Spécial 40 ans

40 ans, 40 trésors des musées de France à voir (au moins) une fois dans sa vie

le 30 novembre 2023 à 15h11

À l’occasion de ses 40 ans, Beaux Arts Magazine met en lumière 40 œuvres des plus grands musées de France. 40 pépites de l’histoire de l’art allant de Georges de La Tour à Zanele Muholi, à découvrir sur les cimaises de Caen, Bordeaux, Avignon ou Clermont-Ferrand. Bon voyage !

Au musée de Picardie : un vieillard plus vif que jamais

Jean Honoré Fragonard, Tête de vieillard
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Jean Honoré Fragonard, Tête de vieillard, vers 1766

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huile sur toile • 54 × 45 cm • Coll. musée de Picardie, Amiens • © Bridgeman Images

La Tête de vieillard du musée de Picardie est l’un des exemples les plus aboutis de la virtuosité de Jean-Honoré Fragonard (1732–1806). C’est peu après son séjour à l’Académie de France à Rome (1755–1761) et son agrément à l’Académie royale (1765) que le jeune prodige peint cette tête d’expression. Sans identité précise, ce visage est un prétexte à mener un tour de force dans lequel le mimétisme se dissout dans le plaisir de peindre.

La touche est pleine d’agilité et de vigueur : lisse et liquide dans le costume, elle se fait dense et heurtée dans la chevelure et la barbe qu’elle semble sculpter. Les carnations sont rendues vivantes par des empâtements de blancs qui paraissent suinter comme une peau moite. Pour mieux rendre visible la touche picturale, la palette chromatique est délibérément restreinte au blanc, au beige et au rouge, accompagnés d’un discret bleu à la sonorité profonde. Bien plus que celle du vieillard, c’est la présence de Fragonard lui-même qui est rendue tangible à travers cette technique éblouissante qui laisse voir les artifices du peintre et qui témoigne, selon l’expression du XVIIIe siècle, de tout le « feu » qui anime l’artiste

Texte : musée de Picardie

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Musée de Picardie

Au musée des Beaux-Arts d’Arras : les ailes du désir

Deux anges dits Anges de Saudemont
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Deux anges dits Anges de Saudemont, dernier tiers du XIIIe siècle

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Bois polychrome, traces de dorure • H : 127 cm. H : 125 cm • Coll. musée des Beaux-Arts d’Arras

Un visage souriant aux traits fins, mis en valeur par les amples boucles de la chevelure, une silhouette allongée… : les Anges dits « de Saudemont » (du nom du village situé à une vingtaine de kilomètres d’Arras où ils furent conservés de 1816 jusqu’aux années 1980) sont caractéristiques de la diffusion du style gothique parisien en Artois à la fin du XIIIe siècle. Leur état de conservation exceptionnel permet de les considérer comme des œuvres majeures de la sculpture médiévale.

La torsion des corps, accentuée par les drapés aux plis saillants, donne l’illusion d’une conversation entre les figures. Cette animation était probablement bien plus sensible dans leur contexte original puisque ces anges appartenaient à un groupe de six figures surmontant des colonnettes situées sur le pourtour de l’autel majeur de la cathédrale Notre-Dame-en-Cité d’Arras. À l’origine, ces anges portaient les instruments de la Passion, dans leur main recouverte d’un linge.

Texte : musée des Beaux-Arts d’Arras

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Musée des Beaux-Arts d'Arras

Au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon : le plus mystérieux des Géricault

Théodore Géricault, Étude de toits éclairés par le soleil
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Théodore Géricault, Étude de toits éclairés par le soleil, vers 1817

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huile sur toile • 60 × 50,5 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon

C’est un petit tableau de Théodore Géricault (1791–1824) dont on ne sait presque rien. Non répertorié par Charles Clément, le biographe du peintre et auteur de son premier catalogue raisonné en 1868 — qui fait toujours autorité —, Étude de toits éclairés par le soleil pourrait être daté de 1817. Soit entre le retour de Rome en 1816 et l’aventure du Radeau de la Méduse en 1818.

On ignore même quel lieu il représente. Ce qui fascine dans ce paysage, c’est ce qu’il ouvre comme possibles : possible d’une peinture encore en gestation et brusquement interrompue, possible de la recherche qui, en retrouvant le site représenté, approchera les intentions du peintre, possible enfin du musée qui, grâce au legs de Jean Gigoux (1806–1894), peintre et collectionneur bisontin, possède une très jolie collection de Géricault qui invite à reconsidérer sa place dans la peinture du XIXe siècle.

Texte : musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon

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Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon

Au musée des Beaux-Arts de Dijon : en attendant la noce

Anonyme de l'École de Fontainebleau, Dame à sa toilette
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Anonyme de l’École de Fontainebleau, Dame à sa toilette, fin XVIe siècle

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huile sur toile • 105 × 76 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de Dijon • Photo François Jay

Par son sujet, son érotisme raffiné, son élégance recherchée et son contexte décoratif, la Dame à sa toilette est l’un des chefs-d’œuvre du musée des Beaux-Arts de Dijon. Le modèle est idéalisé selon le canon stéréotypé de l’époque : un corps sans taille, une poitrine haute, des bras musclés, un visage régulier et une coiffure agrémentée de perles. On trouve les antécédents de ce type de composition en Italie, où ont été peintes nombre de beautés nues ou au bain, sous les noms de Vénus, Diane ou Flore, la plus célèbre étant la Vénus d’Urbin de Titien en 1538. Les artistes bellifontains et leurs continuateurs jusqu’à la fin du XVIe siècle se sont inspirés de ces modèles.

Si des identifications flatteuses du modèle de la Dame à sa toilette de Dijon — elle passait pour être « le portrait de la belle Gabrielle », Gabrielle d’Estrées, qui fut la maîtresse d’Henri IV, ou celui de Diane de Poitiers, celle d’Henri II — sont aujourd’hui obsolètes, la charge symbolique du tableau reste indéniable et renvoie à une iconographie maritale entre la bague, le coffre — rappelant les cassoni italiens offerts en dot — et le décor de végétaux qui ornait souvent les intérieurs au moment des célébrations nuptiales.

Texte : musée des Beaux-Arts de Dijon 

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Musée des Beaux-Arts de Dijon

Au musée de l’École de Nancy : Gallé ou la vie en roses

Émile Gallé, Coupe Simon ou Roses de France
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Émile Gallé, Coupe Simon ou Roses de France, 1901

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Cristal double couche, inclusions de poudre, applications, marqueterie de verre, gravure à la roue et à l’acide • H : 44,7 cm • Coll. musée de l’Ecole de Nancy • © MEN / Photo Philippe Caron

À la fin du XIXe siècle, l’horticulture s’est particulièrement développée à Nancy. La ville devient alors célèbre pour ses horticulteurs qui inventèrent de nouvelles variétés végétales. Ce contexte explique la création de la Société centrale d’horticulture de Nancy en 1877, dont Émile Gallé (1846–1904) fut nommé secrétaire en raison de son intérêt et de ses parfaites connaissances des plantes et de la botanique. Cette importante coupe réalisée en deux parties, piédouche et vaisseau, d’une très grande qualité technique, a été offerte en 1901 par cette société, à son premier président honoraire, Léon Simon.

Le choix de la rose n’est pas anodin puisqu’il était un spécialiste de cette fleur. Plusieurs roses ornent le vaisseau et le piédouche de la coupe, gravées ou en application, et à différents stades de floraison : en bouton, à peine écloses, épanouies ou commençant à se faner. Cette évocation des différents « âges de la vie » est une constante dans l’œuvre verrière magistrale de Gallé. La rose a également été choisie pour sa valeur allégorique et symbolique, puisque l’essence représentée, la rosa gallica, est un symbole de Metz et de son lien avec la France

Texte : musée de l’École de Nancy

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Musée de l’École de Nancy

Au musée des Beaux-Arts de Nancy : le visage de l’automne selon Manet

Edouard Manet, L’Automne (Portrait de Méry Laurent)
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Edouard Manet, L’Automne (Portrait de Méry Laurent), 1882

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uile sur toile • 72 × 51,5 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de Nancy • © musée des Beaux-Arts, Nancy / Photo Pierre Mignot

Antonin Proust, éphémère ministre des Beaux-Arts de Gambetta (de novembre 1881 à janvier 1882), commande à son ami de collège, Édouard Manet (1832–1883), une série des « Saisons », que le peintre va illustrer par quatre portraits de femme. Une jeune actrice, Jeanne de Marsy, pose pour Le Printemps, une fille en costume de cavalière figure peut-être L’Eté, et Méry Laurent, demi-mondaine et complice de Manet, à la beauté mûre et à la flamboyante chevelure rousse, représente L’Automne, sur le fond audacieux d’un kimono japonais prêté par le commanditaire. Le tableau et la série demeurent inachevés à la mort de l’artiste.

La force de cette peinture naît du traitement a contrario de la tradition : ici, c’est le fond qui est puissamment décoratif tandis que la figure est classiquement cadrée. Ce nouvel équilibre entre figure et fond est un clin d’œil au japonisme que Manet connaît bien. À la vente après le décès de Manet en 1883, Méry Laurent achète son propre portrait. Elle le léguera par testament au musée de Nancy, sa ville natale, faisant ainsi entrer dans un musée hors de la capitale le premier tableau de Manet en 1905.

Texte : musée des Beaux-Arts de Nancy

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Musée des beaux-arts de Nancy

Au musée Lorrain à Nancy : dans le secret de la pénombre

Georges de La Tour, La Femme à la puce
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Georges de La Tour, La Femme à la puce, vers 1632– 1635

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huile sur toile • 121 × 89 cm • Coll. Palais des ducs de Lorraine – musée lorrain, Nancy • © PDL-ML. Photo Thomas Clot

Son sujet est encore mystérieux. La qualité de sa composition, sa lumière et ses coloris confinent à la méditation spirituelle. La Femme à la puce figure au nombre des plus grands chefs-d’œuvre de Georges de La Tour (1593– 1652). Que représente l’œuvre ? Marie Madeleine, la Vierge, une femme du monde surprise dans sa plus stricte intimité ou, au contraire, une servante avilie, usée par le service d’autrui ?

Le bracelet de jais qui entoure le poignet gauche du modèle, bijou de pauvre, plaide plutôt pour cette dernière hypothèse. La femme écrase une puce entre ses ongles, signe d’infinie misère. L’âpreté de ce sujet pourrait faire écho aux heures sombres que traverse la Lorraine au moment où de La Tour peint sa toile, vraisemblablement à la fin des années 1630, en pleine guerre de Trente Ans. Cette œuvre allie le réalisme cru du personnage féminin à une modernité plastique saisissante. N’est-ce pas la profondeur de l’âme humaine, dans son éclat et son dénuement, que Georges de La Tour a voulu représenter ?

Texte : musée Lorrain — Palais des Ducs de Lorraine

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Musée Lorrain - Palais des Ducs de Lorraine

Au Centre Pompidou-Metz : les demoiselles d’Avignon… de Marie Laurencin

Marie Laurencin, La Répétition
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Marie Laurencin, La Répétition, 1936

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huile sur toile • 120,5 × 120,5 cm • Coll. Centre Pompidou-Metz, Metz • © Bridgeman Images / © Adagp, Paris 2023

À première vue, rien ne distingue ce tableau d’une scène de genre ordinaire. Un groupe de jeunes femmes est réuni pour préparer un récital. L’une tient un livret de chant, une autre s’exerce à la guitare, tandis qu’une troisième esquisse un pas de danse, sous le regard de leurs compagnes restées assises. Sous une apparence légère, Marie Laurencin (1883–1956) y reformule pourtant Les Demoiselles d’Avignon (1907) de Pablo Picasso, l’une des œuvres fondatrices de l’art du XXe siècle.

Elle en reprend le rideau, qu’ouvre un des modèles, et le même nombre de figures assemblées selon une composition pyramidale, substituant à la nature morte d’origine un petit chien à la présence discrète. Le principe de redoublement est inhérent à l’œuvre, qui ne se contente pas de prendre la répétition pour sujet. Elle est aussi sa méthode, incarnée par la juxtaposition de visages parfaitement identiques.

Texte : Centre Pompidou-Metz

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Centre Pompidou - Metz

Au musée de la Cour d’Or à Metz : le fer ou les lettres ?

John Singer Sargent, Le Portrait du maître d’armes Arsène Vigeant
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John Singer Sargent, Le Portrait du maître d’armes Arsène Vigeant, 1885

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huile sur toile • 51 × 52 cm • Coll. musée de la Cour d’Or, Metz

Le Portrait du maître d’armes Arsène Vigeant par John Singer Sargent (1856–1925) témoigne des liens forts tissés entre l’artiste et son modèle. Le jeune peintre américain, qui vécut longtemps en Europe, fréquentait assidûment la salle dans laquelle ce professeur réputé enseignait l’escrime à la bonne société parisienne jusqu’au début des années 1880.

Les deux hommes se lièrent bientôt d’amitié et Sargent offrit à Vigeant ce portrait le figurant en homme de culture entouré d’ouvrages et d’œuvres d’art, reléguant l’épée à l’arrière-plan, appuyée contre le mur. Né à Metz en 1844, Vigeant conserva l’œuvre toute sa vie avant de la léguer par testament à sa ville natale, à la condition expresse qu’elle soit redevenue française. Deux ans après son décès, à l’issue de la Première Guerre mondiale, l’Alsace et la Moselle, rattachées à l’Allemagne depuis la guerre de 1870, revinrent à la France. La toile entra au musée quelques années plus tard, en 1920.

Texte : musée de la Cour D’Or

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Musée de la Cour d’Or

À La Piscine de Roubaix : toute la sensibilité de Camille Claudel

Camille Claudel, La Petite châtelaine
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Camille Claudel, La Petite châtelaine, 1895–1896

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marbre • 44,2 × 36 cm • Coll. La Piscine – musée d’art et d’industrie André Diligent de Roubaix • © Alain Leprince

Il est l’indéniable « Joconde » du musée La Piscine de Roubaix. Réalisé par Camille Claudel (1864–1943), le marbre de La Petite Châtelaine est un marqueur essentiel de sa carrière et de son style. Il s’inscrit dans une suite de bustes d’enfants qui furent une référence pour la notoriété de l’artiste et qu’il domine par son ambition et sa présence. Camille Claudel y joue habilement entre une référence au modèle des bustes reliquaires de la Renaissance italienne que lui avait sans doute présenté Alfred Boucher, son premier maître, et des lignes souples qui annoncent l’Art nouveau à venir.

La Petite Châtelaine de Roubaix s’affirme par ailleurs comme une tentative très précoce de taille directe de la matière, à l’inverse de la pratique du modelage de son maître Rodin. Taille directe qui, au début du XXe siècle, sera valorisée comme une garantie de sculpture originale.

Texte : La Piscine de Roubaix

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La Piscine - Roubaix

Au musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg : une introspection taillée dans le grès

Nicolas Gerhaert de Leyde, Buste d’homme accoudé
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Nicolas Gerhaert de Leyde, Buste d’homme accoudé, avant 1467

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grès rose • H : 44 cm • Coll. musée de l’Œuvre-Notre-Dame, Strasbourg • Photo musées de Strasbourg / Mathieu Bertola

L’homme aux yeux clos, menton appuyé sur la paume de sa main droite, semble perdu dans une intense méditation. Ce Buste d’homme accoudé de Nicolas Gerhaert de Leyde (vers 1430–1473), sa création la plus personnelle, est considérée comme un chef-d’œuvre de celui qui fut l’un des plus grands sculpteurs de la fin du Moyen Âge. Le mouvement des deux bras repliés l’un au-dessus de l’autre, amplifié par l’inclinaison très appuyée de la tête, crée une composition en spirale qui souligne la tension intérieure du sujet. Le fin tracé des rides, comme les veines saillantes sous la peau et le plissement des chairs sous la pression des doigts, renforce encore l’illusionnisme de ce buste. On a parfois voulu y voir un autoportrait de l’artiste en proie à une profonde mélancolie.

Texte : musée de l’Œuvre Notre-Dame

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Musée de l'Œuvre-Notre-Dame

Au musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg : un sourire militant et plein d’espoir

John Hanning, I Survived Aids
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John Hanning, I Survived Aids, 2013

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Affiche, collage digital • 60,96 × 45,72 cm • Coll. MAMACS, Strasbourg • © musées de Strasbourg / © John Hanning

Le sourire d’un gamin radieux accompagné de trois mots : « I survived AIDS ». Ce jeune garçon, ce survivant, c’est l’artiste lui-même, l’Américain John Hanning, aujourd’hui âgé de 62 ans. L’œuvre a rejoint la collection du musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg en 2023, à la faveur de l’exposition « Aux temps du sida. Œuvres, récits et entrelacs ». Elle fait partie d’une série de portraits de l’artiste à différents âges de l’enfance, toujours avec la même mention faisant état de sa victoire sur l’annonce d’un diagnostic qui sonnait encore comme une condamnation à mort en 1995, peu avant l’arrivée des trithérapies. Vraie célébration de la vie sur la mort, œuvre manifeste, I Survived AIDS nous rappelle que le sida nous concerne toutes et tous aujourd’hui encore.

Texte : musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg

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Musée d'Art moderne et contemporain - Strasbourg

Au musée des Beaux-Arts de Strasbourg : un monument de sainteté

Simon Vouet, Martyre de sainte Catherine
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Simon Vouet, Martyre de sainte Catherine, vers 1620

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huile sur toile • 173 × 115,5 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts de Strasbourg • © Musées de Strasbourg / Mathieu Bertola

Jamais un non-italien n’avait eu l’honneur d’être élu à la tête de l’Académie de Saint-Luc, célèbre corporation des peintres de Rome ! Lui y est parvenu, en 1624. Le Parisien Simon Vouet (1590–1649) est sans conteste l’une des figures majeures de l’art européen du XVIIe siècle, et séjourna longuement dans la ville éternelle (1613–1627). Rappelé à Paris par le roi Louis XIII, son retour initia une véritable renaissance de la peinture dans la capitale. Ce monumental Martyre de sainte Catherine, peint lors du séjour romain, croise la dramaturgie du caravagisme (notamment dans la figure renversée de l’ange) et la grande manière des maîtres de l’école de Bologne (Guido Reni et Guerchin). Signe de son importance, cette peinture a été transcrite en gravure dès 1625 sous le contrôle de l’artiste. Le Martyre de sainte Catherine est entré dans les collections du musée en 2019, pour répondre au Loth et ses filles (1633), chef-d’œuvre parisien de Vouet déjà conservé par le musée.

Texte : musée des Beaux-Arts de Strasbourg

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Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

Au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Troyes : Dresde, éternelle ville martyre

Bernardo Bellotto, Ruines des faubourgs de Dresde, près de Pirna
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Bernardo Bellotto, Ruines des faubourgs de Dresde, près de Pirna, entre 1761 et 1764

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huile sur toile • 80 × 112 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de Troyes

Ce tableau est l’une des rares œuvres de Bernardo Bellotto (1721–1780) appartenant aux collections françaises. Il est aussi l’une des premières peintures de l’histoire à représenter des ruines de guerre et non des ruines de fantaisie (composées par les peintres à partir de vestiges de l’Antiquité gréco-romaine). Dresde, en Saxe, fut touchée à plusieurs reprises lors de la guerre de Sept Ans, vaste conflit européen qui opposa, de 1756 à 1763, l’Angleterre et la Prusse à la France, l’Autriche, la Russie, la Suède, l’Espagne et des princes allemands. Le faubourg de Pirna est incendié en 1758 et bombardé par les Prussiens en 1760.

Bellotto, ayant installé son domicile dans ce quartier après avoir été appelé d’Italie en Saxe par le prince-électeur Auguste III, a sans doute été directement touché par ce drame. Comme son oncle Canaletto, Bellotto s’est rendu célèbre par ses paysages urbains ou vedute, souvent de Venise, où les bâtiments et personnages sont dépeints avec netteté, grâce à des ombres très creusées, traitées comme des cernes noirs. Ici, Bellotto applique ce même principe à ce tableau, pourtant tragique.

Texte : musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Troyes

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Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Troyes

Au LAM de Villeneuve d’Ascq : un lumineux visage

Élise Müller (dite Hélène Smith), La Fille de Jaïrus
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Élise Müller (dite Hélène Smith), La Fille de Jaïrus, 1913

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huile sur toile marouflée sur bois • 51,6 × 42 × 1,9 cm • Coll. & © LaM, Villeneuve d’Ascq

En février 1892, Élise Müller (1861–1929) assiste à une réunion spirite à Genève au cours de laquelle est révélé son don de médium. Guidée par les esprits, elle raconte ses vies antérieures et, à partir de 1894, ses voyages sur Mars en parlant martien et en dessinant. Elle éveille l’intérêt du Dr Théodore Flournoy qui lui consacre un ouvrage en 1900, Des Indes à la planète Mars, en lui donnant le surnom d’Hélène Smith. Peu après, Élise Müller quitte les cercles spirites et, de 1905 à 1915, peint une dizaine d’œuvres mystiques qui ont pour la plupart disparu. La Fille de Jaïrus est peinte aux doigts, en état d’hypnose ; les yeux ont été tracés en premier, puis la bouche, les oreilles, l’ovale du visage, les épaules, avant de terminer par le nez, les cheveux, la tunique et les fleurs. Les yeux bleus grands ouverts de la jeune fille nous dévisagent comme ils ont dévisagé le Christ venu la rappeler du monde des morts et la réveiller. Que l’on soit croyant ou non, il émane de cette peinture une sérénité bienvenue en ces temps troublés.

Texte : LaM 

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LaM

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