Le havre

L’incroyable odyssée du Normandie, mythique paquebot Art déco à l’honneur au MuMa

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La passionnante exposition « Paquebots 1913–1942, une esthétique transatlantique », initiée au musée d’Arts de Nantes l’année dernière, a désormais pris place au MuMa du Havre. C’est tout près que le 29 mai 1935, le mythique Normandie a inauguré sa traversée de l’Atlantique. L’occasion de revenir sur ce chef-d’œuvre moderniste qui fut le moteur d’une nouvelle esthétique internationale inspirant photographes, peintres, architectes, designers…
Kay STEWART, Southampton to New York. France Afloat
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Kay STEWART, Southampton to New York. France Afloat, vers 1938

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© Collection French Lines & Compagnies

Un palace Art déco qui vogue par-delà les mers, filant droit tel un oiseau en liberté… De tous les paquebots légendaires des années 1930, le Normandie demeure probablement le plus audacieux jamais construit.

Il triomphe dès l’entrée de l’exposition donnant directement sur le front de mer, où une maquette dit déjà son immensité (plus de 300 mètres de long) et l’ambition folle de l’État français : créer le paquebot le plus rapide au monde, capable de relier Le Havre à New York en moins de six jours, contre treize auparavant.

Une véritable œuvre d’art totale

Jules LEFRANC, Sur le plateau, atelier de la Radiale
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Jules LEFRANC, Sur le plateau, atelier de la Radiale, 1949

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©Hugo Maertens, Bruges

Le chantier débute en 1931. Influencés par la Nouvelle Objectivité allemande, les photographes de presse s’amusent à capturer cette architecture moderniste en construction. Gros plan sur les hélices, sur la tôle rivetée, sur les ouvriers au travail, vues imprenables sur la silhouette hydrodynamique du navire… Sa structure fascine avec ses cheminées rouges et noires, ses lignes arrondies et profilées.

Alors que la Grande Dépression repousse son inauguration, le plus grand paquebot au monde est fin prêt à voguer sur les mers le 29 mai 1935, en véritable fierté nationale. Sur les affiches publicitaires, comme celle du célèbre graphiste Cassandre (1901–1968) dont le musée expose la version originale peinte à la gouache (prêtée par le musée des Arts décoratifs), sa titanesque coque incurvée fend l’eau, triomphante des océans. Sa forme iconique en « Y » est le fruit des réflexions de l’ingénieur russe Vladimir Yourkevitch (1885–1964) pour pénétrer les vagues avec panache.

Piscine intérieure de la première classe du Normandie : le champion de natation américain Johnny Weissmuller s’entraîne à bord
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Piscine intérieure de la première classe du Normandie : le champion de natation américain Johnny Weissmuller s’entraîne à bord, vers 1935

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©Musée d’arts de Nantes / C. Clos

Véritable ville flottante, le Normandie se compose d’une chapelle, d’un grand salon, d’un théâtre/cinéma, d’une bibliothèque et même d’une piscine intérieure ornée de mosaïque de la manufacture de Sèvres. C’est une œuvre d’art totale réalisée par des architectes ensembliers réputés, tels que Pierre Patout et Roger-Henri Expert.

Luxe et raffinement

Couturiers, cinéastes, architectes et peintres des avant-gardes s’inspirent de cet âge d’or des paquebots, attirés par une certaine poésie du progrès et de la modernité.

À l’intérieur, les espaces sont grandioses, les décors infiniment luxueux… Modernisme et simplicité dialoguent avec le raffinement des arts décoratifs français qui s’exportent ainsi aux États-Unis. Une illustration du grand dessinateur Paul Iribe (1883–1935) figure le faste de la salle à manger réservée à la première classe : escalier monumental, plafond à caissons, cascades de verre de René Lalique (1860–1945), décor de Jean Dupas (1882–1964) en verre églomisé.

Paul IRIBE, La salle à manger de la première classe de Normandie
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Paul IRIBE, La salle à manger de la première classe de Normandie, vers 1935

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©Collection Saint-Nazaire Agglomération Tourisme – Écomusée

Transparaît aussi tout le glamour des Années folles : le soir, les hommes sont en smoking, les femmes en robe de soirée. Lors du voyage inaugural, la couturière Jeanne Lanvin a même dévoilé ses créations lors d’un défilé exclusif… Couturiers, cinéastes, architectes et peintres des avant-gardes s’inspirent de cet âge d’or des paquebots, attirés par une certaine poésie du progrès et de la modernité – en témoignent les toiles des artistes américains Charles Demuth (1883–1935), Charles Sheeler (1883–1965) et Irene Rice Pereira (1902–1971). Leurs paysages abstraits composés de fragments mécaniques évoquent leur traversée de l’Atlantique, inoubliable.

À gauche : “The Upper Deck”, Charles SHEELER, négatif de 1929, tirage vers 1939 ; À droite : “La Conquête du cheval, Deux cavaliers attrapant au lasso des chevaux sauvages”, Jean Dunand, vers 1935
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À gauche : “The Upper Deck”, Charles SHEELER, négatif de 1929, tirage vers 1939 ; À droite : “La Conquête du cheval, Deux cavaliers attrapant au lasso des chevaux sauvages”, Jean Dunand, vers 1935

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À gauche : © Collection French Lines & Compagnies ; À droite : ©MuMa Le Havre / Charles Maslard

Surtout pour ceux qui ont la chance de voyager en première classe : observez dans le parcours ces réductions des décors pour le fumoir, réalisés par Jean Dunand (1877–1942) et inspirés des arts anciens, où dominent l’or et les teintes rouges, ou encore le service d’orfèvrerie à thé et café en métal argenté par la prestigieuse maison Christofle utilisé à bord…

Mais la Seconde Guerre mondiale met rapidement fin au rêve transatlantique. En août 1939, après seulement quatre ans d’activité, le navire est immobilisé dans le port de New York et le sera jusqu’en février 1942 quand, dans l’attente d’être réquisitionné pour le débarquement, un terrible incendie se déclare, inarrêtable. En tentant de le sauver, les pompiers le font chavirer. Le voilà gisant sur le flanc. Nombreuses sont les photographies de presse qui illustrent cette débâcle, alors qu’en 1947 sa carcasse sera entièrement démolie. Le clap de fin d’une renversante odyssée.

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Paquebots 1913-1942. Une esthétique transatlantique

Du 26 avril 2025 au 21 septembre 2025

www.muma-lehavre.fr

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