Vue de l’exposition “We Are Here” au Petit Palais, 2024
© Petit Palais / Paris Musées / Gautier Deblonde
Premier constat : les Jeux olympiques et paralympiques ont eu une influence sur les résultats, faisant baisser durant l’été la fréquentation de nombreux lieux culturels par rapport à la même période l’année précédente, mais occasionnant aussi certaines hausses pour des sites bien intégrés à l’événement sportif. Globalement, nos musées et monuments s’en sortent bien : malgré ce contexte particulier, ils ont réussi en effet à maintenir voire à améliorer leur fréquentation !
Le Louvre, par exemple, a accueilli 8,7 millions de visiteurs en 2024, soit presque autant que les 8,9 millions de 2023 – tout en s’éloignant cependant encore un peu de son record historique de 10,2 millions d’entrées en 2018, avant la crise sanitaire. En juillet et août, mois touchés par la tenue des JO, le musée a comptabilisé 1,3 million de visiteurs, soit une baisse de 14 % par rapport à la même période l’année précédente, notamment à cause des restrictions de circulation et de sa fermeture les 25 et 26 juillet en raison de la cérémonie d’ouverture.
Les Jeux ont cependant offert à l’établissement une « visibilité mondiale du fait de l’installation de la vasque olympique sur le domaine des Tuileries », précise le musée, qui a reçu en 2024 77 % de visiteurs étrangers, dont 13 % d’Américains, et constate un « retour sensible » des visiteurs chinois (6 % contre 2,4 % l’an dernier), éloignés par la pandémie de Covid.
Gradins installés sur les quais de Seine à côté du musée d’Orsay pour le public de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024
© Alamy / Hemis / Photo Alexandre ROSA
Les musées d’Orsay et de l’Orangerie, qui ont accueilli 4,9 millions de visiteurs en 2024 contre 5 millions l’année précédente, maintiennent également une fréquentation quasi identique (- 3 %) malgré les JO qui ont fait baisser leur fréquentation de 26 % et 22 % durant l’été dernier par rapport à juillet et août 2023.
Les visiteurs ont souhaité profiter du Centre Pompidou avant sa fermeture prochaine pour cinq ans de travaux.
Certains ont même connu des hausses notables. Ainsi, le Petit Palais, qui a bénéficié d’une mise en valeur particulière durant les JO et du succès de son exposition « We Are Here » (gratuite au sein de ses espaces permanents et prolongée jusqu’au 19 janvier, celle-ci a déjà attiré 550 000 personnes) [ill. en Une] se réjouit d’un record historique de fréquentation avec 1 459 371 visiteurs – son meilleur chiffre depuis sa réouverture en 2005.
L’augmentation est également spectaculaire pour le Centre Pompidou : 3,2 millions de visiteurs, soit une hausse de 22 % par rapport à 2023, qui s’explique en partie par le fait que les visiteurs ont souhaité profiter du lieu avant sa fermeture prochaine pour cinq ans de travaux. Les sites et musées de la Ville de Paris ont connu, de leur côté, un léger recul de leur fréquentation avec 4 848 944 millions de visiteurs (8,5 % de moins qu’en 2023), qui ont afflué pour 2 119 761 dans les 22 expositions proposées, et pour 2 729 183 dans les collections permanentes.
Une baisse compensée par une nouvelle réjouissante : une hausse significative du nombre de primo-visiteurs, de jeunes et d’étrangers, ce qui a également été constaté dans d’autres musées, dont Orsay et l’Orangerie, au palais de la Porte-Dorée (635 000 visiteurs dont la moitié de moins de 26 ans), ainsi qu’au musée de l’Armée (plus de 1,3 million de visiteurs dont 40 % de jeunes, et une hausse de fréquentation globale de 7,5 %).
Les châteaux et monuments s’en sortent également bien. Même si les JO ont affecté sa fréquentation estivale (- 12 %), le domaine de Fontainebleau a ainsi vu affluer en 2024 1 850 000 visiteurs (+ 4 %) – 1,27 million dans ses jardins (+ 6%) et plus de 580 000 dans le château (+ 8 %) –, battant ses records de 2023. Même constat à Versailles : une baisse pendant les Jeux mais « des chiffres légèrement supérieurs à ceux de 2023 et une hausse de 2 % par rapport à 2019, niveau d’avant la crise sanitaire », a affirmé l’établissement, qui constate lui aussi un retour progressif des visiteurs chinois.
Le Centre des monuments nationaux (CMN) se réjouit quant à lui d’avoir enregistré pour la deuxième année consécutive plus de 11 millions de visiteurs dans ses 100 monuments et jardins. Les plus plébiscités ont été l’Arc de Triomphe (1,7 million), l’abbaye du Mont-Saint-Michel (1,4 million) et la Sainte-Chapelle (1,2 million).
Vue aérienne de la cité médiévale de Carcassonne
© Lionel Lourdel / hemis
Certains lieux qui ont servi de relais pour le passage de la flamme olympique ou se trouvaient à proximité des épreuves sportives ont été favorisés par les JO, comme le château et les remparts de Carcassonne (643 882 visiteurs, soit + 7 %), la basilique cathédrale de Saint-Denis (+ 9 % sur l’année et + 61 % durant les Jeux par rapport à l’été précédent). Le château d’If, qui a aussi vu sa fréquentation bondir de 9 %, peut, quant à lui, remercier à la fois la flamme olympique et la sortie du film à succès Le Comte de Monte-Cristo avec Pierre Niney dans le rôle-titre.
Avec « Van Gogh à Auvers », le musée d’Orsay signe son record absolu de fréquentation.
Côté expositions, le succès des grands parcours monographiques centrés sur un nom célèbre se confirme nettement : les deux premières marches du podium sont en effet occupées par « Mark Rothko » à la fondation Louis Vuitton (852 000 visiteurs) – une victoire du privé sur les musées nationaux – et « Van Gogh à Auvers, les derniers mois » au musée d’Orsay (794 000 visiteurs, soit le record absolu de fréquentation pour une expo depuis l’ouverture du musée en 1986).
Vue d’installation de l’exposition Mark Rothko, galerie 5, niveau 1, salle Seagram Murals, exposition présentée du 18 octobre 2023 au 2 avril 2024 à la Fondation Louis Vuitton
© Fondation Louis Vuitton / Marc Domage / © 1998 Kate Rothko Prizel & Christopher Rothko – Adagp, Paris, 2025
Le musée d’Orsay occupe aussi la troisième place : « Paris 1874. Inventer l’impressionnisme », avec ses 722 000 visiteurs, signe le 3e record historique de l’institution après Edvard Munch en 2022. Encore visibles jusqu’à courant janvier, « Caillebotte, peindre les hommes » au musée d’Orsay et « Surréalisme » au Centre Pompidou réalisent de beaux scores depuis septembre dernier avec respectivement 461 213 et 512 000 visiteurs. Dans le top des succès nationaux de l’année figure également « Amedeo Modigliani. Un peintre et son marchand » (452 000 visiteurs), la plus fréquentée du musée de l’Orangerie depuis son ouverture.
On notera de même les expositions « Nicolas de Staël » au musée d’Art moderne de Paris (409 000), elle aussi record de l’établissement, ainsi que « Robert Ryman. Le regard en acte » au musée de l’Orangerie (405 771). Au Centre Pompidou, « Brancusi » (391 000 avec un rythme de 5 000 personnes par jour, soit la moyenne journalière d’avant Covid), « Corps à corps. Histoire(s) de la photographie » (309 000), « Bande dessinée (1964–2024) » (308 000) et « Vera Molnár. Parler à l’œil » (333 508) ont aussi été couronnés de succès.
Parmi les autres grandes réussites, prennent place « Iris van Herpen » au musée des Arts décoratifs de Paris (370 780 visiteurs), « Cheval en majesté, au cœur d’une civilisation » au château de Versailles (329 500 visiteurs), « Mode et sport, d’un podium à l’autre », au musée des Arts décoratifs (293 623 visiteurs) et « Le Paris de la modernité, 1905–1925 » au Petit Palais (279 000 visiteurs), deuxième meilleure fréquentation du musée depuis 2005.
Parmi les 22 expositions temporaires organisées dans les musées et sites de la Ville de Paris, « Les chevaux de Géricault » au musée de la Vie romantique, « La mode en mouvement #1 » au Palais Galliera, « Théodore Rousseau » au Petit Palais et « Luxe de poche » (victime en fin d’année d’un braquage violent qui l’a dépouillée de plusieurs trésors) au musée Cognacq-Jay ont également « été plébiscitées par le public », indique un communiqué. Sans oublier certaines encore en cours qui promettent de jolis résultats, telles que « Modigliani-Zadkine » au musée Zadkine, « Paris 1793–1794 » au musée Carnavalet, ou encore « Bruno Liljefors, la Suède sauvage » et « Ribera » au Petit Palais.
Vue de l’exposition « Bruno Liljefors La Suède sauvage » au Petit Palais, 2024
© Petit Palais / Paris Musées / Gautier Deblonde
Hors Paris, le spectacle de projection lumineuses « De Vermeer à Van Gogh » à la Carrière des Lumières (Les Baux-de-Provence) a attiré le nombre impressionnant de 690 000 visiteurs, soit plus que les expositions stars parisiennes « Caillebotte » et « Surréalisme », bientôt terminées. Une nouvelle preuve du succès de ces spectacles numériques, d’autant plus lorsqu’ils sont associés à de grands noms de l’histoire de l’art !
En régions, on note par ailleurs de bons chiffres au musée des Confluences de Lyon, avec 457 000 visiteurs pour son exposition « À nos amours », notamment. À La Piscine de Roubaix, enfin, la très intéressante exposition « Chagall politique » a de son côté, avec ses 113 000 visiteurs, failli détrôner « Picasso, peintre d’objets/objets de peintre » qu’avait présenté l’établissement nordiste en 2005.
Le revers de la médaille de ces succès demeure cependant un confort de visite fortement affecté. Salles noires de monde, files d’attente pour admirer chaque tableau, bousculades… Plus que jamais, la surfréquentation des expositions à succès est un problème. Par exemple, l’exposition « Paris 1874 » a accueilli en moyenne 7 450 visiteurs par jour, et environ 830 par heure dans ses 2 000 m², soit plus du double de l’affluence conseillée par le ministère de la Culture.
Pour 2025, l’une des plus grosses attentes du public reste une régulation de l’affluence afin que l’expérience de visite reste un minimum agréable. Une question centrale dont doivent impérativement s’emparer les musées s’ils ne veulent pas que leur succès (certes réjouissants après la période difficile de l’épidémie de Covid) finissent par devenir un fardeau !
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