elle côtoie, de Puvis de Chavannes à Auguste Renoir en passant par Jean-Jacques Henner, Théophile Steinlen, Henri de Toulouse-Lautrec et surtout Edgar Degas, dont l’admiration est réciproque.
Suzanne Valadon, La Chambre bleue, 1923
Oeuvre iconique, la Chambre bleue est un manifeste pour l’émancipation des femmes.
Elle témoigne également du dialogue de l’artiste avec l’art de son temps. Comment ne pas y voir une réponse « féministe » aux odalisques d’un Henri Matisse, dont Suzanne Valadon partage l’amour pour les textiles et les couleurs ?
huile sur toile • 90 x 116 cm • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jacqueline Hyde
Marie-Clémentine n’était sans doute pas un nom d’artiste et de modèle très vendeur et c’est en tant que « Maria » qu’elle se présente dans les années 1880 – Edgar Degas l’appelle « la terrible Maria ». En 1884, elle rencontre Henri de Toulouse-Lautrec et devient l’un de ses modèles favoris. Ils vivent alors une histoire d’amour passionnée pendant quatre années. C’est d’ailleurs Toulouse-Lautrec qui la surnomme « Suzanne ». Pourquoi ? Comme son homologue biblique, Valadon est souvent entourée de vieillards, en tout cas de vieux peintres séduits par sa plastique et qui veulent l’employer comme modèle… Elle adopte immédiatement ce surnom et signe ses toiles et carnets d’un grand « S ».
Henri De Toulouse Lautrec, La Gueule de bois, 1887–1889
Huile sur toile • Fogg Art Museum, Harvard University / photo Wikimedia Commons
Suzanne Valadon, Portrait d’Erik Satie, 1892–1893
huile sur toile • 41 × 22 cm • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Bertrand Prévost
En 1893, Suzanne Valadon fait la rencontre d’un pianiste du cabaret Le Chat noir : un certain Erik Satie ! Une liaison s’installe… Précisément consignée dans les carnets du compositeur, elle durera du 14 janvier au 20 juin de la même année… Il faut dire que c’est la seule véritable relation que vivra le musicien ! Suzanne consacre un portrait à Erik qui dédie à son amante les Danses gothiques. Un jour où elle doit sortir, il la retient et devient même violent, jusqu’à la gifler et l’enfermer dans un placard. Choquée, Suzanne Valadon rompt immédiatement. Erik Satie compose alors les Vexations, un thème court et mélancolique qu’il convient de répéter 840 fois…
En 1883, l’artiste donne naissance à Maurice Utrillo. Personnalité fragile, en proie à l’alcoolisme, ce dernier multiplie les internements à Saint-Anne. Protectrice, Suzanne Valadon le garde sous son aile et sous son toit, l’encourageant à peindre comme elle. Le succès du fils dépasse rapidement celui de sa mère ! Maurice, qui côtoie toute la bohème montmartroise, présente à Suzanne en 1907 son ami et confrère André Utter. Malgré les vingt ans qui les séparent, l’alchimie s’installe et deux ans plus tard, Suzanne Valadon divorce de Paul Mousis pour se mettre en ménage avec le jeune André, qui devient donc beau-père de Maurice Utrillo…
Suzanne Valadon, Portraits de famille, 1912
huile sur toile • 98 × 73,5 cm • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Christian Jean / Jean Popovitch
Suzanne Valadon, Été, dit aussi, Adam & Ève, 1909
huile sur toile • 162 × 131 cm • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jacqueline Hyde
Malgré son statut de femme peintre, de mère d’artiste et d’autodidacte, Suzanne Valadon est parvenue à se construire un nom et à être reconnue pour son talent, d’abord par ses pairs, ensuite par la critique. C’est après la Grande Guerre que le succès explose, lorsque l’artiste signe un contrat avec la galerie Berthe Weill. En 1922, elle se voit dédier une monographie par Robert Rey à la Nouvelle Revue française puis intègre, en 1933, la Société des femmes artistes modernes. Mais c’est surtout la reconnaissance de l’État qui mérite d’être soulignée : en 1937, le musée du Luxembourg acquiert un nombre important d’œuvres de Valadon, dont Adam et Ève, un an avant qu’elle ne s’éteigne, rongée par le diabète.
Suzanne Valadon
Centre Georges Pompidou
Du 15 janvier 2025 au 26 mai 2025
Adresse : Place Georges Pompidou • 75004 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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