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Cultes ! 10 baigneurs et baigneuses incontournables de l’histoire de l’art, de Boucher à Niki de Saint Phalle

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Cet été, on plonge dans le grand bain de l’histoire de l’art ! Depuis l’Antiquité, baigneurs et baigneuses sont une source d’inspiration intarissable de création. De François Boucher à Paul Cezanne en passant par Suzanne Valadon, Beaux Arts décrypte dix œuvres ultra rafraîchissantes. À vos marques, prêts, plongez !

Des naïades pulpeuses de François Boucher aux pêcheurs musclés de Frédéric Bazille, en passant par les nus libérés de Suzanne Valadon, le thème du baigneur fait des vagues dans les musées ! Grande figure classique, ce motif inspire les artistes depuis l’Antiquité. Si le corps de ces baigneurs (et surtout baigneuses) incarne d’abord la représentation d’un idéal de beauté classique, il va se faire au fil des siècles le miroir des révolutions artistiques et sociétales du XXe siècle.

Entre canons de beauté mythologiques et réinterprétations féministes, partons à la rencontre des plus beaux baigneurs et baigneuses de l’histoire de l’art ! Une sélection à savourer sans modération, que vous soyez plutôt adeptes des bains de mer ou des bains de soleil.

La plus classique : Femmes au bain de Jean Mignon (1540)

Jean Mignon, Femmes au bain
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Jean Mignon, Femmes au bain, vers 1540

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Eau-forte • 37,2 × 49,1 cm • Coll. MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève • © Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève

Le bain rime aussi avec la toilette. Dans cette gravure de Jean Mignon intitulée Femmes au bain, un groupe de jeunes naïades aux courbes charnelles se prélassent dans un bassin qui ressemblerait aujourd’hui à la vaste piscine collective d’un riche appartement, à Fontainebleau. Des colonnes monumentales habillent la salle, et dévoilent des espaces plus exigus où les baigneuses se dévêtent. Ces dernières incarnent l’idéal féminin de l’époque, obéissant au canon de beauté des sculptures antiques. Représentée au centre de la gravure, la servante aux traits peu gracieux n’a, quant à elle, pas eu droit à ce traitement de faveur…

La plus mythologique : Diane sortant du bain de François Boucher (1742)

François Boucher, Diane sortant du bain
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François Boucher, Diane sortant du bain, 1742

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Huile sur toile • 57 × 73 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images

La belle Diane va-t-elle se jeter à l’eau ? Sans doute frileuse, elle n’y trempe d’un orteil sous le pinceau de François Boucher. Le peintre a conservé dans cette scène les attributs de la déesse : l’arc posé près du gibier et le carquois laissent ainsi deviner que la chasse fût bonne. Or ce thème mythologique est surtout l’occasion pour cette grande figure du rococo de célébrer la beauté de deux corps féminins, dont la peau nacrée accroche la lumière du jour. Celle-ci contraste avec la végétation dense et sombre, qui se dresse comme un paravent protégeant Diane et la jeune nymphe qui l’accompagne des regards indiscrets. À gauche pourtant, le chien semble sentir une présence… Celle du spectateur qui jouirait du caractère sensuel de la scène ?

La plus scandaleuse : Le pêcheur à l’épervier de Frédéric Bazille (1868)

Jean Frederic Bazille, Le Pêcheur à l’épervier
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Jean Frederic Bazille, Le Pêcheur à l’épervier, 1868

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La pêche est bonne

Des modèles plus vrais que nature ! Jugée indécente, cette toile de Frédéric Bazille fut refusée au Salon de 1869. Car, même si les scènes de pêche sont particulièrement appréciées au XIXe siècle, le réalisme cru avec lequel Frédéric Bazille a représenté ses modèles pose quant à lui problème. Entourés d’une végétation luxuriante, digne du jardin d’Éden, seul le filet de pêche, tout en transparence, indique la nature des activités de ces jeunes hommes… Un loisir qui, selon les autorités morales de l’époque, ne justifiait pas la nudité ! I. B.

Huile sur toile • 137,8 × 86,8 cm • Coll. Fondation Rau pour le Tiers-Monde, Zurich • © Lylho/Leemage

Le thermomètre grimpe avec Frédéric Bazille, qui représente deux jeunes hommes nus à la silhouette athlétique au bord d’un cours d’eau. Tournant le dos au spectateur, l’un d’eux est à l’affût du poisson. Ses muscles palpitent avec vigueur, prêts à lancer son filet. La posture de son camarade, occupé à enfiler sa chaussette, rappelle quant à elle celle du Tireur d’épines antique. Réalisée un an avant la célèbre Scène d’été, où de beaux jeunes hommes s’adonnent à des jeux dans l’eau, cette huile sur toile traduit déjà la fascination de Bazille pour le corps masculin. Refusée au Salon de 1869 en raison de son réalisme jugé indécent pour l’époque, l’œuvre éveillera chez Cezanne son intérêt pour le thème des baigneurs.

La plus emblématique : Les Grandes Baigneuses de Paul Cézanne (1895–1905)

Paul Cezanne, Les Grandes Baigneuses
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Paul Cezanne, Les Grandes Baigneuses, 1895–1905

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Huile sur toile • 129 × 196 cm • Coll. National Gallery, Londres • © Bridgeman Images

Baigneurs et baigneuses sont l’un des motifs favoris de Cezanne, qui en a représenté près de 200. L’artiste, considéré comme le père de l’art moderne, prend définitivement ses distances avec les sujets mythologiques des maîtres anciens. Ces Grandes Baigneuses ne sont pas faites de sang divin mais sont de simples mortelles. Sur la toile, leur corps dépourvu de sensualité se confond avec la nature aux tons bleus et verts, dont les lignes géométriques annoncent le cubisme. Une approche révolutionnaire qui inspirera les plus grands artistes du XXe siècle.

La plus féministe : Les Baigneuses de Suzanne Valadon (1923)

Suzanne Valadon, Les Baigneuses
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Suzanne Valadon, Les Baigneuses, 1923

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Huile sur toile • 117 × 89 cm • Coll. musée des Beaux-arts, Nantes

Une femme agenouillée coiffe son amie assise sur un tapis rouge écarlate, les mains autour des genoux. Le cadrage restreint révèle le caractère intime de la scène, un moment de confidence, de sororité peut-être ? Suzanne Valadon, ex-modèle de nombreux peintres de la bohème dans les années 1880 et rare artiste femme à vivre de son art, s’affranchit ici du regard masculin en privilégiant une approche franche et non sexualisée des corps. Ces Baigneuses ne sont pas des objets de désir passif mais incarnent la liberté, la force et la vitalité. La peintre donne littéralement chair à ses nus, utilisant une palette de couleurs intenses – rose, bleu, jaune, vert – dans une composition à la fois très libre et maîtrisée. Une lecture féministe du corps féminin.

La plus avant-gardiste : Piscine sur la Seine de Juliette Roche (vers 1930)

Juliette Roche, La Piscine sur Seine
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Juliette Roche, La Piscine sur Seine, vers 1930

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Huile sur carton • 62,5 × 85 cm • Coll. particulière

Les nageurs de la piscine Joséphine-Baker, amarrée à un quai parisien, n’ont rien à envier à ceux imaginés par Juliette Roche dans Piscine sur la Seine. Cet étonnant décor pour une scène de baignade témoigne du train de vie moderne et citadin revendiqué par cette artiste de la modernité, longtemps éclipsée par son mari, le peintre Albert Gleizes. Les corps longilignes ne sont pas sans rappeler les lignes hédonistes d’Henri Matisse dans La Danse et La Joie de vivre. Le ciel bleu tranche avec l’eau verte de la piscine, où une myriade de baigneurs et baigneuses nagent, jouent ou se prélassent dans une cacophonie joyeuse, rivalisant avec celle de la capitale. Une ode à la modernité ultra rafraîchissante !

La plus charnelle : Figures au bord de la mer de Pablo Picasso (1931)

Pablo Picasso, Figures au bord de la mer
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Pablo Picasso, Figures au bord de la mer, 1931

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Huile sur toile • 130 × 195 cm • Coll. musée National Picasso, Paris • © Succession Picasso 2025 / © Bridgeman Images

Quels sont ces deux monstres géométriques enchevêtrés au bord de la mer ? Cette composition abstraite, signée Pablo Picasso, représente en fait une étreinte amoureuse. Les deux corps morcelés se gratifient d’un baiser tandis que derrière eux l’horizon chavire, signe de leur passion. Datant de la période surréaliste du peintre (1924–1939), l’œuvre traduit son désir pour son amante Marie-Thérèse Walter, qu’il rencontre en 1926 alors qu’il vit encore avec sa femme Olga et leur fils Paulo. Sous l’influence d’André Breton, Picasso rejette le rationnel et crée des visions oniriques que le critique d’art Christian Zervos nommera « tableaux magiques » dès 1938.

La plus athlétique : Le Nageur d’Augustin Rouart (1943)

Augustin Rouart, Le Nageur
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Augustin Rouart, Le Nageur, 1943

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Tempera sur carton • 37 × 59 cm • Coll. Petit Palais – Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris • CC0 Paris Musées Collection / Photo Philippe Fuzeau

On prend une grande inspiration avec ce nageur de crawl en forme olympique ! L’athlète au bonnet de bain rouge fend l’eau comme un flèche, les muscles tendus. Cette tempera sur toile tout en courbes témoigne de l’influence de l’Art déco et des estampes japonaises sur l’œuvre d’Augustin Rouart, peintre affilié au réalisme magique et héritier de l’impressionnisme. Le cadrage serré focalise l’attention sur le corps ultra réaliste du sportif et la sensualité des vagues. Le sourcil froncé et la bouche entrouverte, il reprend sa respiration entre deux battements. Le mouvement ondoyant de l’eau fige la scène d’une manière poétique.

La plus joyeuse : Fontaine aux quatre nanas, Niki de Saint Phalle (1974–1991)

Niki de Saint-Phalle, Fontaine aux quatre nanas
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Niki de Saint-Phalle, Fontaine aux quatre nanas, 1974 – 1991

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Polyester peint • 225 × 225 × 55 cm • Coll. Mamac, Nice • Photo Muriel Anssens / Ville de Nice / © 2025 © Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris

Sacrées nanas ! Quatre amies aux maillots colorés barbotent joyeusement tandis que l’eau jaillit de leur bouche écarlate. Avec ces silhouettes dodues multicolores, qui rompent avec les injonctions patriarcales, Niki de Saint Phalle ne fait qu’une bouchée des clichés du nu féminin ! Dessinées, peintes, sculptées, les Nanas peuplent joyeusement l’œuvre de cette artiste qui n’a eu de cesse de revendiquer son engagement en faveur de l’émancipation des femmes. En témoigne cette fontaine aux héroïnes flamboyantes et libérées, dont on peut admirer les cousines à la fontaine Stravinsky, co-création de Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely située au pied du Centre Pompidou.

La plus engagée : Sun & Sea (Marina) de Rugilė Barzdžiukaitė, Vaiva Grainytė et Lina Lapelytè (2019)

Vaiva Grainytė, Lina Lapelytė, Rugilė Barzdžiukaitė, Sun & Sea (Marina)
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Vaiva Grainytė, Lina Lapelytė, Rugilė Barzdžiukaitė, Sun & Sea (Marina), 2019

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Opéra-performance pour 13 voix • Lyon d’or pour la Biennale d’art de Venise 2019 • CC BY 2.0 Jean-Pierre Dalbéra, Paris, France Wikipedia Common

Sable, serviettes colorées, transats, bikinis et ballons en plastique… Présenté lors de la Biennale de Venise en 2019 où il fut récompensé d’un Lion d’or, ce tableau vivant met en scène treize chanteurs lyriques déguisés en vacanciers dans un décor de carte postale. Mais peu à peu, la langueur de ces baigneurs laisse place à un sentiment d’angoisse. Réchauffement climatique, surtourisme… À la croisée de l’opéra pop et de l’action politique, cette performance révèle les inquiétudes des artistes lituaniennes Rugilė Barzdžiukaitė, Vaiva Grainytė et Lina Lapelytė face à un monde qui court à sa perte.

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