À Londres, le printemps est en avance, comme l’atteste le florilège d’expositions qui ouvrent en ce début d’année. Plongez dans l’œuvre sensible et engagée de Noah Davis au Barbican Centre, découvrez les portraits énigmatiques d’Edvard Munch à la National Portrait Gallery, faites le plein de nature en parlant le langage des fleurs à la Saatchi Gallery, ou en gardant les pieds sous terre à la Somerset House.
Laissez-vous transporter dans le Brésil des années 1910 à 1980 à la Royal Academy of Arts ou partez plus loin encore, dans l’Italie du XIVe siècle, à la National Gallery. Faites enfin cohabiter les genres et les époques en découvrant la dernière exposition de Grayson Perry à la Wallace Collection ! Beaux Arts a sélectionné pour vous sept expositions à ne pas rater – il y en a pour tout le monde, et pour tous les goûts.
Noah Davis, 1975 (8), 2013
Huile sur toile • 125,7 × 184,2cm • © Estate of Noah Davis / Courtesy Estate of Noah Davis / David Zwirner / Photo Kerry McFate
Le Barbican Centre présente la première rétrospective au Royaume-Uni de l’œuvre de l’artiste américain Noah Davis (1983–2015). Plus de 50 peintures, sculptures et dessins permettent au public de découvrir ou redécouvrir le travail de Davis, de 2007 à sa mort prématurée huit ans plus tard, des suites d’un cancer foudroyant. Les œuvres, qui illustrent le quotidien de la communauté africaine-américaine qui entourait Davis à Los Angeles, naviguent à la frontière du réel et du fantastique.
Ici un jeune homme chevauchant une licorne incandescente semble émerger des ténèbres, là deux femmes font la sieste sur un canapé crème, un tableau de Rothko illuminant le mur derrière elles. Là encore, un enfant plonge dans une piscine municipale exclusivement peuplée de corps noirs, évoquant une certaine légèreté tout en suggérant les politiques de discrimination encore à l’œuvre dans les années 1970. Car l’œuvre de Davis était aussi engagée, comme l’atteste l’Underground Museum qu’il cofonda avec sa femme Karon, dans le quartier défavorisé d’Arlington Heights à Los Angeles, afin de rendre l’art accessible à tous. L’exposition du Barbican rend un hommage mérité à cet artiste protéiforme, encore trop méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique.
Noah Davis
Du 6 février 2025 au 11 mai 2025
Barbican Centre • Silk Street • EC2Y 8DS
www.barbican.org.uk
Rebecca Louise Law, The Womb, 2019–2020
Installation • © Chuck Heiney
Le printemps est en avance à Londres : la Saatchi Gallery étale sur deux étages et à travers neuf espaces plusieurs installations XXL, ainsi qu’une multitude de tableaux, photographies et objets, qui tous explorent l’influence majeure des fleurs sur la création depuis la Renaissance. L’exposition nous montre les multiples manières dont les fleurs sont ou ont été représentées, mais nous invite aussi à réfléchir aux symboles et évocations puissantes qu’elles portent, de l’amour à l’espoir, de la naissance à la mort, tout en incarnant une vaste palette d’émotions.
Dès l’entrée de l’exposition, une fresque florale colossale de 50 m2, peinte à la bombe par la street artiste britannique Sophie Mess, illustre la notion de progrès, du bleu timide des premiers pas aux couleurs éclatantes de la maturité. Un peu plus loin, dans une salle de près de 200 m2, la plasticienne britannique Rebecca Louise Law déploie un rideau de plus de 100 000 fleurs séchées, offrant un souffle éternel à cette source fragile et éphémère. Partout, des fleurs, vues sous tous les angles, à travers l’histoire : de leur traitement dans l’art à leur utilisation dans la mode et les bijoux (l’exposition est d’ailleurs sponsorisée par Buccellati), sans oublier le regard scientifique. De quoi maîtriser parfaitement le langage des fleurs.
Flowers. Flora in contemporary art & culture
Du 12 février 2025 au 5 mai 2025
Saatchi Gallery • King's Rd • SW3 4RY
www.saatchigallery.com
Edvard Munch, Felix Auerbach, 1906
Huile sur toile • 85,4 × 77,1 cm • © Van Gogh Museum, Amsterdam / Vincent van Gogh Foundation
La National Portrait Gallery nous invite à découvrir l’œuvre de portraitiste d’Edvard Munch (1863–1944), pour la première fois au Royaume-Uni. Le grand expressionniste norvégien s’est en effet essayé au genre tout au long de sa carrière, dans le cadre de commandes ou pour satisfaire des envies personnelles. Plus de 40 peintures nous mènent d’abord dans l’intimité de la famille de Munch, avec entre autres un émouvant portrait de sa sœur Laura, peu avant son hospitalisation pour schizophrénie. C’est ensuite une plongée au cœur de la bohème intellectuelle et cosmopolite de Christiania (ancienne Oslo) qui inspira largement l’expressionnisme de Munch.
Sont également à l’honneur les mécènes et collectionneurs qui posèrent pour Munch, notamment le physicien Felix Auerbach, dont le vibrant portrait le fait paraître en pleine conversation. La visite se clôt enfin par les amis et proches (que Munch appelait « gardiens » ou « sauveteurs ») qui soutinrent l’artiste après sa grande dépression nerveuse en 1908. Les portraits de Munch illustrent souvent des archétypes de la condition humaine ; ainsi celui de l’avocat Thor Lütken révèle-t-il une autre scène si l’on s’attarde un peu sur la manche de son bras gauche : deux figures éthérées suggérant l’amour et la mort paraissent enlacées dans un étrange paysage, au clair de lune. Cette peinture intrigante fait partie d’une série d’œuvres exposées pour la première fois au Royaume-Uni. L’exposition exhale un parfum de mystère teinté de mélancolie, qui transporte le visiteur au cœur de l’univers énigmatique de l’auteur du Cri.
Edvard Munch. Portraits
Du 13 mars 2025 au 15 juin 2025
National Portrait Gallery • Saint Martin's Place • WC2H 0HE Londres
www.npg.org.uk
Tarsila do Amaral, Lake, 1928
Huile sur toile • 75,5 × 93 cm • Coll. Hecilda et Sérgio Fadel • ©️ Tarsila do Amaral S/A / Photo Jaime Acioli
La Royal Academy of Arts nous transporte dans le Brésil des années 1910 à 1980, où les artistes mêlèrent les tendances internationales contemporaines à leurs traditions artistiques pour créer un nouvel art moderne célébrant leur diversité culturelle. L’exposition donne à voir 130 œuvres de dix artistes majeurs, issues de collections publiques et privées brésiliennes, et dont la plupart n’avaient encore jamais été dévoilées au Royaume-Uni ; parmi eux, les pionniers du modernisme brésilien tels Anita Malfatti, Vicente do Rego Monteiro, Lasar Segall, Candido Portinari et la grande Tarsila do Amaral, vue l’automne dernier à Paris, au musée du Luxembourg. L’exposition révèle également les peintres autodidactes Alfredo Volpi et Djanira, l’Afro-Brésilien Rubem Valentim, le pionnier de l’art néo-concret Geraldo de Barros, ainsi que l’architecte Flávio de Carvalho, qui fut également l’un des premiers artistes performeurs du Brésil. L’occasion rare de se plonger dans une époque florissante qui vit l’affirmation d’une identité brésilienne multiple, au carrefour de ses racines indigènes et des apports extérieurs.
Brasil ! Brasil ! The Birth of Modernism
Du 28 janvier 2025 au 21 avril 2025
Royal Academy of Arts • Piccadilly • W1J 0BD
www.royalacademy.org.uk
Duccio di Buoninsegna, Maestà – Le Christ et la Samaritaine, 1308–1311
Tempera et or sur panneau • 43,5 × 46 cm • © Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid
Pour célébrer ses 200 ans, la National Gallery nous invite dans l’Italie de la première moitié du XIVe siècle ! Une centaine d’œuvres précieuses de cette période explore l’évolution du statut de la peinture parmi les arts en Europe, notamment grâce aux artistes siennois. Plusieurs panneaux de l’immense retable – le premier à double-face – de la Maestà peint par Duccio di Buoninsegna (de vers 1255–1260 à vers 1318–1319) pour la cathédrale de Sienne y sont exceptionnellement réunis. Tout comme les six panneaux du Polyptyque Orsini de Simone Martini (1284–1344), aujourd’hui répartis entre le Louvre, à Paris, le musée royal des Beaux-Arts d’Anvers et la Gemäldegalerie à Berlin. La National Gallery présente également le travail remarquable d’autres peintres majeurs de l’époque, notamment Pietro Lorenzetti (de vers 1280 à vers 1348) et son frère Ambrogio Lorenzetti (de vers 1290 à vers 1348), et pointe du doigt l’influence de l’art siennois sur la France, l’Angleterre et la Bohême (région historique d’Europe centrale). Une exposition historique.
Siena : The Rise of Painting (1300 ‒1350)
Du 8 mars 2025 au 22 juin 2025
National Gallery • Trafalgar Square • Londres
www.nationalgallery.org.uk
Jo Pearl, Unearthed, mycelium strands, 2023
Argile • Dimensions variables • © Elsa Pearl
La Somerset House réunit artistes et penseurs du monde entier pour explorer les super-pouvoirs du sol. Une série d’œuvres d’art, d’installations et d’artefacts invite les visiteurs à reconsidérer le rôle crucial que joue la terre dans la santé de notre planète. Ainsi une installation sur deux écrans de l’artiste néerlandais Wim van Egmond rend-elle visible le monde souterrain au travers d’une microphotographie et d’une bande sonore spectaculaires, fruits d’une collaboration avec le musicien Michael Prime. Un peu plus loin, le collectif Marshmallow Laser Feast révèle dans un film psychédélique l’incroyable influence des réseaux mycéliens.
L’artiste britannique Jo Pearl utilise la matérialité de l’argile pour nous raconter la vie souterraine à l’aide de sculptures et de panneaux en céramique, tandis que la biologiste et artiste française France Bourély met en valeur les êtres qui peuplent le sol grâce à la photographie à l’échelle micrométrique. Plus loin encore, douze tirages de 1974 du Néo-Zélandais Ken Griffiths nous montrent un couple de personnes âgées devant leur jardin, et l’évolution de ce dernier au cours des saisons. L’influence de deux des quatre curatrices de l’exposition est sensible : Henrietta Courtauld et Bridget Elworthy, créatrices de la plateforme The Land Gardeners, étudient avec passion la santé des plantes et des sols par la culture, la coupe et la conception. « Soil » délivre un message d’espoir et d’urgence : l’exposition encourage une relation plus durable et plus harmonieuse avec la Terre, et nous incite à agir dès maintenant.
Soil : The World At Our Feet
Du 23 janvier 2025 au 13 avril 2025
Somerset House • Strand • WC2R 1LA
www.somersethouse.org.uk
L’artiste Grayson Perry (Claire) investit la Wallace Collection, Londres
© Richard Ansett, Shot Exclusively for The Wallace Collection, London
La très cossue Wallace Collection sort de sa zone de confort en accueillant la plus large exposition d’art contemporain de son histoire : l’institution a proposé à Grayson Perry (né en 1960), artiste britannique iconique lauréat du Turner Prize en 2003, d’investir ses précieuses cimaises. Connu pour ses vases en céramiques, ses tapisseries, textiles, sculptures et dessins, Perry est un fervent amateur du détournement des stéréotypes de genre, et aime travailler les matériaux jugés moins nobles car plus féminins. Marié depuis plus de 30 ans et père de famille, l’artiste de 65 ans a par ailleurs l’habitude de se travestir afin de devenir Claire, son alter ego féminin.
Pour cette exposition inattendue, Perry se moque des codes traditionnels en confrontant ses créations aux œuvres historiques – et autrement plus sérieuses – de la Wallace Collection. Il interroge le rôle même de l’artiste contemporain en mettant des objets artisanaux historiques, élaborés avec patience, face à des œuvres créées en un clin d’œil grâce aux technologies numériques. Perry inclut également dans l’exposition le travail de la Suissesse Aloïse Corbaz (1886–1964) et la Britannique Madge Gill (1882–1961), deux figures majeures de l’art brut, dont la dernière fut exposée à la Wallace Collection en 1942 ; la vie de ces deux artistes outsiders lui ayant inspiré une personnalité fictive, Shirley Smith. Perry s’amuse et nous invite à questionner l’idée de sécurité de l’espace domestique, la dimension genrée de la décoration intérieure ou encore le contraste entre perfection apparente et authenticité. Une vision qui risque de faire trembler les murs de la vénérable collection !
Grayson Perry : Delusions of Grandeur
Du 28 mars 2025 au 26 octobre 2025
Wallace Collection • Manchester Square • W1U 3BN
www.wallacecollection.org
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