Vue du Sacré Coeur et du quartier Montmartre à Paris
© Jon Arnold Images/ Hemis
Dès les années 1850, l’avant-garde artistique écrit quelques-unes de ses plus belles pages sur cette colline bucolique au nord de Paris. Montmartre est alors un village animé par des bals populaires, des cafés-concerts, des guinguettes, des cabarets et des cirques, offrant aux peintres une multitude de scènes de la vie moderne et anti-bourgeoise — celle de la bohème.
Ce cadre, à la fois festif et marginal, inspire une jeune génération désireuse de rompre avec les conventions, qui vient profiter aussi des débits de boissons bon marché et des loyers abordables. Auguste Renoir y peint en 1876 un chef-d’œuvre qui témoigne de cette effervescence : Le Bal du moulin de la Galette. À sa suite, se succéderont Vincent van Gogh, croquant le maquis, Henri de Toulouse-Lautrec, prince des nuits chaudes de la butte, Paul Gauguin et Pablo Picasso, qui posent leurs pinceaux au mythique Bateau-Lavoir….
Auguste Renoir, Bal du moulin de la Galette, 1876
Huile sur toile • 131,5 × 176,5 cm • Coll. Musee d’Orsay, Paris • © Photo Josse / Bridgeman Images
Montmartre devient un foyer de création unique de l’impressionnisme, du fauvisme et du cubisme, attirant les artistes de toute l’Europe. L’une des adresses phares : le 12 rue Cortot, qui voit défiler entre ses murs Maximilien Luce, Raoul Dufy, Émile Bernard, et surtout le peintre Maurice Utrillo et sa mère, Suzanne Valadon, dont on peut encore aujourd’hui visiter l’atelier reconstitué au musée de Montmartre, qui occupe désormais les lieux.
La colline, rattachée à la capitale en 1860, est à la fin du XIXe siècle couverte de champs et parsemée de moulins et de baraques de fortune. Il faut alors traverser des champs agricoles pour se rendre de la butte à l’actuel quartier de Barbès-Rochechouart. Les rues, quant à elles, sont placardées d’affiches publicitaires bariolées signées par les maîtres du genre, tels Jules Chéret, Toulouse-Lautrec, Pierre Bonnard…
Vincent Van Gogh, Jardins potagers à Montmartre : la Butte Montmartre, 1887
huile sur toile • Stedelijk Museum, Amsterdam
C’est ici qu’éclate en 1871 la Commune, faisant de nombreuses victimes parmi les Montmartrois qui se soulèvent. La basilique du Sacré-Cœur édifiée entre 1875 et 1923, ainsi que le percement de la très chic avenue Junot à la place du maquis, entre 1910 et 1912, changera ensuite définitivement l’aspect de Montmartre, et sa population.
La butte a toutefois conservé sa popularité, puisque 22,6 millions de touristes la foulent tous les ans, s’exclamant devant ses moulins et ses ruelles pittoresques – au risque de ne plus pouvoir circuler… Montmartre s’arpente souvent en zigzaguant entre les rues bondées. Si l’esprit bohème des origines à quelque peu déserté, le quartier reste un véritable lieu de création au-delà des peintres pour touristes rodant sur la place du Tertre. En témoigne la Cité internationale des arts (rue de l’Abreuvoir) qui offre des résidences au cadre champêtre à de jeunes artistes montants venus du monde entier.
Maurice Utrillo, Église Saint-Pierre et Sacré-Coeur de Montmartre, 1940
Huile sur toile • 34.6 × 43.5 cms • Collection privée • © Christie’s Images / Bridgeman Images
C’est ici, au nord, que le quartier a gardé intact son charme. Tandis que plus au sud, demeure son ambiance survoltée : sur la place Blanche, à la nuit tombée, les ailes illuminées du Moulin-Rouge se mêlent à la foule des bars, salles de concerts et terrasses animées. Si Paris est une fête, Montmartre en est l’hôte attitré !
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