Cette saison, Bruxelles dévoile une programmation d’expositions saisissantes. La « Black Joy » défie les stéréotypes à Bozar, tandis que des antiquités égyptiennes dialoguent avec des artistes contemporains à la villa Empain.
Des récits personnels recomposent le passé à la Maison de l’histoire européenne, Berlinde De Bruyckere nous invite à faire le lien entre Éros et Thanatos, la culture skate prend ses quartiers au Design Museum et l’artiste franco-danoise Eva Nielsen nous convie à La Verrière dans ses paysages des marges.
Tiffany Alfonseca, Espero que ya le dijiste a tu madre de nosotras, 2020
Acrylique, paillettes, bâtons d’huile et fusain sur toile • 101,6 × 101,6 cm • Courtesy Jorge M. Pérez Collection, Miami / © Tiffany Alfonseca
La vibrante exposition « When We See Us » à Bozar ne se contente pas de rompre avec le point de vue européocentré – colonial ou post-colonial – sur l’expérience noire. Elle propose un nouveau récit panafricain sur la puissance de la « Black Joy » (« joie noire »), imaginé par Koyo Kouoh, commissaire de la Biennale de Venise 2026, et Tandazani Dhlakama, conservatrice au Royal Ontario Museum. C’est le premier projet d’envergure sur l’auto-représentation noire conçu par un musée africain, le Zeitz MOCAA du Cap, présenté à la fois en Afrique et en Europe. « Cette exposition refuse de mettre la douleur et l’injustice au premier plan et nous rappelle plutôt que l’expérience noire peut aussi être vue à travers le prisme de la joie », insistent les commissaires.
On retrouve dans cet accrochage réparateur de grands noms comme Chéri Samba et Kehinde Wiley, mais aussi des artistes émergents. Les 120 peintres exposés déconstruisent les représentations stéréotypées et écrivent leur propre histoire de l’art. Ainsi, dans ses magnétiques tableaux du quotidien, l’artiste sud-africaine Zandile Tshabalala, née en 1999, remet en question la place marginale des femmes noires dans la peinture occidentale. Empowerment, regards confiants, postures assurées, lèvres carmin et ongles manucurés, la benjamine de l’exposition dévoile sa vision d’une féminité noire émancipée. C.J.
When We See Us : Un siècle de peinture figurative panafricaine
Du 7 février 2025 au 10 août 2025
Bozar • 16 Rue Ravenstein • 1000 Bruxelles
www.bozar.be
Vues de l’exposition « Regards intemporels. Des pharaons à aujourd’hui » à la Fondation Boghossian, 2025
© Silvia Cappellari
Magistralement suspendue dans le grand hall de la villa Empain, une œuvre chatoyante de l’artiste marocaine Ghizlane Sahli nous plonge d’emblée dans les eaux du Nil. Tissée de laine, de soie, d’or et de déchets plastiques, elle fait référence à la majesté de ce fleuve légendaire et à la pollution qui le consume. L’exposition « Regards intemporels : des pharaons à aujourd’hui » propose un grand voyage dans les collections de la fondation Gandur comprenant aussi bien des antiquités égyptiennes que de l’art contemporain d’Afrique et de sa diaspora. Les conservateurs de ces collections, Xavier Droux et Olivia Fahmy, ainsi que Louma Salamé, directrice de la villa Empain, ont décloisonné les époques pour mettre ces 130 œuvres en regard.
Un buste de Ramsès II, pièce phare de la collection, répond ainsi à des peintures intimistes de l’artiste ougandais Ocom Adonias représentant des hommes ordinaires portant le némès (coiffe emblématique des pharaons). Mais des correspondances poétiques s’établissent aussi avec les lieux : issues de l’univers aquatique, un modèle de barque du Moyen Empire et une plaque du dieu Hâpy, qui personnifie les crues du Nil, se dévoilent dans la salle de bain bleu de la villa. C.J.
Regards intemporels : des pharaons à aujourd’hui
Du 10 avril 2025 au 7 septembre 2025
Fondation Boghossian - Villa Empain • 67 Avenue Franklin Roosevelt • 1000 Bruxelles
www.villaempain.com
Echos of Art Deco
Du 15 novembre 2024 au 2 novembre 2025
Fondation Boghossian - Villa Empain • 67 Avenue Franklin Roosevelt • 1000 Bruxelles
www.villaempain.com
Smirna Kulenović, Une grand-mère, une mère et sa fille se préparent à planter des fleurs dans les anciennes tranchées d’où Sarajevo a été assiégée entre 1992 et 1996, en Bosnie-Herzégovine, 2023
Comment se saisir des outils de l’histoire pour tisser du lien social, apaiser un passé traumatique ou tout simplement se divertir ? À l’heure où l’unité européenne paraît indispensable, l’exposition « Passé composé » convoque 27 projets photographiques issus de 14 pays pour explorer la manière dont les Européens interagissent avec leur histoire. L’artiste Smirna Kulenović invite 100 femmes habillées de rouge à planter des fleurs médicinales dans les anciennes tranchées des hauteurs de Sarajevo, rituel de guérison collective. Niels Ackermann et Sebastien Gobert documentent le sort des statues de Lénine en Ukraine depuis 2015. Petruț Călinescu nous emmène en Roumanie, où l’on suit une communauté de passionnés qui reconstitue la vie des Daces (peuple vaincu par les Romains), cultivant ainsi un nouveau mythe fondateur du pays. Logée dans un remarquable bâtiment Art déco du parc Léopold, tout près du Parlement européen (dont elle dépend), la Maison de l’histoire européenne propose une perspective transnationale pour mieux comprendre la complexité du continent. C.J.
Passé Composé. Un album européen
Du 28 mars 2025 au 11 janvier 2026
Maison de l'Histoire européenne • 135 Rue Belliard • 1040 Etterbeek
historia.europa.eu
Familiar Strangers. Les Européens de l’Est d’un point de vue polonais
Du 14 mars 2025 au 29 juin 2025
Bozar • 16 Rue Ravenstein • 1000 Bruxelles
www.bozar.be
Berlinde De Bruyckere, Into One-another I to P.P.P., 2010– 2011, 2011
Cire, bois, verre, fer, époxy • Coll. Iself Collection • Photo Mirjam Devriendt
Empreint d’une sensualité morbide, l’univers de Berlinde de Bruyckere (née en 1964) nous fait hésiter entre attraction et répulsion. À Bozar, l’artiste belge orchestre un dialogue entre ses œuvres et celles d’artistes qu’elle décrit comme ses « compagnons de route » – Lucas Cranach, Pier Paolo Pasolini, Patti Smith, Peter Buggenhout… Le titre de l’exposition, « Khorós » fait référence au groupe qui commente ce qui se déroule sur scène dans les tragédies grecques. Les espaces dessinés par un Victor Horta qui a troqué l’Art nouveau pour l’Art déco à la fin des années 1920 servent d’écrin épuré aux puissantes sculptures de la plasticienne. On est rapidement happé par leur beauté étrange et perturbante où, comme elle le rappelle, « Éros et Thanatos vont main dans la main ». L’iconographie religieuse, la mythologie grecque ou le cinéma continuent de nourrir ses recherches sur les métamorphoses du corps et son déclin. C.J.
Berlinde De Bruyckere. Khorós
Du 21 février 2025 au 31 août 2025
Bozar • 16 Rue Ravenstein • 1000 Bruxelles
www.bozar.be
Vue de l’exposition « Skateboard – Bruxelles » au Design Museum, 2025
© BE CULTURE
Sobrement intitulée « Skateboard », l’exposition du Design Museum Brussels nous embarque dans une odyssée à l’intersection du design industriel, des cultures urbaines et de la mémoire collective. Des années 1950 à nos jours, on découvre comment les premières planches à roulettes californiennes, issues de la culture surf, ont conquis le bitume du monde entier. Grâce aux innovations technologiques bien sûr, mais aussi par les illustrations que les planches arborent – des dessins de plus en plus percutants et engagés, inspirés du punk. MTV, YouTube puis Instagram permettent aux skateurs et skateuses de documenter leur pratique et de la démocratiser. À une sélection très éclectiques de planches – dont la plupart proviennent du Skateboarding Hall of Fame & Museum en Californie –, s’ajoutent des caméscopes, des cassettes VHS, des DVD, des magazines. La scénographie minimaliste est signée Jonathan Olivares, designer industriel et skateur, qui avait déjà présenté cette exposition au Design Museum de Londres. C.J.
Skateboard - Bruxelles
Du 5 avril 2025 au 14 septembre 2025
Design Museum • 1020 Bruxelles
designmuseum.brussels
Eva Nielsen, Quasar, 2021
Huile, acrylique et sérigraphie sur toile • 200 × 160 cm • Courtesy Eva Nielsen / The Pill / © Adagp, Paris, 2025
Nommée pour le Prix Marcel Duchamp 2025, la plasticienne franco-danoise Eva Nielsen (née en 1983) est à l’honneur de La Verrière, centre d’expositions de la fondation Hermès, qui réunit pour l’occasion plusieurs toiles inédites. Friand de dialogues entre artistes, le commissaire Joël Riff invite la sculptrice Charlotte Posenenske, le designer Arnaud Eubelen et l’agence de paysage Etablissement à répondre au travail puissant de cette artiste encore mal connue du grand public, qui pratique tout à la fois la peinture, la photographie et la sérigraphie, et s’intéresse de près aux paysages des marges et territoires périphériques. M.C.-L.
Eva Nielsen. Aster
Du 23 avril 2025 au 26 juillet 2025
La Verrière - Fondation d'entreprise Hermès • 50, boulevard de Waterloo • 1000 Bruxelles
www.fondationdentreprisehermes.org
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