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Musée Zadkine

Qui était Chana Orloff, sculptrice oubliée des Années folles ?

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Un peu oubliée aujourd’hui, Chana Orloff (1888–1968), sculptrice Art déco associée au Montparnasse cosmopolite de l’École de Paris, a pourtant été une artiste majeure de son temps. Le musée Zadkine revient sur son œuvre et sur son parcours singulier, celui d’une femme indépendante confrontée aux terribles drames de son temps, entre l’Ukraine, Paris et la Palestine.
Albert Harlingue, Portrait de Chana Orloff à côté du portrait sculpté de Reuven Rubin, 1935
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Albert Harlingue, Portrait de Chana Orloff à côté du portrait sculpté de Reuven Rubin, 1935

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© Albert Harlingue / Roger-Viollet / © Chana Orloff/Adagp, Paris, 2022

Avec son chignon-boule et sa jupe plissée, pas de doute, cette petite fille sage aux volumes simplifiés vient des années 1920 ! Nadine – c’est son prénom – est l’une des sculptures les plus populaires de Chana Orloff. « Mon but, […] c’est de faire l’époque », déclarait la sculptrice liée à l’imaginaire du Montparnasse des Années folles mais qui, dans ce siècle mouvementé, a traversé bien d’autres « époques »…

Chana Orloff est née en 1888 en Ukraine, issue d’une famille ashkénaze avec laquelle elle émigre en Palestine seize ans plus tard. Elle devient couturière et, soucieuse de prospérer dans le domaine, convainc ses parents de la laisser gagner Paris en 1910. Là, son professeur de couture remarque son don pour le dessin et l’enjoint à devenir peintre ou sculptrice ! Ce qu’elle ambitionne de faire dans le Montparnasse cosmopolite d’alors, où elle côtoie bientôt les cadors de ce que l’on nomme l’École de Paris : Chaïm Soutine, Amedeo Modigliani et Ossip Zadkine.

Chana Orloff, Nadine
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Chana Orloff, Nadine, 1921

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bois • Ateliers-musée Chana Orloff, Paris • © Chana Orloff, ADAGP, Paris 2023 / photo Stéphane Briolant

« Elle faisait pour les humains ce que Pompon faisait pour les bêtes. »

Elle fréquente aussi le milieu russe autour de Marie Vassilieff, par l’intermédiaire de qui elle rencontre son futur mari, Ary Justman, au début de la Première Guerre mondiale. Chana, qui a déjà une belle carrière en perspective, se fait remarquer au Salon d’Automne de 1914 et bénéficie d’une première exposition chez Bernheim-Jeune en 1916. La fin de la guerre est paradoxalement une période de deuil pour la jeune femme : un an après la naissance de leur fils Élie, surnommé « Didi », son époux Ary est emporté par la grippe espagnole en 1919.

La « portraitiste de Montparnasse »

Mais la veuve est soutenue par ses amis qui l’introduisent auprès de commanditaires qu’elle portraiture : la marchande américaine madame Fleg et l’éditeur Lucien Vogel (père de la petite Nadine). Chana se fait connaître alors comme la « portraitiste de Montparnasse » ou, comme le dit Cécilie Champy-Vinas, directrice du musée Zadkine et commissaire de l’exposition, « la maîtresse du genre avec Modigliani ».

Portrait de Chana Orloff assise dans son atelier
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Portrait de Chana Orloff assise dans son atelier

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Archives des Ateliers-musée Chana Orloff, Paris • © Chana Orloff, ADAGP, Paris, 2023

Têtes, bustes, figures en pied… Chana dépoussière le genre. Per Krohg, célèbre peintre norvégien est sculpté assis à jouer de l’accordéon pour mieux saisir l’ambiance de fête des cafés du boulevard Montparnasse. De l’architecte Auguste Perret à l’autrice Anaïs Nin, les icônes du modernisme posent toutes pour elle, que ce soit en sculpture ou dans les dessins de l’ouvrage Figures d’aujourd’hui en 1923.

L’expressivité des volumes

« Pour elle, certains sujets sont mieux traités par des femmes. »

« Elle faisait pour les humains ce que Pompon faisait pour les bêtes », résume Cécilie Champy-Vinas. Son succès n’est d’ailleurs pas loin de celui du sculpteur de Saulieu et, en 1926, elle acquiert la nationalité française. Mais elle n’est pas qu’une portraitiste. Ses premiers travaux aux accents primitifs rendent saisissants leur rapprochement avec les œuvres de Zadkine. On retrouve dans une Baigneuse (1925) de la sculptrice et une Maternité (1919) du Franco-Russe la même expressivité des volumes qui s’inscrivent dans le bloc. Tous deux se sont aussi essayé à la gravure sur bois.

Chana Orloff, à gauche : “Grande baigneuse accroupie”, 1925. À droite : “Maternité”, 1924.
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Chana Orloff, à gauche : “Grande baigneuse accroupie”, 1925. À droite : “Maternité”, 1924.

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bronze • Ateliers-musée Chana Orloff, Paris / Musée des années 30, Boulogne Billancourt • © Chana Orloff, ADAGP, Paris 2023

Chana veut affirmer sa singularité : « Pour elle, certains sujets sont mieux traités par des femmes », explique Pauline Créteur, co-commissaire de l’exposition. De la maternité à la grossesse, l’artiste livre des images pleines de tendresse, sans rien sacrifier à la recherche plastique. La guerre sonne toutefois le glas de ces années prospères.

Des sculptures qui témoignent de l’horreur nazie

Chana pressent l’horreur nazie, qu’elle traite avec le langage de la fable : la Sauterelle (1939), huitième plaie de l’Égypte, est stylisée pour que ses pattes dessinent les deux « S » funestes du « Schutzstaffel ». Le 16 juillet 1942, le fondeur Eugène Rudier les avertit elle et son fils de l’imminence de la rafle du Vél’d’Hiv, les sauvant d’une mort certaine. Ils s’exilent alors d’abord à Lyon puis à Genève, où Chana côtoie deux figures qui vont marquer la sculpture d’après-guerre : Alberto Giacometti et Germaine Richier. Comme cette dernière, Chana Orloff, va tomber doucement en désuétude.

Chana Orloff, Sauterelle
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Chana Orloff, Sauterelle, 1939

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bronze • Ateliers-musées Chana Orloff, Paris • © Chana Orloff, ADAGP, Paris 2023 / photo Stéphane Briolant

Après le traumatisme de la guerre, vient celui du Retour : c’est le titre d’une figure étique au modelé tortueux, inspirée de photographies du camp de Buchenwald. Rentrée à Paris en mai 1945, Chana découvre son atelier de la villa Seurat saccagé, les fragments de plâtre jonchant le sol. Elle déplore le vol d’une centaine de ses sculptures pour lesquelles elle dépose une demande de restitution à la Commission de récupération. Ce n’est qu’en janvier 2023 que L’Enfant Didi, bois de 1921 est rendu à ce qui est devenu l’atelier-musée Chana Orloff.

Chana Orloff, « Dame à l’éventail » lors de l’exposition au musée Zadkine, Paris
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Chana Orloff, « Dame à l’éventail » lors de l’exposition au musée Zadkine, Paris, 1920

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bronze • © Musée Zadkine / Paris Musées / Nicolas Borel

Pour Chana Orloff, l’avenir s’écrit à l’est, avec la fondation de l’État d’Israël en 1948. L’artiste n’avait jamais coupé le lien avec la Palestine, d’abord dépendance ottomane puis sous mandat britannique, où elle passait nombre de ses étés après 1910. Désormais, elle aspire à construire la nation juive par les arts à côté du peintre Reuven Rubin. Elle passe ses vingt dernières années entre la villa Seurat et son appartement à Tel Aviv. Témoin de son attachement à Israël, elle crée Maternité Ein Gev pour le kibboutz Ein Gev en 1952. Ce groupe, inspiré de la photographie d’une jeune mère tombée au champ d’honneur en 1948 résonne tristement avec l’actualité : parmi les victimes des attaques terroristes du Hamas le 7 octobre, se comptent Avshalom Haran, Evyatar et Lilach Lea Kipnis, trois membres de la famille de Chana Orloff tués au kibboutz Be’eri, sept autres ont été pris en otage – parmi eux, les six femmes et enfants ont été libérés le 25 novembre 2023.

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Chana Orloff. Sculpter l’époque

Du 15 novembre 2023 au 31 mars 2024

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L’« Enfant Didi » : itinéraire d’une œuvre spoliée de Chana Orloff (1921-2023)

Du 19 novembre 2023 au 29 septembre 2024
Le 4 mars 1943, alors que Chana Orloff a quitté Paris depuis plusieurs mois, la porte de son atelier est fracturée et le fonds vandalisé et pillé. Parmi la centaine d’œuvres dérobées, figure L’Enfant Didi, portrait de son fils Élie âgé de 3 ans, modèle unique en bois emblématique de sa production de l’époque et touchant témoignage de son affection maternelle. Après avoir circulé dans un marché parallèle pendant plus de quatre-vingts ans, l’œuvre reparaît à New York en 2008 avant d’être enfin restituée à  l’atelier-musée Chana Orloff le 24 janvier 2023. L’exposition met l’accent sur ce portrait singulier, tout en revenant à travers l’exemple de Chana Orloff sur ce pan trop peu connu de la spoliation des biens juifs durant la Guerre : les fonds d’ateliers d’artistes exilés ou déportés.

www.mahj.org

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Villa Seurat - Atelier Chana Orloff

Retrouvez dans l’Encyclo : Art déco Chana Orloff

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