Rendez-vous populaire incontournable, la Fête de la musique rassemble tous les 21 juin dans toute la France une foule de musiciens et de mélomanes. Cette année encore, les musées seront de la partie : au musée Guimet, rendez-vous à 14h30 pour un « Un voyage en Accordéonistan », puis à l’Institut du monde arabe, où Ibrahim Maalouf fera résonner sa trompette, tandis que le musée Jean-Jacques Henner accueillera un concert de musique classique.
Si braver la foule ne vous enchante guère, vous pouvez aussi célébrer la musique à la maison avec notre playlist concoctée spécialement pour l’occasion ! D’hymnes pop en symphonies, elle rassemble une dizaine de titres inspirés des plus célèbres œuvres de l’histoire de l’art. En avant la musique !
Frida Kahlo, Viva la vida, 1954
Huile sur masonite • 52 × 72 cm • Coll. Museo Frida Kahlo, Mexico • © 2024 Banco de México Diego Rivera Frida Kahlo Museums Trust, Mexico, D.F. / Adagp, Paris
Quand l’un des plus célèbres groupes de pop de la planète rencontre un monument de l’histoire de l’art, le succès mondial est assuré ! Lors d’une tournée au Mexique, Chris Martin (né en 1977), leader de Coldplay, visite la célèbre Casa Azul, mythique maison bleue où la peintre Frida Kahlo (1907–1954) a passé toute sa vie. Il remarque alors une nature morte colorée figurant des pastèques et intitulée Viva la vida – un titre poignant, tant l’existence de l’artiste au corps furieusement abîmé par des drames (la polio puis un terrible accident de bus) fut traversée par la souffrance et hanté par la mort. C’est en hommage à cette icône de courage et de résilience que Chris Martin a composé le titre Viva la vida, un hymne à la vie baroque et puissant qui donne aussi son nom à l’album sorti en 2008, sur la pochette duquel figure une autre icône révolutionnaire de l’art : La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix. I.B.
Matthias Grünewald, Le Retable d’Issenheim (détail La Nativité, panneau central), 1512–1516
tempera et huile sur bois de tilleul • 269 × 307 cm • Coll. & © musée Unterlinden, Colmar
Dans la vie tumultueuse du peintre Matthias Grünewald (1475–1528) et dans son œuvre habitée par la douleur, le compositeur allemand Paul Hindemith (1895–1963) trouve un écho à son propre destin. En 1935, affligé par la montée du régime nazi, il compose un opéra intitulé Mathis der Maler (« Mathis le peintre »), en l’honneur du maître et de son grand œuvre : le Retable d’Issenheim. En résulte une merveilleuse symphonie en trois mouvements qui reprend trois panneaux de ce fameux polyptyque destiné aux malades du « feu de saint Antoine ». Mais comme attendu, le pouvoir nazi interdira toute représentation de l’opéra… ce qui n’empêchera pas le musicien de le présenter à Zurich, en 1938 ! A.A.
Jérôme Bosch, La Nef des fous, vers 1500–1510
Huile sur bois • 58 × 32,5 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
En 1963, Jim Morrison (1943–1971) n’est pas encore le charismatique (et torturé) leader des Doors mais un simple étudiant lorsqu’il se passionne pour Jérôme Bosch (1450–1516). Au point de rédiger un mémoire entier sur le peintre flamand et sa possible appartenance à une secte libertaire, les adamites. Quelques années plus tard, paraît, sur le cinquième album des Doors (Morrison Hotel), le titre « Ship of Fools » – une référence directe à La Nef des fous, une huile sur toile attribuée à l’artiste figurant une bande de joyeux lurons avinés sur un bateau à la dérive. Portée par la voix aux accents incantatoires de Morrison et les accords entêtants de l’organiste virtuose du groupe, Ray Manzarek, cette chanson faussement paillarde retranscrit admirablement l’univers singulier du célèbre « faiseur de diables ». I.B.
Léonard de Vinci, La Joconde, vers 1503–1519
Huile sur bois • 77 × 53 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
« Pour me voir, on fait la ronde. Et moi, faut que je me morfonde, la Joconde, la Joconde. » En 1958, l’interprète Barbara (1930–1997) incarne de sa voix éclatante le portrait peint par Léonard de Vinci (1452–1519) dans une chanson pleine d’empathie, dénonçant la foule de visiteurs qui l’assaille chaque jour de commentaires futiles. Si l’immuable sourire de Mona Lisa y est célébré, il sera maudit presque vingt ans plus tard par l’indiscipliné Serge Gainsbourg (1928–1991), qui le qualifiera de « rictus immonde » dans Trois millions de Joconde. C’est donc sur un rythme funk et délicieusement pop, que le compositeur prononcera ces quelques mots : « Et chaque matin j’emmerde son sourire ambigu. » Tout est dit. A.A.
Vincent Van Gogh, La Nuit étoilée, 1889
Huile sur toile • 73 × 92 cm • Coll. Museum of Modern Art, New-York • © Luisa Ricciarini / Leemage
Un rythme qui ondule et tourbillonne, de puissantes bourrasques traversant un paysage nocturne… Timbres, espace, mouvement d’Henri Dutilleux (1916–2013) est une ode à la Nuit étoilée, chef-d’œuvre du maître hollandais Vincent van Gogh (1853–1890), exécuté en 1889 alors que le peintre réside à l’asile du monastère Saint-Paul-de-Mausole, en Provence. De ce ciel illuminé par des étoiles flamboyantes qui semblent virevolter, Dutilleux parvient à retranscrire « l’effet de tournoiement quasi cosmique qui s’en dégage », grâce à un orchestre dépourvu de cordes aigües. Sensationnel !
Le chef-d’œuvre de Van Gogh a aussi inspiré la chanson populaire. En 1971, le chanteur américain Don McLean (né en 1945) lui consacre la chanson « Vincent » – une ballade délicate sortie sur son album American Pie et reprise avec brio en 2018 par le musicien britannique James Blake. Bouleversante, cette envoûtante version piano-voix pousse à son paroxysme la mélancolie de l’air de McLean et tutoie les étoiles… I.B.
Ugo Rondinone, Dog Days Are Over, 1998
Néon, perspex, film transparent, aluminium • 770 × 330 × 10 cm • Coll. Tate, Londres
Star de l’art contemporain, Ugo Rondinone (né en 1964) s’est notamment fait connaître pour ses œuvres monumentales (comme Seven Magic Mountains, dans le désert du Nevada) et ses installations lumineuses de proverbes colorés. C’est l’un d’eux qui a inspiré à Florence and The Machine l’un de ses premiers tubes. Alors qu’elle se rendait chaque jour dans le centre de Londres, la chanteuse passait à vélo non loin de la Hayward Gallery, à l’extérieur de laquelle était installée une œuvre d’Ugo Rondinone : Dog Days Are Over (signifiant littéralement « les jours difficiles sont terminés »). Heureux hasard, la chanson éponyme de Florence Welch (née en 1986), enregistrée dans des conditions précaires (dans une salle de bain !), lui a ouvert grand les portes du succès ! I.B.
Georges Seurat, Un Dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, 1884–1886
Huile sur toile • 225 × 340 cm • Coll. Art Institute, Chicago
C’est en observant une reproduction d’Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884–1886) et en se questionnant sur les regards des personnages qui ne se croisent jamais, que James Lapine et Stephen Sondheim (nés en 1949 et en 1930) décident de créer une comédie musicale autour du chef-d’œuvre de Georges Seurat conservé à l’Art Institute de Chicago. L’histoire ? Un artiste conceptuel américain, arrière-petit-fils du peintre, décide de rendre hommage à son ancêtre dans le musée où est exposé son tableau. Sunday in the Park with George voit le jour en 1984, pile un siècle après la réalisation de la toile. Un spectacle qui incarne à merveille les principes du divisionnisme, grâce au rythme saccadé et à l’instrumentation finement choisie… A.A.
Arnold Böcklin, L’Île des morts, 1880
huile sur toile • 110,9 × 156,4,cm • Coll. Kunstmuseum, Bâle • © Birdgeman Images
Il a envoûté Salvador Dalí et Martin Scorsese, et surtout, le compositeur russe Sergueï Rachmaninov (1873–1943)… L’Île des morts, fascinant tableau du peintre suisse Arnold Böcklin (1827–1901), achevé en 1886, est une source d’inspiration inépuisable, tant par son sujet funèbre que par son traitement au fort pouvoir onirique. Pour son poème symphonique du même nom, Rachmaninov a cherché à retranscrire l’angoisse de ce mausolée flottant sur l’eau, vers lequel se dirige en barque un défunt enveloppé dans son linceul… Une traversée effrayante tapissée de sons graves, dramatisée par des cuivres et des percussions : terrifiant ! A.A.
Salvador Dalí, Le Téléphone aphrodisiaque, 1938
Acier, plâtre, caoutchouc, résine et papier • 17,8 × 33 × 17,8 cm • Coll. Tate, Londres
Un vieux téléphone surmonté d’un homard : objet surréaliste par excellence, le Téléphone aphrodisiaque de Salvador Dalí (1904–1989) a fait sa première apparition en 1938, lors de l’exposition internationale du surréalisme (qu’un critique comparera à « un salon d’art dans un asile d’aliénés »). Produite en plusieurs exemplaires, l’œuvre a aussi inspiré à son créateur une robe homard pour la créatrice de mode Elsa Schiaparelli. Aujourd’hui, c’est la DJ sud-coréenne Peggy Gou (née en 1991), nouvelle sensation de l’électro installée à Berlin, qui affiche fièrement l’héritage du surréaliste. En témoigne Lobster telephone, référence directe à Dalí qui figure sur son premier album tout juste paru. Sur Instagram, la musicienne pousse le pastiche en posant avec son smartphone habillé d’une coque en forme de homard. Dalí aurait sans doute liké ! I.B.
Édouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1863
Huile sur toile • 208 × 264,5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris
Plus qu’une chanson en l’honneur du chef-d’œuvre d’Édouard Manet (1832–1883), le « Déjeuner sur l’herbe » de Claude Nougaro (1929–2004) est un hymne à la peinture impressionniste : « À se croire dans un tableau d’Auguste Renoir » ; « On repart à Toulouse-Lautrec »… En 1998, le chanteur et amateur de jazz décrit un pique-nique alcoolisé et gourmand, égayé de percussions et de longues notes au saxophone. Et rien ne lui échappe, pas même le petit oiseau volant au-dessus des personnages dans le tableau peint en 1863 : « Pour l’oiseau laissons les gâteaux secs. C’est parfait. » Un morceau de poésie très entraînant !
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