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Marina Abramović, Portrait With Scorpion (Open Eyes), 2005
Photographie en noir et blanc • © Marina Abramović © Adagp, Paris 2025
Chiens, chats, singes, araignées, mouches, scorpions, ou même centaures et minotaures : un formidable bestiaire a envahi le Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la culture qui, à l’occasion de l’exposition « Animal !? », prend des allures d’arche de Noé ! Pensé par le commissaire Christian Alandete, directeur scientifique à la galerie Mennour, ce parcours traverse toute l’histoire de l’art et entend déconstruire le rapport souvent conflictuel entre nature et culture en 150 œuvres.
Ponctué de prestigieux prêts, provenant notamment du musée d’Orsay (qui a pour l’occasion laissé filer La Petite Danseuse de quatorze ans d’Edgar Degas), du Centre Pompidou ou encore de la Tate, il fait cohabiter une grande variété de médiums – peinture, sculpture, photographie et même cinéma – et rassemble des chefs-d’œuvre signés Henri Matisse, Rosa Bonheur, Alberto Giacometti, Germaine Richier avec de grands noms de l’art contemporain – Marina Abramović, Annette Messager, Louise Bourgeois, Joseph Beuys… Absolument vertigineux, ce panorama s’autorise aussi un détour par les réseaux sociaux sur lesquels pullulent les vidéos d’animaux, qui inspirent aux internautes toutes sortes de mèmes viraux.
Alexandre-François Desportes, Combat d’animaux, avant 1739
Huile sur toile • 369 × 385 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts de Reims • © Christophe Fouin
Premier motif de l’histoire de l’art, les animaux ornaient déjà les parois des grottes de nos lointains ancêtres. C’est donc peu dire qu’ils ont, depuis la nuit des temps, peuplé nos imaginaires et nourri les mythes les plus anciens – à commencer par celui qui ouvre l’exposition : le jardin d’Éden, ici évoqué par une immense toile du peintre animalier Alexandre-François Desportes (1661–1743) figurant un féroce combat d’animaux. Une représentation tout sauf idyllique, qui se situe à mille lieues de l’image d’Épinal de ce paradis originel.
Lucien Métivet d’après les dessins de Charles Le Brun, La physionomie humaine comparée à la physionomie des animaux, Édition H. Laurens, Paris, 1917
© Charles Le Brun / © Édition H. Laurens
L’œuvre de Desportes témoigne d’emblée d’un préjugé tenace en Occident, qui associe la nature à un espace dominé par la violence, à l’opposé même de l’idée de civilisation capable de la domestiquer et d’annihiler toute tentation du sauvage. En témoigne dans l’exposition le mythe de l’« enfant sauvage » apparu avec la découverte en 1800 de Victor de l’Aveyron, un enfant vivant seul dans la nature, qui a inspiré à François Truffaut un film sorti en 1970. En raison de ses comportements jugés instinctifs, il se trouve rejeté par la société qui voit en lui une bête sauvage.
Au fil du parcours, l’exposition montre, au travers d’extraits d’Elephant Man de David Lynch ou de planches figurant une femme atteinte d’hirsutisme à la Renaissance, que des métaphores avec le monde animal ont été au fil des siècles mobilisées pour qualifier tout ce (et ceux) qui alors repoussent, et que l’on n’hésite pas à qualifier de monstrueux : la différence, le handicap physique ou mental. Ainsi, au XIXe siècle, une pseudo-science comme la physiognomonie a non seulement conduit à comparer des individus à des animaux mais a aussi servi à construire des hiérarchies raciales légitimant l’esclavage.
Pierre Bonnard, Intérieur, 1920
Huile sur toile • 53 × 57 cm • Coll. Musée D’Orsay • © GrandPalaisRmn Presse (musée D’Orsay) / © Hervé Lewandowski
Alors qu’au XIXe siècle la peinture animalière s’impose définitivement comme un genre académique à part entière, les animaux – plus particulièrement les chiens et les chats – se font peu à peu une place de choix dans la sphère de l’intime et donnent lieu à de touchantes représentations, à l’image de la Femme au chien (vers 1920) de Pierre Bonnard. Le peintre, véritable amoureux des bêtes, était particulièrement mordu de teckels, tout comme David Hockney.
Qui de l’homme ou de l’animal singe l’autre ? Une section de l’exposition interroge frontalement le visiteur : l’animal peut-il créer comme un artiste ? On y retrouve l’âne Lolo et son fameux Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique, exposé comme une toile de maître de la modernité sous le pseudonyme de Joachim-Raphaël Boronali au Salon des indépendants de 1910. Un épisode cocasse considéré comme l’un des canulars les plus fameux de l’histoire de l’art. À ses côtés est présenté le cas du chimpanzé Congo, auteur de 400 œuvres entre 1956 et 1964 ; il fait face au Singe peintre de Chardin (1739–1740) qui, vêtu de luxueux habits d’aristocrate, singe la pose de l’artiste à son chevalet dans la pure veine des singeries, particulièrement en vogue au XVIIIe siècle.
Louise Bourgeois, Spider, 1994
Bronze et acier • © Ron Amstutz / © The Easton Foundation, Adagp Paris 2025
Femme cheval, singe peintre… Traversée par la notion d’hybridité, l’exposition est peuplée de créatures légendaires, mi-humaines, mi-animales, telles que le majestueux Centaure mourant, chef-d’œuvre d’Antoine Bourdelle (1911–1914). Il côtoie ici la figure du Minotaure – qui a donné son nom à la revue des avant-gardes fondée par Albert Skira en 1933 et a inspiré de nombreux dessins à Pablo Picasso –, celle aussi de Leda et le cygne ou encore celle d’Arachné, évoquée par une monumentale araignée de Louise Bourgeois. De métamorphoses en hybridations, le parcours s’achève avec un bronze de Kiki Smith à la poésie touchante figurant l’artiste née des entrailles d’une biche. Une réinterprétation du mythe de la création tout en subtilité, qui redonne à Dame Nature les pleins pouvoirs sur la vie.
Animal !?
Du 14 juin 2025 au 2 novembre 2025
Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture • Rue de la Fontaine Blanche • 29800 Landerneau
www.fonds-culturel-leclerc.fr
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