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Changer d’air mais avec art ? Voici six luxueux hôtels où culture rime avec nature, inspiration avec respiration, et ce, dans un cadre de rêve. De l’abbaye espagnole d’Abadía Retuerta au château provençal de La Gaude, chacun de ces lieux fait dialoguer patrimoine, art contemporain et paysages sublimes.
À Gstaad, The Alpina cultive l’âme d’un musée habité, entre Matisse, Lalanne et ateliers créatifs. En Écosse, le spectaculaire Fife Arms mêle dans les Highlands exubérance baroque et chefs-d’œuvre, dont certains de Picasso. En Angleterre, le chef et mécène Raymond Blanc a fait de son manoir un jardin artistique. Et près de Vérone, le Byblos Art Hotel revisite la villa italienne façon pop-chic. L’évasion devient une expérience esthétique à part entière.
Vue de l’hôtel Abadía Retuerta et ses vignes en Espagne
© Abadía Retuerta
C’est un petit coin de paradis qui attend les amateurs d’art, près de Valladolid, en Espagne. Fondée en 1146, Abadía Retuerta (le nom Rivus Torta, « rivière sinueuse » en latin, renvoie au Duero, cours d’eau qui traverse la propriété) est une ancienne abbaye restaurée et reconvertie en un hôtel de 30 chambres, où l’art s’articule autour de cinq piliers forts. Tout d’abord, l’établissement abrite quelque 200 peintures, sculptures, tapisseries, dessins allant du XIIe siècle à nos jours. Chaque pièce s’accompagne d’une légende enrichie d’un QR code qui promet plus d’informations
De quoi se familiariser, seul, avec la sculpture en acier d’Eduardo Chillida, qui trône dans la chapelle romane, ou avec les tapisseries de la manufacture de Beauvais, qui occupent certains salons… Des visites guidées sont proposées ; l’occasion de recueillir diverses anecdotes. Par exemple, saviez-vous que Francesco Guardi avait copié Le Repas chez Levi de Véronèse ? Le tableau, accroché dans une cage d’escaliers en pierre, cache un repentir, entre autres…
Vue d’une chambre double classique à l’hôtel Abadía Retuerta
© Abadía Retuerta
Comment faire vivre ce patrimoine, préservé entre d’épaisses parois calcaires ? Grâce à une politique d’acquisitions (la sculpture murale Running Water d’Emmanuela Soria Ruiz a été achetée en 2022 à la foire ARCO Madrid) mais aussi à une collection d’ouvrages où résonnent les témoignages d’esthètes ayant séjourné sur place. L’hôtel a aussi développé un programme de résidences, qui a profité au plasticien marocain Abderrahim Yamou, au duo Los Bravú (formé par Andrea Gómez et Diego Omil), et à la sculptrice locale Leonor Serrano Rivas… Non loin des vignes et du potager, il est question de développer un parcours de land art. À suivre…
Hôtel Abadía Retuerta
Sardón de Duero, Valladolid, Espagne
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Vue donnant sur le jardin du château de la Gaude
© David Giancatarina
D’une bastide dotée de sept chambres et d’un restaurant gastronomique, le château de la Gaude est, entre 2016 et 2021, devenu un Relais & Châteaux d’une vingtaine de chambres et suites, où l’art grandit jour après jour. Situé à dix minutes en voiture du centre-ville d’Aix-en-Provence, en pleine nature, cette propriété de 25 hectares, dont 13 de vignes, abritait presqu’exclusivement, au début, des peintures et sculptures de Philippe Pasqua, dont le propriétaire soutient ardemment le travail. Avec la complicité de Lionel François, celui-ci a accepté d’ouvrir sa collection à d’autres noms.
La statue « Ginette » de César au château de la Gaude
© We on it studio
Et non des moindres ! Une peinture de Robert Combas trône dans une salle de réunion ; une sculpture figurative de César, entre la bastide et la boutique ; un arc monumental de Bernar Venet, dans le jardin. Au cœur du restaurant japonais, un tableau abstrait de Georges Mathieu dialogue avec Lilicoptère de Joana Vasconcelos, hélicoptère Bell 47 G2 recouvert de plumes d’autruches roses, de strass Swarovski et de feuilles d’or. Cet été, des œuvres historiques de JonOne, invité à graffer sur un mur du garage, sont présentées dans le bâtiment principal. À deux minutes en voiture, une annexe en cours de rénovation accueillera bientôt trois expositions par an, montées en partenariat avec divers marchands ou galeristes. Ouverture prévue en septembre.
Château de la Gaude
3959 Rte des Pinchinats, 13100 Aix-en-Provence
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Vue extérieure de The Alpina Gstaad en Suisse
© The Alpina Gstaad
Bâti en 1907, détruit en 1995 et reconstruit trois ans après, The Alpina Gstaad a, mine de rien, des allures de musée. Derrière cette institution, nichée sur les hauteurs de Gstaad, en Suisse, se cachent trois collectionneurs. Aux deux fondateurs – l’homme d’affaires Jean-Claude Mimran, l’agriculteur et professeur de ski Marcel Bach – se mêle un propriétaire plus discret, qui souhaite préserver son anonymat… Le peintre israélien Roy Nachum signe leurs portraits respectifs, en rhinocéros et en taureau, sur deux toiles empreintes de poèmes en braille. Le premier trésor qui saute aux yeux orne le plafond de l’escalier principal.
« Two orchids » d’Isa Genzken dans le jardin de The Alpina Gstaad
© The Alpina Gstaad
Il s’agit d’une fresque allégorique baroque découverte chez un galeriste suisse. Georges Mathieu, Henri Matisse, Izumi Kato, Tom Wesselmann… Un cube en verre de Roni Horn et un oiseau à bascule de François-Xavier Lalanne comptent parmi les dernières pièces exposées. La liste des œuvres est disponible à la réception. L’exploration se poursuit dans les jardins. Près de la piscine extérieure se dressent deux orchidées géantes d’Isa Genzken. Dans une maison démontable de Jean Prouvé se tiennent régulièrement des ateliers pratiques animés par des artistes. Le plasticien suisse Nicolas Bamert a ouvert le bal avec une initiation au pastel et au collage, suivi, entre autres, de l’aquarelliste anglaise Willemien Bardawil. Rendez-vous au spa, sinon, l’un des plus beaux, des plus grands et des plus complets de Suisse.
Salon de l’hôtel The Fife Arms en Écosse
© The Fife Arms
Après un vol d’une heure et demie depuis Paris jusqu’à Aberdeen et un trajet aussi long en voiture jusqu’au village de Braemar, vous voici au Fife Arms, hôtel historique racheté et rénové en 2016 par Iwan et Manuela Wirth, les cofondateurs de la méga-galerie suisse Hauser & Wirth. Plus de 14 000 œuvres – antiquités, peintures et installations in situ confondues –, dont des Picasso, un Man Ray et un dessin de la reine Victoria, ont été réparties entre les couloirs, les pièces à vivre, et les 46 chambres de l’établissement. Deux lustres se distinguent parmi les commandes : celui du plasticien indien Subodh Gupta rassemble des casseroles et ustensiles divers ; celui du sculpteur américain Richard Jackson comprend des néons. Le Chinois Zhang Enli s’est inspiré de la coupe transversale d’une agate écossaise et d’un cristal Cairngorm pour décorer le plafond de la salle de réception.
Le plafond de la salle de réception décoré par Zhang Enli
© The Fife Arms
L’hôtel soutient également les arts au travers d’un programme de résidences. Dans ce cadre, le poète écossais Alec Finlay a composé une cartographie illustrée du paysage des Highlands. Quant à Gideon Summerfield, diplômé de la prestigieuse Royal School of Drawing de Londres, il a pris 450 habitants de Braemar pour modèles. Ses portraits dessinés sont confrontés dans l’un des salons de l’établissement à des photographies du village. L’expérience esthétique se prolonge à l’extérieur, l’œuvre de Jinny Blom, connue pour avoir conçu les jardins du Prince de Galles et de la maison de champagne Laurent Perrier. Bouleaux, sorbiers, azalées, rhododendrons… Respirez à pleins poumons et profitez de la vue sur les montagnes alentour.
The Fife Arms
Mar Rd, Braemar, Ballater AB35 5YN, Royaume-Uni
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Vue extérieure du Belmond Hotel en Angleterre
© Belmond
C’est l’histoire d’une success story. Chef autodidacte originaire de Franche-Comté, Raymond Blanc a ouvert son premier restaurant, Les Quat’Saisons, en 1977, à une vingtaine de minutes du centre d’Oxford, en Angleterre. En 1984, il a acquis, juste à côté, une demeure du XVe siècle afin de créer Le Manoir aux Quat’Saisons, un hôtel haut de gamme d’une trentaine de chambres, couronné de deux étoiles Michelin. « L’art embellit un espace, il fait parler les invités et je veux qu’il les surprenne et les ravisse lors de leur séjour », explique Blanc, qui troque allègrement sa toque contre sa casquette de mécène. Les commandes qu’il a passées à Lloyd Le Blanc, entre autres, comptent parmi les plus spectaculaires.
Sculpture de Lloyd Le Blanc dans le jardin du Belmond Hotel
© Belmond
À l’entrée du domaine trône des artichauts en bronze de plus de 3,5 mètres. On doit au même artiste un buste du maître des lieux, un vol d’oiseaux au-dessus de l’étang, un vase débordant de fruits. Une quarantaine de ses sculptures sont à découvrir dans les onze jardins interconnectés du Manoir, forts de 250 variétés de fruits et légumes biologiques. Plus inattendu : pour la cabane à fleurs, où éclosent chaque jour des bouquets, Ian Harper a réalisé une fresque constellée de chérubins et de papillons. Sans oublier MITICO, le parcours artistique conçu par Galleria Continua entre les hôtels du groupe Belmond. En 2023, c’est Arborescences de Loris Cecchini qui habillait la façade du Manoir.
Le Manoir aux Quat’Saisons
Church Rd, Great Milton, Oxford OX44 7PD, Royaume-Uni
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Salon du Byblos Art Hotel en Italie
© Byblos Art Hotel
Descendre au Byblos Art Hotel, c’est entrer dans un univers féérique, où béton et marbre, couleurs fluo et pastel, classicisme et modernité, dialoguent en harmonie. L’hôtel se situe à Corrubbio di San Pietro in Cariano, à 10 km du centre historique de Vérone, dans la région viticole de Valpolicella. Une quarantaine d’œuvres contemporaines signées Marina Abramović, Tony Cragg, Robert Indiana, Anish Kapoor, Mariangela Levita, Jean-Michel Othoniel, Tom Wesselmann, Jim Dine… y cohabitent.
Spa du Byblos Art Hotel
© Byblos Art Hotel
Cette collection ne cesse de s’enrichir, débordant sur le parc de 20 000 mètres carrés où il fait bon se perdre, au milieu des fontaines et des arbres séculaires. L’hôtel est une œuvre d’art en soi : le bâtiment principal repose sur les vestiges d’une villa conçue au XVe siècle par Michele Sanmicheli, revue au XVIIe sicèle par Ignazio Pellegrini et rénovée en 2005 par Alessandro Mendini, cofondateur du Studio Alchimia. On lui doit notamment les mosaïques aux accents antiques qui habillent le plafond de la piscine intérieure et la riche palette de couleurs et motifs qui se déploie dans les chambres.
Biblos Art Hotel
Via Cedrare, 78, 37029 Corrubbio VR, Italie
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