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Jean-Philippe Delhomme d'après Goya, Portrait de la comtesse del Carpio, marquise de la Solana, 2025
Huile sur toile • 146 × 97 cm • © Centre pompidou Metz
Jeff Koons, Claire Tabouret, Laurent Grasso, Miquel Barceló, Nina Childress, Julien Creuzet… Ils sont 100, de toutes générations et de tous horizons, peintres pour beaucoup, mais pas seulement puisqu’ils s’expriment aussi par le dessin, la vidéo, la sculpture, le vêtement.
S’ils ont fait le voyage jusqu’à Metz, c’est parce qu’ils ont répondu à une invitation adressée plusieurs mois auparavant : « À partir de l’œuvre de votre choix conservée parmi les collections du musée du Louvre, imaginez sa copie. » À l’original, préférez les copistes ! Ce thème, assez inédit, est au cœur de la dernière exposition du Centre Pompidou-Metz, qui propose de revisiter le geste ancestral de la copie à l’aune de la création contemporaine.
Jeff Koons, (Sleeping Hermaphrodite) Gazing Balls, 2025
Plâtre et verre • 60,6 × 179,5 × 100,3 cm • © Jeff Koons
« Un copiste n’est pas un copieur. »
Donatien Grau
Passage obligé dans la formation artistique de tout peintre en devenir, la copie est une pratique presque sacrée dans l’histoire de l’art. Une initiation par l’imitation des grands maîtres, aussi vieille que le musée du Louvre, où la création d’un bureau des copistes est concomitante de la naissance de l’institution en 1793. En copiant, on comprend une technique et par là même, on perfectionne son propre geste.
Nina Childress, Pascale after Vernet, 2025
Huile sur toile • 113 × 82 cm • © Adapg, Paris, 2025 / © Romain Darnaud
Pour autant, « un copiste n’est pas un copieur », prévient Donatien Grau, conseiller pour les programmes contemporains du musée du Louvre, qui a travaillé avec Chiara Parisi, directrice du Centre Pompidou-Metz, pour monter cette exposition. « Au-delà de la simple reproduction, abonde l’historienne de l’art italienne, la copie sert de tremplin à la créativité de générations d’artistes, de l’atelier de la Renaissance aux académies du XIXe siècle. »
Dévalorisée, déclassée pendant des décennies par l’art moderne au XXe siècle, ayant fait de l’originalité un dogme, la copie retrouve désormais ses lettres de noblesse. « L’argument suivant lequel la copie s’oppose à la création est un peu usé, et surtout, idéologique : il n’est pas porté du côté des artistes, qui est le côté où nous nous plaçons », affirment les deux commissaires du parcours dont les cimaises autoportantes s’inspirent du travail de Carlo Scarpa (1906–1978). Mieux que nul autre architecte, il avait « compris que l’art du passé méritait d’être traité avec un soin lui aussi particulier, d’être théâtralisé… »
Georges Adéagbo, Louvre Remix (detail), 2025
Collage des plusieurs peintures acryliques sur toiles, fil à broder doré, différents bijoux, masques, statuettes de la République du Bénin, livres • Dimensions variables • © Courtesy de Georges Adéagbo and Mennour, Paris Photo / © Archives Mennour, Paris
Ils ont copié, et pourtant personne ici n’a fait la même chose que son voisin. Plutôt que capter le visage le plus célèbre de l’histoire de l’art, l’Américain Glenn Ligon a opté pour l’envers de la Joconde de Léonard de Vinci (1503–1519). Manière d’inverser les regards, quand Thomas Lévy-Lasne a préféré, dans une mise en abyme, réorienter notre œil sur une visiteuse contemporaine, une banquière en crop-top et jean, en train d’observer le Portrait de monsieur Bertin par Ingres (1832).
Copier, aujourd’hui, n’est plus seulement répéter, c’est aussi transformer, commenter, et parfois même contester.
En copiant, les artistes contemporains cherchent à interroger le patrimoine, à dialoguer avec lui, parfois à le transformer. Il faudra lire entre les lignes de la copie d’Agnès Thurnauer entrelaçant le texte féministe Les Guérillères (1969) de Monique Wittig à La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix (1830). Le peintre romantique est aussi le maître de Djamel Tatah qui offre à la Jeune Orpheline au cimetière (1824), un chef-d’œuvre de jeunesse, une résonance tragique. Un peu plus loin, l’artiste orientaliste fait partie des collages du Louvre Remix du Béninois Georges Adéagbo croisant également le Portrait de Madeleine par Marie-Guillemine Benoist (1800). Copier, aujourd’hui, n’est plus seulement répéter, c’est aussi transformer, commenter, et parfois même contester.
Djamel Tatah, Sans titre, 2025
Huile et cire sur toile • 200 × 220 × 5 cm • © Adagp, Paris, 2025 / Studio Djmael Tatah / © Franck Couvreur
De réinterprétations en détournements, il est question dans « Copistes » d’authenticité, de mémoire et de transmission. Dans sa copie ciselée et délicatement veloutée de la Nature morte aux pêches et aux prunes (vers 1634) de la peintre de genre Louise Moillon, Anna Weyant a choisi de rendre hommage à l’une des rares femmes exposées au Louvre. Le geste de copier, loin d’être figé, révèle un positionnement, une manière de s’inscrire dans l’histoire vivante de l’art.
Copistes
Du 14 juin 2025 au 12 février 2026
Centre Pompidou-Metz • 1 Parvis des Droits de l'Homme • 57020 Metz
www.centrepompidou-metz.fr
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