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Cultes ! Les performances les plus folles de l’histoire de l’art

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Publié le , mis à jour le
Subversives, voire extrêmes, certaines performances ont fait date dans l’histoire de l’art. S’enfermer, se mettre (littéralement) à nu, se confronter à la violence des autres : les artistes adeptes de l’art corporel ont tout osé, quitte à mettre en danger leur intégrité physique et mentale pour faire œuvre… De Marina Abramović à Chris Burden en passant par Hermann Nitsch, retour sur 10 expériences artistiques à la radicalité fascinante !

Performance, happening, « body art » sont autant de facettes de l’art performatif qui émerge avec éclat dans les années 1960. Héritière du futurisme et du dadaïsme, cette nouvelle expression artistique prend mille et une formes en mêlant danse, théâtre, musique, arts plastiques… À chaque artiste, ou presque, sa conception de la performance !

Certains n’hésitent pas à dépasser les limites établies, allant jusqu’à se mettre en danger de mort. Provocation, acte de résistance ou quête de l’extrême : il faut que l’expérience bouscule, interroge et émeuve.

Chris Burden se fait tirer dessus

Chris Burden, Shoot
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Chris Burden, Shoot, 19 novembre 1971

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Performance

Mettre sa vie en danger pour l’art : Chris Burden (1946–2015) en a fait un leitmotiv artistique. En 1971, il se fait connaître en s’enfermant dans un casier d’étudiant pendant cinq jours (Five Day Locker Piece). Quelques mois plus tard, il va plus loin dans une galerie de Santa Ana, en Californie. Cette fois, l’artiste américain sollicite l’aide d’un complice : celui-ci doit lui tirer dans le bras gauche à une distance de moins de cinq mètres. « Are you ready ? » lui demande son acolyte avant d’appuyer sur la détente. Filmée en Super 8 par sa compagne Barbara Burden, la performance dure quelques secondes, qui suffisent à asseoir sa légende.

Hermann Nitsch organise des rituels sanglants

Hermann Nitsch, Théâtre d’orgies et de mystères
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Hermann Nitsch, Théâtre d’orgies et de mystères, non daté

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Performance au château de Prinzendorf • © akg-images / MPortfolio / Electa

Hermann Nitsch (1938–2022) a cofondé dans les années 1960 le mouvement de l’actionnisme viennois avec Günter Brus, Otto Muehl et Rudolf Schwarzkogler. Pour ces artistes, la création doit passer par l’implication du corps de manière radicale. C’est ainsi qu’en 1957, l’Autrichien à la longue barbe blanche débute un projet au long cours : son « Théâtre des orgies et des mystères ». Au menu ? Crucifixions, immolation d’animaux, entrailles déversées sur des figurants… Défiant toute règle morale, il orchestre durant 60 ans des performances sanguinolentes (parfois à la limite du supportable), qui se tiennent pour la plupart dans son château de Prinzendorf en Basse-Autriche. Ce qui lui a valu le surnom d’ « exorciste de l’art contemporain ».

Yoko Ono se laisse déshabiller

Yoko Ono, Cut Piece
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Yoko Ono, Cut Piece, 21 mars 1965

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Performance au Carnegie Recital Hall, New York • Coll. MoMA, New York • Photo Minoru Niizuma / Courtesy of Yoko Ono / © Minoru Niizuma 2015

Dans les années 1960, Yoko Ono (née en 1933) devient une figure emblématique du mouvement Fluxus, en bousculant les conventions artistiques et sociales. Sa performance Cut Piece (1964) en est un exemple frappant : agenouillée sur scène, elle invite les spectateurs à découper ses vêtements en morceaux… jusqu’à finir en soutien-gorge. Par ce geste, elle questionne la violence et la réification de la femme dans la société. L’artiste d’origine japonaise, connue aussi pour avoir été la compagne de John Lennon, a rejoué plusieurs fois cette performance. Dans le cadre d’une rétrospective au MoMA, elle confie au commissaire d’exposition Christophe Cherix : « Lorsque je fais Cut Piece, j’entre en transe et je n’ai donc pas trop peur. »

Marina Abramović livre son corps au public

Marina Abramović, Rhythm 0
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Marina Abramović, Rhythm 0, 1974

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Coll. MoMA, New York • Courtesy Marina Abramović et Sean Kelly Gallery, New York-Los Angeles

Reine de la performance, Marina Abramović (née en 1946) marque l’histoire de l’art avec Rhythm 0 en 1974. Inspirée par Yoko Ono et son Cut Piece (voir ci-dessus), l’artiste serbe reste immobile pendant six heures, offrant son corps au public. Elle met à disposition 72 objets répartis en deux catégories : plaisir (plume, miel, roses…) et destruction (ciseaux, scalpel). Une arme à feu, prête à être chargée, est même mise à disposition. L’expérience révèle la violence latente du spectateur : ses vêtements sont découpés, des épines enfoncées dans sa peau et le revolver, pointé sur sa tête. Abramović comprend alors que, sans limites, la violence s’impose. Lorsque la performance prend fin, le public, incapable d’affronter son regard, fuit.

Ana Mendieta met en scène son propre viol

Ana Mendieta, Untitled (Rape Scene)
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Ana Mendieta, Untitled (Rape Scene), 1973

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Coll. Tate, Londres • © galerie Lelong, Paris-New York / © Ana Mendieta / © Adagp, Paris 2025

En 1973, Ana Mendieta (1948–1995) réalise Rape Scene (« Scène de viol », en français) en réaction au viol et au meurtre d’une étudiante de l’Université de l’Iowa. Dans son appartement, la performeuse cubano-américaine met en scène une performance troublante : le corps ensanglanté et à moitié nu, elle incarne la victime sous les yeux interloqués d’un groupe de camarades invités. Par cette reconstitution, elle confronte son public à la brutalité des violences faites aux femmes et à la passivité collective qui les entoure. Malgré sa brève carrière, du fait de sa mort tragique (un féminicide présumé) à l’âge de 36 ans, Mendieta s’est imposée comme une artiste importante du body art féministe.

Michel Journiac cuisine un boudin de sang humain

Michel Journiac, Messe pour un corps
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Michel Journiac, Messe pour un corps, 1975

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Performance • © Adagp, Paris 2025

Ancien séminariste, Michel Journiac (1935–1995) abandonne sa vocation de prêtre en 1962 pour explorer la dimension subversive du corps dans l’art. Sept ans plus tard, il organise sa première performance à la galerie Templon : Messe pour un corps. Habillé en ecclésiastique, le voici dans la peau du prêtre qu’il ne sera jamais. L’artiste français célèbre alors une messe en latin, à la fin de laquelle il distribue à l’assemblée une hostie faite de boudin… préparé avec son propre sang. Loin d’être une posture anticléricale, cette action incarne pour Journiac « l’archétype de la création » : l’Homme se consomme lui-même et l’artiste se livre à son public. Michel Journiac, qui qualifie les humains de « viande consciente socialisée », a même donné la recette de son « boudin au sang humain ». Bon appétit !

Abraham Poincheval s’enferme dans un ours empaillé

Abraham Poincheval, (Dans la peau de) L’Ours
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Abraham Poincheval, (Dans la peau de) L’Ours, 2014

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Performance • © Sophie LLoyd / © Adagp, Paris 2025

Pendant treize jours et treize nuits, Abraham Poincheval (né en 1972) a vécu dans la peau d’un ours (littéralement). En 2014, au musée de la Chasse et de la Nature à Paris, l’artiste s’est enfermé dans le ventre de l’animal empaillé pour vivre tel un mammifère en hibernation. À l’intérieur de l’abdomen du colosse, où il fait très chaud, il s’est ainsi aménagé un lieu de vie avec un tuyau d’arrivée d’eau, une lampe, une bouilloire… Et même un urinoir situé dans la jambe de l’animal. S’il dort la majorité du temps, Abraham Poincheval lit également (Les Contemplations de Victor Hugo, Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne…) et prend des notes dans son journal de bord. Côté nourriture, le performeur s’inspire du régime alimentaire de la bête, à base de baies sauvages et d’insectes… Plus récemment, cet adepte de l’enfermement s’est confiné dans une bouteille en verre géante durant les JO 2024.

ORLAN embrasse des inconnus contre de l’argent

ORLAN, Le Baiser de l’artiste
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ORLAN, Le Baiser de l’artiste, 1977

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Performance • © Adagp, Paris 2025 / GrandPalais Rmn

« Qui n’a pas eu son petit baiser ? Cinq francs, cinq francs ! », s’époumone ORLAN (née en 1947) au Grand Palais à Paris en 1977. Alors que se déroule la quatrième édition de la FIAC (Foire internationale d’art contemporain), l’artiste autodidacte en profite pour faire un coup d’éclat. Sans invitation officielle, elle installe un piédestal supportant deux autoportraits grandeur nature : d’un côté, une image d’elle en madone drapée ; de l’autre, une photo de son buste nu dotée d’une fente destinée à recevoir une pièce de cinq francs. Pour ce prix, le spectateur peut, au choix, embrasser l’artiste, cachée derrière son effigie, ou bien allumer un cierge. Le scandale est immédiat : ORLAN est taxée d’obscénité, subit insultes et menaces, et perd même son emploi. Pourtant, son geste, critique acerbe des stéréotypes féminins et des logiques économiques de l’art, s’impose aujourd’hui comme une œuvre emblématique. Ironie du sort, lorsqu’on célèbre les 30 ans de la FIAC, Le Baiser de l’artiste est reconnu comme la performance la plus marquante de son histoire.

Sophie Calle invite 28 personnes à dormir dans son lit

Sophie Calle, Les Dormeurs [détail]
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Sophie Calle, Les Dormeurs [détail], 1979

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15 × 20 cm • Courtesy Perrotin, Paris-New York / © Adagp, Paris 2025

Cette expérience fit d’elle une artiste. En 1979, alors âgée de 26 ans, Sophie Calle (née en 1953) s’ennuie à Paris. Elle décide alors de transformer son lit en espace de rencontre et d’observation. Pendant huit jours, 28 inconnus – dont un certain Fabrice Luchini –, se succèdent toutes les huit heures pour y dormir à ses côtés. L’artiste les accueille avec soin et, surtout, les interroge sur leur sommeil, leurs habitudes nocturnes, leurs rêves… Elle consigne leurs réponses, observe les traces laissées par chaque dormeur, et assemble ce matériau en une œuvre mêlant photographie et récit. Intitulée Les Dormeurs, cette performance devient ainsi le premier jalon d’une recherche où l’autre devient un sujet d’étude poétique et artistique.

Joseph Beuys cohabite avec un coyote

Joseph Beuys, I Like America and America Likes Me
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Joseph Beuys, I Like America and America Likes Me, 1974

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Performance à la galerie René Block à New York • © Adagp, Paris 2025 / © GrandPalais Rmn

En 1974, la galerie René Block ouvre à New York avec une performance qui ne passe pas inaperçue… Arrivé en ambulance, sur un brancard, Joseph Beuys (1921–1986) inaugure l’espace avec fracas, alors qu’il refusait jusque-là de se rendre aux États-Unis en protestation contre la guerre du Vietnam. Enroulé dans une couverture en feutre tel un chaman, l’artiste allemand passe trois jours dans la galerie avec un coyote vivant, capturé au Texas. Derrière une grille, le public observe leurs interactions. Tantôt joueur, tantôt méfiant, l’animal tire sur le manteau de l’artiste tandis que ce dernier répète certains gestes (lancer des gants, manipuler une canne…). Cet acte, métaphore de la relation entre colons et Amérindiens, vise à une réconciliation symbolique. À travers la performance, qu’il intitule I Like America and America Likes Me, Beuys veut guérir les traumatismes de l’histoire.

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