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Paris

Art, design, mode, architecture… Le Petit Palais raconte le Paris bouillonnant du début du XXe siècle

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Début du XXe siècle. Picasso peint les Demoiselles d’Avignon, les femmes jettent leur corset aux orties, les voitures prennent des lignes aérodynamiques, Nijinski révolutionne la danse avec son Sacre du printemps… La libération des esprits et des corps est en marche, à peine ralentie par la guerre de 14–18. Le Petit Palais retrace ces vingt ans de bouillonnement créatif et technologique dont la capitale fut l’épicentre et qui forgea à jamais son identité.
Robert Delaunay, Hommage à Blériot
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Robert Delaunay, Hommage à Blériot, 1914

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Robert Delaunay célèbre l’exploit de l’aviateur qui a traversé la Manche en 1904 avec ce festival de couleurs contrastées dans lequel on devine la tour Eiffel et les ailes d’un biplan.

huile sur toile • 46,7 x 46,5 cm • coll. Musée de Grenoble • © Musée de Grenoble / Photo Ville de Grenoble / J.-L. Lacroix

Sur fond de divorce entre l’Église et l’État, de transfiguration urbaine et de croissance économique due à une industrialisation galopante, l’année 1905 est marquée par l’une de ces grandes expositions visant à promouvoir le travail d’artistes indépendants.

Installé au Grand Palais, le Salon d’automne fait entendre les premiers rugissements des Fauves en peinture. Dans cette brèche s’infiltre ce qui, peu à peu, va devenir un torrent. Cubisme, futurisme, influence des arts extra-européens… les jeunes talents font preuve d’une audace illimitée, comme s’il fallait à tout prix enterrer le XIXe siècle et inventer un monde nouveau.

Gino Severini, La Danse du pan-pan au « Monico »
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Gino Severini, La Danse du pan-pan au « Monico », 1909–1960 (réplique de l’original de 1910–1911)

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Le futuriste italien dépeint ici le tourbillon des danseurs d’un établissement de Pigalle, réputé pour son ambiance électrique. Ou comment traduire le bruit et le mouvement sur une toile.

huile sur toile • 280 × 400 cm • coll. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris • © Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris / Photo RMN-Grand Palais (Centre Pompidou, MNAMCCI) / Hélène Mauri

Dans leurs rangs, on trouve de plus en plus de créateurs venus de toute l’Europe, attirés par l’aura artistique française. Entre Montmartre et Montparnasse, la concurrence est rude, l’émulation à son summum. Vivant par grappe dans des faubourgs aux airs de campagne qui favorisent la vie en communauté (le Bateau Lavoir, la Ruche, la Cité Falguière), cette bohème tente d’attirer l’attention, de se faire une place dans un circuit de lieux d’exposition fréquentés par l’aristocratie rentière et la haute bourgeoisie financière des beaux quartiers. Les tenants de l’art officiel s’offusquent, les marchands d’art voient plus loin. De la place de la Concorde à l’arc de Triomphe, des Invalides à Saint-Augustin, tout s’expose, tout s’admire.

Les avions, l’automobile, l’art… Tout vrombit

Cette créativité et cette inventivité débordent en effet sur de nombreux domaines. La France brille par les modèles d’avion et de voiture qu’elle propose sur le marché mondial et l’on se presse au Salon de l’automobile, du cycle et des sports, à l’Exposition internationale de locomotion aérienne… Les lignes racées des véhicules et autres hélices d’avion se révèlent même source d’inspiration pour les artistes les plus audacieux (Robert Delaunay, Marcel Duchamp).

Marevna, La Mort et la femme, 1917
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Marevna, La Mort et la femme, 1917, 1917

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Variation glaçante sur le thème du rendez-vous entre la jeune fille et la mort, cette toile de 1917 raconte le quotidien de la guerre vu par les yeux d’une jeune artiste russe restée à Paris.

huile sur bois • 107 x 134 cm • Coll. Petit Palais, Genève • © Petit Palais, Genève / © Photo Studio Monique Bernaz, Genève

La mode n’échappe pas à cet élan avec des pionniers comme Madeleine Vionnet et Paul Poiret, grâce auxquels les femmes obtiennent enfin le droit de respirer, libérées de leur corset. Par son génie du marketing, le couturier devient une figure incontournable d’un microcosme clinquant qui dépense pour épater la galerie : il lance le premier parfum de créateur, habille des célébrités, organise des soirées d’une opulence et d’une fantaisie inimaginables dans son hôtel particulier avenue d’Antin (actuelle avenue Franklin Roosevelt).

Il loue même une partie de sa demeure au marchand d’art Henri Barbazanges : l’espace présente la crème de l’avant-garde, accueille lectures ou concerts et entre dans la légende en dévoilant les Demoiselles d’Avignon de Pablo Picasso au public. Non loin de là, le Théâtre des Champs-Élysées, à l’architecture novatrice, crée l’événement en 1913 avec le Sacre du printemps d’Igor Stravinsky, interprété par le sulfureux Nijinski et les Ballets russes. Les décors et les costumes flamboyants de la troupe inspirent des créations à la Maison Cartier, qui ose enfin associer le bleu saphir au vert émeraude dans ses bijoux.

Silhouettes androgynes et libération des mœurs…

La croissance organique de ce microcosme se glace à l’été 1914, avec la Grande Guerre. Paris connaît la mobilisation générale, essuie des bombardements ; le Grand Palais se transforme en hôpital militaire. Les artistes amateurs et professionnels rapportent des images et des mots du front, les uns pour faire ressentir la violence d’une déflagration d’obus, les autres pour témoigner des dégâts laissés par les affrontements sur le paysage, les corps et les âmes. Car cette guerre qui voit les premiers combats aériens et les premiers blindés est aussi celle des images, entre photographies de propagande et clichés pris par les soldats munis d’appareils Kodak.

La période est aussi révélatrice : certains ont répondu à la mobilisation (Georges Braque, André Derain, Fernand Léger…), d’autres parviennent à échapper à l’appel des drapeaux (Robert Delaunay, Francis Picabia…), tandis que quelques artistes de nationalité étrangère s’engagent pour soutenir les troupes et la population (Marie Vassilieff, Ossip Zadkine, Guillaume Apollinaire…).

La vie culturelle parisienne finit par reprendre son cours en 1916. Montparnasse confirme son aura avec des figures comme Amedeo Modigliani, Foujita et Kees van Dongen, les soirées musicales et artistiques recommencent à fleurir, à l’exemple de celles organisées par l’association Lyre & Palette dans l’atelier du peintre suisse Émile Lejeune, à deux pas du carrefour Vavin. Paris s’autorise même un nouveau scandale par l’entremise des Ballets russes : l’avant-gardiste Parade, fruit de la collaboration entre Jean Cocteau, Pablo Picasso et Erik Satie.

Paul Colin, La Revue nègre au music-hall des Champs-Élysées
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Paul Colin, La Revue nègre au music-hall des Champs-Élysées, 1925

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Porté par la figure inoubliable de Joséphine Baker, ce spectacle fait les beaux jours du Théâtre des Champs Élysées, haut lieu de l’avant-garde. Sans éviter les clichés racistes de l’époque…

lithographie. • coll. particulière • © Stefano Bianchetti / Bridgeman images

Après la victoire et près de 1,5 million de morts côté français, le besoin de rattraper le temps perdu et de conjurer le sort se manifeste avec fracas. Les Années folles sont en marche. La capitale sacre deux nouvelles reines : Kiki de Montparnasse, modèle des peintres de l’École de Paris et égérie du photographe Man Ray ; et Joséphine Baker, vedette de la Revue nègre, au style inimitable

Les femmes, de retour au foyer

Face à l’absurdité de la guerre, Dada éclot et répand son esprit corrosif et son irrévérence.

À mesure que s’épanouissent les bars, les clubs, les grandes brasseries et autres lieux de spectacle et de divertissement, l’influence américaine se fait sentir sur fond de musique jazz, de charleston, de robes cocktail portées par des garçonnes aux cheveux courts, maquillage outrancier et fume-cigarette au bout des doigts. Les silhouettes androgynes et le mélange des genres sont désormais à la mode ; rarement les mœurs ont été aussi libérées. Il y a pourtant un revers à cette médaille : les femmes qui ont travaillé si dur pour faire tourner le pays pendant que les hommes servaient de chair à canon perdent à nouveau leur indépendance. Malgré l’ouverture de plusieurs lieux d’enseignement en art et en sciences, la majorité d’entre elles retrouvent leur place au foyer. Après tout, il faut repeupler la France…

Tamara de Lempicka, Saint-Moritz
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Tamara de Lempicka, Saint-Moritz, 1929

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Naissance d’un archétype : celui de la femme moderne et libre, adepte de sensations fortes, chic et sensuelle en toutes circonstances.

huile sur bois • 35 × 27 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts, Orléans • © Musée des Beaux-Arts, Orléans / © ADAGP, Paris 2023 ©Tamara Art Heritage Photo © François Lauginie.

Face à l’absurdité et à l’horreur de la guerre, Dada éclot et répand son esprit corrosif et son irrévérence au fil de performances outrancières, préparant le terrain du surréalisme. Art et poésie se mêlent, mais pas seulement. L’heure est aux collaborations artistiques en tout genre, comme si la fin de la guerre avait fait renaître chez les adultes une nécessité impérieuse de jouer et de créer ensemble, de s’imprégner l’un de l’autre pour atteindre l’osmose. Des passerelles sont jetées entre beaux-arts, mode, danse, design, architecture et cinéma, dernier espace de liberté en date.

Certains s’en donnent à cœur joie, à l’instar du peintre Fernand Léger avec son court-métrage Ballet mécanique. La compagnie des Ballets suédois de Rolf de Maré offre sans doute la meilleure démonstration de cet esprit d’art total, au vu de la pléthore de talents de l’avant-garde qu’elle sollicite pour réaliser les livrets, musiques, décors et costumes de ses spectacles.

Marie Laurencin, Portrait de Max Jacob
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Marie Laurencin, Portrait de Max Jacob, 1908

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L’artiste croque ici le visage du poète Max Jacob à la manière d’un masque africain, témoignage de l’influence des arts primitifs sur les peintres et sculpteurs.

huile sur bois • 26,5 × 21,5 cm • coll. Musée des beaux-arts, Orléans • © Musée des beaux-arts, Orléans / © François Lauginie

Ce « Paris de la modernité » est ainsi celui de noms de personnalités (Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars, Jean Cocteau, Sonia Delaunay, Tamara de Lempicka, André Breton, André Gide, Paul Claudel, Santos Dumont…) et de lieux (le Bœuf sur le toit, le Bal nègre, La Rotonde…) indissociables d’une époque tant ils en furent l’incarnation. On voit cependant poindre la notion d’individualisme dans cette période marquée par la collégialité, et le rapport à l’art finira par changer, perdant un peu de son innocence et de sa légèreté au profit d’un sens de la provocation sans doute un peu teinté d’orgueil.

Une ère de prospérité et de raffinement

Pour une poignée de privilégiés, la modernité se concrétise avant tout par un certain art de vivre que célèbre la fameuse Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925. Il est alors impératif de replacer la France sur l’échiquier international du commerce et de l’industrie des arts appliqués. Les différents pavillons installés de part et d’autre de la Seine entre la Concorde et la place de l’Alma rivalisent de savoir-faire à la française, tout en offrant une vision de l’avenir.

Fernand Léger, L’Homme à la pipe
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Fernand Léger, L’Homme à la pipe, 1920

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Le peintre traduit sa fascination pour le monde des machines en inventant des paysages de constructions métalliques colorées dans lesquels les humains finissent par ressembler à des robots.

huile sur toile • 91 × 65 cm • coll. Musée d’art moderne, Paris • © Musée d’art moderne, Paris / Photo Paris Musées, Dist. RMN-GP / image ville de Paris.

Le pavillon de l’Élégance de la couturière Jeanne Lanvin et celui de l’Esprit nouveau de Le Corbusier marquent les esprits, mais pas autant que celui du Collectionneur imaginé par l’ensemblier Jacques-Émile Ruhlmann. Tout y est luxe, calme et volupté. Le mouvement Art déco est alors à son apogée. En cette ère de prospérité et de raffinement, personne n’est en mesure d’imaginer la crise financière qui touchera d’abord les États-Unis puis l’Europe quelques années plus tard et sonnera le glas de ces envolées lyriques.

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Le Paris de la modernité (1905-1925)

Du 14 novembre 2023 au 14 avril 2024

www.petitpalais.paris.fr

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À lire

Paris moderne 1914-1945 Art, design, architecture, photographie, littérature, cinéma, mode sous la direction de Jean-Louis Cohen et Guillemette Morel Journel • éd. Flammarion 352 p. • 49 € – En savoir plus

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