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Robert Mallet-Stevens, La chaise longue conçue pour la piscine de la villa du vicomte de Noailles à Hyères, 1923-1925
Structure et traverses en tube d'acier laqué et assise en fibre naturelle • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. GrandPalais Rmn / Audrey Laurans
Nous sommes en 1923. Robert Mallet-Stevens (1886–1945) est déjà reconnu comme une figure montante de l’architecture moderne. Il conçoit des décors de cinéma et gère la construction de la villa du couturier Paul Poiret à Mézy-sur-Seine, constructiviste à souhait.
Une commande lui parvient alors, et non des moindres : celle de la demeure de Charles et Marie-Laure de Noailles, couple de riches mécènes qui vient de recevoir en cadeau de mariage le clos Saint-Bernard, un immense terrain niché sur la colline du château d’Hyères. Formes cubiques en béton armé, toits plats, baies ouvertes sur la splendide vue… L’architecte y voit l’opportunité d’appliquer ses principes de rationalité.
Façade de la villa Noailles ou Clos Saint-Bernard par Robert mallet-Stevens à Hyères
© villa Noailles
Ce, jusque dans les moindres détails, des placards aux poignées de porte en passant par les interrupteurs… Côté mobilier, pour meubler la terrasse de la piscine, il s’inspire des paquebots transatlantiques. Ces fascinantes architectures Art déco flottantes relient désormais l’Europe à l’Amérique en un temps record. Sur les ponts, des assises appelées « deck chair » ou « transat » (contraction de transatlantique) permettent aux passagers de tuer le temps en prenant le soleil et en profitant de l’air marin.
Épurée à l’excès, cette assise architecturale influencera grandement les créateurs modernistes des années 1930.
Basses et allongées, empilables et pliables, elles sont d’abord fabriquées en bois et cannage… Avant que Mallet-Stevens leur confère une allure bien plus moderniste. Probablement inspiré du travail, à l’école du Bauhaus, de Marcel Breuer (1902–1981), l’un des premiers à imaginer des structures en métal tubulaires pour le mobilier, il imagine un modèle fait d’épais tubes en tôle laquée auxquels s’accroche une grande toile de coton. Les dimensions sont imposantes : près d’un mètre de long et de haut. Les accoudoirs, placés très hauts, permettent aux lecteurs d’y poser confortablement leurs coudes et de s’y relever. Car encore faut-il pouvoir se redresser une fois installé ! L’architecte a visé juste en termes de fonctionnalité et d’ergonomie.
Scène du film « Biceps et bijoux » de Jacques Manuel en 128 à la villa Noailles
© villa Noailles
Sans pour autant négliger l’esthétique : à sa structure anguleuse s’oppose l’élégante courbe de la toile. En outre, les tubes sont peints dans un vert bouteille qui s’allie parfaitement aux pins parasols et cyprès environnants. Épurée à l’excès, cette assise architecturale influencera grandement les créateurs modernistes des années 1930, tels que Le Corbusier ou Charlotte Perriand, et ouvrira la voie à une nouvelle typologie de chaises longues – on se souvient notamment du modèle fait de rondins de cuir d’Eileen Gray puis de ceux, plus pop, d’Olivier Mourgue et de Verner Panton créés dans les années 1960.
Atrium de la villa de Robert Mallet-Stevens, Paris 16e, 1928
© Ministère de la Culture – Médiathèque du patrimoine et de la photographie, Dist. GrandPalais Rmn / Thérèse Bonney
Seulement, il faudra attendre les années 1980 pour qu’elle soit commercialisée auprès du grand public. C’est d’abord la maison Ecart International, fondée en 1978 par la créatrice Andrée Putman qui se met à la vendre, puis en 2014, la marque Habitat la réédite à un prix plus abordable. Aujourd’hui, il faut la chiner dans les galeries d’art ou de design, mais le modèle reste très rare.
Heureusement, il est toujours possible de l’essayer dans le jardin de la villa Noailles, où se tiennent tout l’été les expositions du festival Design Parade : on peut y admirer les projets des lauréats du concours de design, ainsi que les réjouissantes créations de l’Espagnol Jaime Hayon, président du jury cette année. Sans oublier l’hommage rendu au centenaire de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, qui dévoile d’ailleurs un autre modèle de transat dessiné plus tard par l’architecte moderniste. Plus sophistiqué, il est doté d’une structure très graphique en bois peint en blanc.
Mais c’est bien le transat à la structure tubulaire qui restera gravé dans les mémoires, en éternel symbole de ce lieu de villégiature où artistes, écrivains et cinéastes se réunissent – de Salvador Dalí à Man Ray. Aujourd’hui intégré aux collections du Centre Pompidou, il reflète aussi l’esprit d’une folle décennie d’avant-garde artistique, à la fois libre, insouciante et audacieuse. Voilà pourquoi on s’y sent si bien.
Design Parade 2025
Jusqu'au 7 septembre 2025 à Hyères et jusqu'au 1er novembre 2025 à Toulon
Plus d’informations sur le site de la villa Noailles
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